CHRONIQUES LAUSANNOISES D’IMMIGRES CONGOLAIS (2/2)

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La patronne, Liliane, est arrivée à l’âge de 17 ans en terre helvétique pour suivre un bel étudiant, son chéri de l’époque. La Suisse, pour elle, c’était du temporaire. Sa vie, elle la passerait au Congo. Mais entre désir et réalité, il y a parfois de la marge. Du travail dans la coiffure et dans le service, la naissance de son enfant et une situation en RDC qui se dégrade l’ont convaincue de rester au bord du Léman. Mais elle n’en oublie pas pour autant ses racines. Si son ancien bar près du Tunnel s’appelait le “ Zizi coin-coin ” et son nouveau café se nomme “ l’Okapi ”, c’est sans doute pour rappeler son enfance passée à Kinshasa. Parfois la mélancolie pointe le bout de son nez, alors elle s’envole quelques semaines, une année sur deux, retrouver sa famille restée dans la capitale congolaise.

CFF : ligne à haute tension

Aujourd’hui, j’avais un brin d’espoir. Bon, c’est vrai, il était mince, je savais que les modifications ne seraient pas grandes. Mais de l’espoir, j’en avais assez pour me jeter sur le nouvel horaire à la façon de la fashionista qui découvre la collection du printemps. Oui, sauf que moi, j’ai vite compris que je n’aurai rien à me mettre sous la dent. Pas une once de poil de changement. Nada, niet. L’espoir? Aux oubliettes. Car j’ai beau pointer mon doigt  je ne le vois pas. Quoi? Eh bien, ce dernier train. Celui qui me permettrait de rentrer un peu plus tard que Cendrillon, de finir mes verres et mes conversations, de ne pas avoir à partir avant le début de la soirée, de ne pas avoir à payer vingt balles de parking et  refuser toute boisson alcoolisée. Encore une fois, ce train de nuit, il me passe sous le nez et stoppe toujours net à Cossonay. D’accord, je l’admets, Chavornay, c’est un peu paumé et Andreas Meyer, le patron des CFF, ne va sûrement pas y passer ses vacances d’été. Pourtant, au bout de la ligne, il y a Yverdon et  c’est tout de même la deuxième ville du canton. Et là-bas, en plus, je suis sûre qu’il y est déjà passé le grand patron.

Les confidences d’un flocon de neige – 2/2

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Salut les filles. Nous nous étions quittés sur ce moment épique que constitue le déblayage de cour matinal, effectué en vieux training et moonboots de l’an 2. La suite de votre journée n’est guère plus glorieuse. Prenons le cas du trajet vers ce que vous appellez votre “lieu de travail”. 

Chute libre

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Les gars, moi je vous l’dis. La fin d’année, Noël, tout ça, c’est bien joli. Mais nous on sait bien que la fin d’année c’est surtout le bouclage de toutes les ultimes échéances accumulées depuis les vacances d’été. Et ça fait mal, quand arrive le moment de partir au ski avec les enfants, de payer à la buvette des pistes une assiette de frites 35 francs.

Petite chronique cantonale

Posté dans : Personnages | 14

Fière de ses 1 million et demi de francophones, la Suisse romande n’est de loin pas un territoire homogène. Un touriste et même un Suisse l’apprendra vite à ses dépens. Pour éviter toutes mauvaises surprises, lisez la suite.

Berlusconi tape sur les expatriés italiens – le retour

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“Nous sommes des résidents de série B…”. Sans jeux de mots crapuleux, aux antipodes d’une allusion népotiste au Cavaliere, le constat d’Umberto Angrisani fait soupirer les personnes dans la salle. La vingtaine de visages, marqués par les années, a les yeux fixés sur le représentant de l’INAS (Institut National d’Assistance Sociale) pour le canton de Vaud.

Passage à l’acte

Posté dans : Culture | 0

 Créer une assoc’ à Lausanne ? Facile ! On est une dizaine et on veut monter une pièce de théâtre par nous-mêmes. A partir de là, ça doit pas être bien compliqué. Reste plus qu’à trouver un nom qui convienne à tout le monde, définir les rôles de chacun, créer les statuts, constituer un dossier de présentation, trouver une pièce qui nous plaise avec le bon nombre de personnages, trouver un endroit où répéter, une heure et un jour dans la semaine où tous les membres sont disponibles, un théâtre où jouer, les dates des représentations, les costumes, les accessoires, les décors, une personne qui s’occupe de la technique, une personne qui s’occupe de la lumière, réussir à articuler cours répét’ et boulot, assurer la qualité du jeu, de la mise en scène, la promotion, les affiches, les flyers, le site internet, ouvrir un compte et se débrouiller pour financer tout ça. Petit conseil, s’y prendre à l’avance…

Le mercredi à Kinshasa : c’est le jour du PMU (1/2)

Posté dans : Au quartier | 0

Les couvre-chefs vissés sur les caboches, les bouches mi-ouvertes et les regards figés dans une même direction, une dizaine d’hommes en état hypnotique fixent l’écran plat de l’Okapi bar. Le suspense est à son comble et les publicités suivies des bla-bla infinis du commentateur font encore languir les clients parieurs. Au bout des tickets blancs du PMU pendent des rêves, le jour de chance ne tient qu’à quelques galops. Les chevaux fous s’élancent enfin. Un type se lève de sa chaise en criant à “Rombaldi” n°5 : «Si tu gagnes, je t’emmène au Cameroun!», un autre, cramponné à son verre de bière, “tippe” pour insulter l’animal sur lequel il a placé ses espoirs et surtout une part de ses économies: «Pchit, tssss…nul-nul-nul!». Une fois la course terminée, seuls les soupirs de déception l’emportent, mais à l’Okapi on ne désespère pas, le prochain pari sera le bon. 

“Il faut montrer patte blanche. Vous êtes la première de la journée”

Posté dans : Politique | 3

Ah, le Service de la population de Lausanne (SPOP). Redouté par certains, critiqué par d’autres, le lieu est LE passage obligé pour les requérants. J’habite à côté mais voilà, jusqu’à ce mercredi 10 octobre, j’étais totalement ignorant du quotidien de ce service qui pourtant ne désemplit pas. Ma première visite au SPOP sera la première d’une longue série. Je viens soutenir Hassan* du Sénégal, qui vient effectuer son ultime interrogatoire. Le but ? Déterminer s’il n’a pas menti sur sa situation lors des interrogatoires précédents et savoir s’il est « renvoyable ou pas », selon un membre du personnel. A l’entrée du service, un membre de la sécurité me demande mes papiers. Surpris, je m’exécute et me risque à une petite blague douteuse : « C’est la gestapo ici !! » Un sourire en coin, le vigile me répond : « Il faut montrer patte blanche. Vous êtes la première de la journée. »

Ch’uis pas raciste, mais…

Posté dans : Société | 13

Il prit le silence et le rompit. Il est navré de ce qu’il dit, mais il le dit. Il doit le dire. Ce sont les gênes, il l’a compris depuis bien longtemps. Alors l’air grave, bouffi d’empathie, il explique. Il explique que ça ne l’étonne guère, ces deux Yougoslaves qui ont agressé un de leur compatriote à la sortie d’une boîte. Ils sont bagarreurs. Ca fait partie d’eux. Bah, les journaux le disent bien, ce sont toujours des Yougoslaves qui se battent. Oh, pas tous, bien sûr, mais la plupart. Regarde chez eux: tout le temps des guerres, jamais d’accord. Et les noirs, tu les as vus à Chauderon. Ah ben, c’est clair que vendre de la drogue c’est risqué, mais quand on aime pas travailler et qu’en même temps on a un penchant pour le luxe, comme beaucoup d’entre eux, c’est vrai que ça reste une solution plutôt futée. Lui, il aimerait bien être aussi rusé, les choses seraient plus simples, mais il est né avec les valeurs de travailleur régulier propres aux Occidentaux. Pas tous les Occidentaux, mais une bonne partie, disons. Il en est content, d’ailleurs. Il sent bien que dans la balance du bon et du mauvais, il a eu la chance d’avoir les principes les plus équilibrés et en remerciement, il doit être indulgent avec les Autres. Il se fait parfois marcher sur les pieds parce qu’il n’a pas la fierté de beaucoup d’Arabes, mais ça lui évite aussi de se mettre dans l’embarras avec la justice pour sauver la face coûte que coûte. Lui, il a l’honnêteté suisse et franchement, ça lui a vachement bien réussi. Et sans tricher. Ca, c’est en lui. Lui c’est un tendre xénophobe, un TX.

Ne pas partir avant la fin du cours !

Posté dans : Société | 3

C’est inévitable. Ça le fait à chaque coup. Pourquoi? Qu’on m’explique pourquoi il est absolument impossible qu’une assemblée de jeunes gens, pas bêtes pourtant, qui suivent un cours en amphi ne puisse attendre que le prof annonce la fin de l’heure pour tout mettre en branle et empaqueter ses affaires ?

L’autopsie d’un théâtre

Posté dans : Culture | 3

 On a tendance à penser que le théâtre commence lorsque le rideau se lève, et se termine aux applaudissements. Mais toute une population se mobilise avant pendant et après. C’est ce que quatre étudiants de l’EESP veulent faire découvrir au public. L’exposition “Tous aux abris !” se propose de faire l’autopsie d’un théâtre. Une ribambelle de métiers et d’activités gravite autour de ce domaine, tout en restant  dans les coulisses. Mais ils seront cette fois-ci à l’honneur. Chaque salle aura pour but de présenter un secteur d’activité de l’Arsenic : l’administration, la technique, l’accueil du public et la troupe d’une pièce. L’idée est de rendre visible le travail invisible.

Paroles de requérant d’asile

Posté dans : Politique | 8

Tout débute au mois de septembre et mes premières rencontres avec Moussa*, jeune requérant Afghan de 28 ans, Hassan*, 30 ans, du Sénégal et Diope*, 43 ans, d’Erythrée. 12 semaines pendant lesquelles nous nous sommes vus, pendant lesquelles j’ai pu partager leur quotidien, tenter au mieux l’immersion dans leur réalité. Deux mois qui m’ont permis de voir évoluer la situation, de dormir dans les centres et de recueillir les témoignages. Diope n’est malheureusement plus là pour en parler. Un mois après sa dernière audition au Service de la Population, il vient d’être renvoyé. Je l’ai accompagné pour son dernier voyage…… à l’aéroport de Genève Cointrin sous escorte policière. Hassan n’a plus donné signe de vie. Il est sur le départ. Moussa, lui, est toujours là. Il s’accroche tant bien que mal. Difficile quand tout est fait pour vous faire partir. Originaire de Kaboul, il a vécu plusieurs drames dans sa vie, dont le dernier se joue ici, en Suisse. Témoignage.

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