“Il faut montrer patte blanche. Vous êtes la première de la journée”

Posté dans : Politique | 3

Ah, le Service de la population de Lausanne (SPOP). Redouté par certains, critiqué par d’autres, le lieu est LE passage obligé pour les requérants. J’habite à côté mais voilà, jusqu’à ce mercredi 10 octobre, j’étais totalement ignorant du quotidien de ce service qui pourtant ne désemplit pas. Ma première visite au SPOP sera la première d’une longue série. Je viens soutenir Hassan* du Sénégal, qui vient effectuer son ultime interrogatoire. Le but ? Déterminer s’il n’a pas menti sur sa situation lors des interrogatoires précédents et savoir s’il est « renvoyable ou pas », selon un membre du personnel. A l’entrée du service, un membre de la sécurité me demande mes papiers. Surpris, je m’exécute et me risque à une petite blague douteuse : « C’est la gestapo ici !! » Un sourire en coin, le vigile me répond : « Il faut montrer patte blanche. Vous êtes la première de la journée. »

Ch’uis pas raciste, mais…

Posté dans : Société | 13

Il prit le silence et le rompit. Il est navré de ce qu’il dit, mais il le dit. Il doit le dire. Ce sont les gênes, il l’a compris depuis bien longtemps. Alors l’air grave, bouffi d’empathie, il explique. Il explique que ça ne l’étonne guère, ces deux Yougoslaves qui ont agressé un de leur compatriote à la sortie d’une boîte. Ils sont bagarreurs. Ca fait partie d’eux. Bah, les journaux le disent bien, ce sont toujours des Yougoslaves qui se battent. Oh, pas tous, bien sûr, mais la plupart. Regarde chez eux: tout le temps des guerres, jamais d’accord. Et les noirs, tu les as vus à Chauderon. Ah ben, c’est clair que vendre de la drogue c’est risqué, mais quand on aime pas travailler et qu’en même temps on a un penchant pour le luxe, comme beaucoup d’entre eux, c’est vrai que ça reste une solution plutôt futée. Lui, il aimerait bien être aussi rusé, les choses seraient plus simples, mais il est né avec les valeurs de travailleur régulier propres aux Occidentaux. Pas tous les Occidentaux, mais une bonne partie, disons. Il en est content, d’ailleurs. Il sent bien que dans la balance du bon et du mauvais, il a eu la chance d’avoir les principes les plus équilibrés et en remerciement, il doit être indulgent avec les Autres. Il se fait parfois marcher sur les pieds parce qu’il n’a pas la fierté de beaucoup d’Arabes, mais ça lui évite aussi de se mettre dans l’embarras avec la justice pour sauver la face coûte que coûte. Lui, il a l’honnêteté suisse et franchement, ça lui a vachement bien réussi. Et sans tricher. Ca, c’est en lui. Lui c’est un tendre xénophobe, un TX.

Ne pas partir avant la fin du cours !

Posté dans : Société | 3

C’est inévitable. Ça le fait à chaque coup. Pourquoi? Qu’on m’explique pourquoi il est absolument impossible qu’une assemblée de jeunes gens, pas bêtes pourtant, qui suivent un cours en amphi ne puisse attendre que le prof annonce la fin de l’heure pour tout mettre en branle et empaqueter ses affaires ?

L’autopsie d’un théâtre

Posté dans : Culture | 3

 On a tendance à penser que le théâtre commence lorsque le rideau se lève, et se termine aux applaudissements. Mais toute une population se mobilise avant pendant et après. C’est ce que quatre étudiants de l’EESP veulent faire découvrir au public. L’exposition “Tous aux abris !” se propose de faire l’autopsie d’un théâtre. Une ribambelle de métiers et d’activités gravite autour de ce domaine, tout en restant  dans les coulisses. Mais ils seront cette fois-ci à l’honneur. Chaque salle aura pour but de présenter un secteur d’activité de l’Arsenic : l’administration, la technique, l’accueil du public et la troupe d’une pièce. L’idée est de rendre visible le travail invisible.

Paroles de requérant d’asile

Posté dans : Politique | 8

Tout débute au mois de septembre et mes premières rencontres avec Moussa*, jeune requérant Afghan de 28 ans, Hassan*, 30 ans, du Sénégal et Diope*, 43 ans, d’Erythrée. 12 semaines pendant lesquelles nous nous sommes vus, pendant lesquelles j’ai pu partager leur quotidien, tenter au mieux l’immersion dans leur réalité. Deux mois qui m’ont permis de voir évoluer la situation, de dormir dans les centres et de recueillir les témoignages. Diope n’est malheureusement plus là pour en parler. Un mois après sa dernière audition au Service de la Population, il vient d’être renvoyé. Je l’ai accompagné pour son dernier voyage…… à l’aéroport de Genève Cointrin sous escorte policière. Hassan n’a plus donné signe de vie. Il est sur le départ. Moussa, lui, est toujours là. Il s’accroche tant bien que mal. Difficile quand tout est fait pour vous faire partir. Originaire de Kaboul, il a vécu plusieurs drames dans sa vie, dont le dernier se joue ici, en Suisse. Témoignage.

Berlusconi tape sur les expatriés italiens

Posté dans : Politique | 2

Samedi 29 novembre, il est à peine 11 heures du matin. Devant l’entrée du Consulat d’Italie, rue du Petit-Chêne, une vingtaine de personnes sont rassemblées. Une heure après, ils seront une bonne centaine, brandissant pancartes et panneaux sans équivoque: Vergogna!!!, (une honte!!), Voglio la scuola (Je veux l’école), Berlusconi non riconosce che gli italiani all’estero sono risorse per l’Italia, vergogna! (Berlusconi ne reconnaît pas que les Italiens expatriés sont une ressource pour le pays, c’est une honte!).

War on Mumbai

Posté dans : Société | 0

Les klaxons n’ont pas interrompu leur opéra dissonant, les motos, rickshaws, vaches et chiens n’ont pas cessé leur ballet tournoyant. Pourtant, l’Inde se réveille ce matin sous le choc des attentats. Il me faut cependant un coup de téléphone de la Suisse pour apprendre la nouvelle. Deux cents morts sont pour l’heure annoncés, des bombes au Sud, dans une gare, dans un train. A chaque minute, les chiffres se contredisent. Dans les ruelles d’Udaipur, je cherche en vain un journal ou une tv. Je tente de percevoir un changement d’ambiance, une inquiétude peut-être. Mais rien. Ce matin, alors que l’hôtel taj de Mumbai est en pleine prise d’otage, à plusieurs centaines de kilomètres, la vie indienne se poursuit.

Sida: entre politique de l’autruche et stigmatisation

Posté dans : Société | 2

Le Sida mon cul, la santé m’habite! Les thèses négationnistes au sujet du VIH/Sida pullulent partout, même dans le journalisme ou dans la politique. Preuve en est avec le scandale récent du site Médiapart, dirigé par le grand journaliste Edwy Plenel, sur lequel on trouve un blog de M. Verschoore autoproclamé spécialiste du sida et qui déclare que le « virus VIH n’existe pas et n’entraîne pas de déficience immunitaire ». (Mais bien sûr! Et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d’alu!). Autre exemple: celui de l’ancienne ministre de la Santé en Afrique du Sud, Manto Tshabalala-Msimang. Si cette dernière est surnommée Dr. Betterave, c’est bien par rapport à ses positions négationnistes sur le VIH. Alors que son pays connaissait plus de 1000 nouveaux cas infectés chaque jour, elle prétendait soigner cette maladie avec de l’ail, de la patate douce et de la betterave. Mais pas besoin d’aller surfer dans ces concentrés de n’importe quoi du Net ou sur les vagues du Cap pour retrouver une politique de l’autruche vis-à-vis de l’existence du VIH et du Sida, ainsi qu’une stigmatisation de ces malades. Détour par Renens, à l’association Arc-En-Ciel, où deux Lausannois touchés par le virus m’ont livré quelques bribes de leur expérience.

Droit à la drogue et droit de l’Homme!

Posté dans : Politique | 2

Dimanche nous voterons en faveur ou contre l’”initiative pour une politique raisonnable en matière de chanvre protégeant efficacement la jeunesse”. Le sujet ne date pas d’hier. En 2004 le Conseil national refusait pour la seconde fois d’entrer en matière concernant la révision de la loi sur les stupéfiants, d’où l’initiative. Sujet non résolu, mais pas nouveau, et pas seulement helvétique. Depuis plusieurs années déjà, l’avocat français et ancien prof de droit pénal à Paris Francis Caballero se bat contre une politique trop répressive en matière de drogues, et pour une politique alternative. Il est l’auteur de plusieurs livres comme “Droit de la drogue” ou “Drogues et droit de l’Homme”, et c’est aussi le Président du Mouvement de légalisation contrôlée (MLC). La position du MLC, qui est à l’origine de la notion de “droit à la drogue”, concerne un débat plus large que l’initiative mentionnée plus haut puisqu’il parle non seulement de dépénaliser le cannabis mais tous les opiacés. Projet ambitieux ! Mais cela peut tout de même être un éclairage intéressant pour ce qui nous concerne.

Bienne Vice

Posté dans : Société | 0

Bientôt dix ans que j’associe le nom de Bienne à la beuh, et je comprends toujours pas pourquoi. J’ai eu beau passer par la case “juriste” entre temps et étudier la genèse des phénomènes criminels aujourd’hui, y’a pas moyen, je bite pas comment dans certaines villes de notre bonne vieille Schwiiiitz, dont Bienne est l’une des plus illustres représentantes, on peut plus ou moins grossièrement vendre et consommer une substance déclarée illicite dans une loi fédérale sous le nez des autorités sans avoir (trop) peur de se faire choper. Je décidai donc après tant d’années de flou d’entreprendre une mini-recherche pour enfin comprendre, à l’aube d’un bouleversement potentiel de ces petites pratiques, pourquoi Bienne est la ville romande où tout semble permis.

Quand une quinqua fume le kéké

Posté dans : Société | 2

Précoce, Marie-Jeanne* avait 13 ans lorsqu’elle a goûté son premier bédo en compagnie de ses frères. Rien de choquant pour elle, à la fin des années 60 « c’était presque normal de fumer ». D’ailleurs, tous ses amis, sans exception, étaient des amateurs de cannabis. Avec le temps va, tout ne s’en va pas. La cinquantaine aujourd’hui, mon interviewée prend encore du plaisir à tirer quelques lattes. Apparemment, cette maman et grand-maman n’est pas une exception, elle raconte connaître encore un bon nombre de personnes de sa génération restée en mode Marley. Selon elle, pas de quoi sauter au plafond, « un petit joint, c’est comme boire un verre de vin ». 

Chronique d’une fumette ordinaire

Posté dans : Société | 1

Il est 13h30 en ce début de semaine. Je me trouve devant un lycée neuchâtelois, idéalement situé au bord du lac. Le moment opportun et le lieu idéal pour trouver l’objet de ma recherche: des jeunes fumant un joint, histoire de décompresser avant les cours de l’après-midi. Je rejoins un petit groupe de 3 étudiants à capuchons, détail suffisamment suspect pour me guider. Bingo! Pas besoin d’insister longtemps pour qu’ils répondent à quelques questions. 

Arrêtez de fumer ou vous finirez tous par vous piquer!

Posté dans : Politique | 8

Il a 23 ans et toutes ses dents, contrairement à celles de Monique, fidèle consommatrice de produits illicites, rencontrée plus tôt dans la journée à la Riponne. Lui, c’est Kevin Grangier, président des jeunes UDC vaudois et porte-parole adjoint du parti Suisse. C’est à Vevey, par un froid mordant, que je devais rencontrer le jeune loup de la politique et farouche opposant aux initiatives soumises au vote le 30 novembre. En ce samedi matin, jour de marché, la ville de l’Est Lémanique fait figure d’étape pour la délégation des jeunes de la droite extrême. Fausses seringues en main et slogans chocs, ils interpellent le badaud. Sur la place, face au stand, j’attends mon invité. Retenu à Berne, celui-ci s’excuse de ne pouvoir être présent à l’heure. Ce sera à Lausanne, un peu plus tard finalement, que je le rencontrerai. Avant le retour, j’en profite tout de même pour prendre une fausse seringue et un stylo. Ca sera pour Monique, si je la recroise. Ca la fera rigoler.

22 v’la coke!

Posté dans : Lausanno-lausannois | 6

20 ans que Lausanne s’enfonce… Moi j’ai plutôt envie de dire, 20 ans que les tox se défoncent. La pancarte fait dans le direct du gauche simpliste. Sur un fond rouge couleur sang, trois pilules en lévitation, deux mains tenant un joint et une seringue. Le graphisme est on ne peut plus laid. L’affiche oublie le principal coupable, la cocaïne. A l’heure où se faire péter les cloisons nasales à la schnouff colombienne est signe d’appartenance à la classe des jeunes cadres dynamiques ou aux milieux pseudo artistico-alternatifs de la good vibe trendy, le peuple est amené à se prononcer, dans son infinie mansuétude, sur la drogue. Rien de moins. En prévision d’une votation qui promet à nouveau de déchirer la ville entre fleurs bleues de gauche, fachos de droite, indécis du centre et nihilistes indifférents, le Lausanne Bondy Blog vous propose un éclairage kaléidoscopique de la question.

1 83 84 85 86 87 88 89 91