Bouncer in the dark 2

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Quand les videurs usent de leurs super pouvoirs pour emmerder les gens, ça fait parfois des étincelles. Deuxième partie.

Ma petite maman que j’aime tendrement vous dirait sûrement que ce que je m’apprête à vous raconter ne l’étonne guère venant de son fils dont le débraillage vestimentaire chronique depuis l’âge de 15 ans a fait manquer de peu la perfection. La perfection à son goût, bien sûr. Je ne suis pas en train de grassement me la péter. Il me semble néanmoins important de dénoncer aujourd’hui, en deuxième et ultime partie de cette “spéciale videur”, l’acharnement d’un loustic de la sécurité à l’égard de mes sappes. Quand la sensation d’être “toléré” est encore plus pénible que celle d’être rejeté une bonne fois pour toutes, c’est tel un teenager américain moyen que je me confie à Journy, mon journal intime. Christian Audigier rendors-toi, tu as créé des monstres.

Cher Journal,

Ce soir, un ami à moi a eu la riche idée d’organiser sa fête de départ au bien nommé Point Bar (retour à la ligne… de coke). Je ne lui jette pas la pierre. Personne ne pouvait prévoir que “réserver un espace” en ce lieu signifiait en fait se partager à 25 un petit canapé et deux tables basses, notre joyeuse troupe encastrée telle une pièce de Tétris dans les 10’000 pégus squattant les 100 m2 de l’établissement. Caliente. Mais passons. Mon problème commence bien avant que mon t-shirt ne me colle au derche et que mon slibard se morphe en jacuzzi.

En préambule à cette merveilleuse anecdote, cher Journy, je te dois un paragraphe sur ma parure vestimentaire. Sans être un véritable ovni de la mode, je m’inscris dans cette catégorie de personnes que nos chères têtes blanches pourraient appeler les “zazous des temps nouveaux”. T-shirts démesurés, pantalons amenant  souvent la question “t’as chié dans ton ben?”, caleçon avec vue, couvre-chef vissé sur la tronche… Bref, je suis un DJEUN’S, je le vis bien et j’estime avoir le droit d’emmerder les gens que ça pourrait déranger. 3, 2, 1, transition…

J’arrive devant le temple du hype qu’est le Point Bar et franchit son porche en toute insouciance, avant de sentir une main caline sur mon épaule… C’est celle d’un pote. Il me confie:

– Si jamais, le videur m’a dit de te dire que t’étais mal sappé… En gros, c’est tout…
– ?
– !
– Dés le moment où il me laisse passer, tu lui as demandé ce que ça pouvait bien me foutre qu’il lâche des comm’s sur mes vêtements?
– Oh attends, moi j’dis ça j’dis rien, je fais que répéter, blah blah blah, machin truc (on s’en fout de la suite…)

La soirée se passe. Le moment s’oublie. Jusqu’à ce que l’atmosphère de bain turc du troquet force quelques personnes à la sudation épanouie, dont je fais partie, à sortir se rafraîchir. Passage devant le videur. Il soupire. J’ignore. Je prends l’air. Je reviens. Il soupire. Je lui dis:

– Bon, quoi?
– Rhaaa mais tu sais. Je t’ai déjà dit avant que t’étais limite.
– Nuance, vous l’avez dit à un ami, ce qui était autrement plus classe…
– Ouais, ptêtre… Enfin, d’façon je t’ai déjà laissé rentrer avant donc je vais pas te chasser maintenant.
– Monsieur est bon prince. (Je profite, il ne comprend pas l’ironie…)

Voilà c’est lâché. Je suis trop moche pour rentrer dans un bar. Je suis trop pouilleux pour avoir le droit de dépenser du flouze chez un commerçant. Je suis bien sympa, mais avec ou sans ma gueule, la boutique tourne, alors autant que ce soit sans. Remarque, Journy, ce soir je suis en veine! Le videur me fait une fleur! Même pas besoin de lui raconter que je connais Whitney Tololo ou de lui faire croire que je vais dépenser tout mon fric chez lui. Même pas besoin de m’agenouiller et de lui dire que je suis venu à pied. Même pas besoin de faire mine de vouloir lui casser la gueule en étant retenu par des potes! Il est bien, ce type là! Il me donne la permission d’aller incommoder ses clients, pour la plupart employés de comm’/coupe mullet/D&G venus flamber leur salaire dans son bouiboui, parce qu’il ne revient jamais sur une décision, mon videur.

Il est chauve. Enfin, non, pas complètement… Il a une houpette de cheveux, gelée en pic sur le sommet du front. Il a un beau blouson avec une tête de mort. Il a une moustache. Il est petit, trapu. Il est touchant. Il ne se rend même pas compte qu’il ne peut pas non plus rentrer dans son pub. S’il respectait les règles à la lettre, il se viderait lui-même, le pauvre vieux. La question que je me pose, c’est comment un mec qui cultive un style aussi particulier peut se montrer aussi bête avec quelqu’un qui fait également l’effort de ne pas se fondre dans la masse? Je suppose que la réponse est la même que pour les videurs blacks qui ont pour consigne de refuser l’entrée à leurs congénères, comme la légende le raconte, dans certains endroits de France. Naît-on videur? Le devient-on? Un videur qui n’est pas lobotomisé est-il aussi difficile à trouver qu’un festival de cet été sans Sophie Hunger?

Tu te demandes sûrement si l’histoire s’est arrêtée là mon p’tit Journy. Et bien, non, il nous reste le bref épisode de la sortie définitive, qui nous servira de conclusion. Le videur, presque amicalement, s’adresse à moi:

– Bon, la prochaine fois t’as intérêt à quand même faire un effort, hein!
– Oui, Monsieur, la prochaine fois. (Je profite, il ne comprend pas l’ironie…)

Yann Marguet

 

Yann Marguet

5 réponses

  1. Anonyme
    | Répondre

    Salut Dany Salut!

  2. Rouliette
    | Répondre

    Teeeeellement drôles ces deux articles, tu me fais vraiment trop rire et en plus c’est tellement vrai!

    P.S.: Moi j’adore ton style…surtout les grands T-shirts violets 😉

    • Jer
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      D’un côté les grands t-shirt violets et les pantalons trop larges ça se distingue moyennement de la masse je trouve (je profite, puisque tu comprend l’ironie…)

      • yann_marguet
        | Répondre

        Touché!

        En même temps quand on a fait droit avec ma gueule, on a tendance à se sentir spécial… Et cf le paragraphe sur ma djeunsitude pour relativiser un peu le côté rebelle du truc. Mais t’avais compris ce que je voulais dire, je pense.

        Quoi qu’il en soit: la vanne est propre et de ce fait, homologuée.

        • Arnaud
          | Répondre

          Ceci dit c’est vrai que tu fais mauvais genre… Je me rappelle avoir eu des remarques du prof de stats qui m’a demandé de te virer une fois ou deux pour non-conformité aux codes des étudiantEs en première année de psychologie. Heureusement ton port altier et ta barbe vénérable inspirent le respect…

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