«OÙ SONT LES POUBELLES – Lausanne, ville sale»

«OÙ SONT LES POUBELLES – Lausanne, ville sale»

On sait les lausannois poètes à leurs heures, et, comme dans toutes les grandes villes, ils aiment à faire profiter les passants de leurs inspirations lyriques grâce à des inscriptions sur divers objets du domaine public : bancs, murs, barrières, arbres… Impressionné par tant de talent, j'ai décidé de me lancer dans une série de dissertations littéraires sur quelques-unes des œuvres majeures repérées à travers la ville.
Inscription sur un banc, dans la forêt qui longe le dépôt de la Borde. "Où sont les poubelles ? Lausanne, ville sale".
Inscription sur un banc, dans la forêt qui longe le dépôt de la Borde. “Où sont les poubelles ? Lausanne, ville sale”.

Voilà maintenant 4 ans que l’écriture d’un article au sujet d’un vers baudelairien repéré à travers la ville ne s’était pas imposée à moi. Mais l’autre jour, je me promenais dans la petite forêt sise alentour du dépôt des TL de la Borde, quand mon attention a été attirée par cette étrange inscription au sujet de poubelles absentes. Qui, oui qui, a donc eu l’idée de cette question métaphysique à laquelle il est essentiel que chaque promeneur réfléchisse, et pourquoi ?

Hypothèse 1 : Le pique-nique qui tourne mal

Le palinzard* Marco se leva de bonne heure en ce premier dimanche de mai 2022. Tout heureux de constater qu’il faisait grand beau, il décida de passer au Fleur de Pains du coin s’acheter un gros sandwich au jambon. Puis ni une ni deux, il descendit depuis Epalinges aux quais d’Ouchy à pied, via le chemin de la Vuachère. Se sentant en jambe, il longea ensuite le lac jusqu’à Vidy, puis remonta en zigzag direction tour de Sauvabelin, l’idée étant de rallier le chemin de Saint-Jacques qui passe lui aussi par Epalinges. C’est au milieu des écureuils et des chants d’oiseaux qu’il s’arrêta à midi pile pour manger son sandwich, prenant place sur un banc en forêt, juste un peu au-dessus du dépôt de la Borde. Son en-cas terminé, ne voilà-t-il pas qu’il souhaite jeter le papier qui l’emballait. Or, pas une poubelle à l’horizon ! Furibond et replaçant le papier d’emballage, désormais sans contenu dans son sac, il se saisit d’un gros marqueur noir qu’il transportait toujours avec lui, on ne sait jamais. Et il exprima son mécontentement avec l’inscription dont nous discutons ici sur le banc.

Endroit idéal pour un pique-nique...
Endroit idéal pour un pique-nique…

Hypothèse 2 : Le vieux Gaspard qui se sent investi d’une mission (inspiré d’une histoire vraie**)

Le vieux Gaspard, depuis la retraite, aime beaucoup à se promener dans les environs de la rue de la Pontaise, où il habite. Seule ombre au tableau, lui et sa femme Odette n’ayant pas eu d’enfants ni donc, par voie de conséquence logique, de petits-enfants, la plupart de ses sorties lui ont longtemps paru vide de sens. Aussi, quelle grande joie, quelle extase, lorsqu’il comprit que le but de son existence, la raison même que l’univers ait choisi de le concevoir, c’était qu’il ramasse les détritus tout en se promenant. Mouvoir son corps pour sa santé personnelle et la salubrité publique, que voilà un bel double objectif qui le motive désormais à sortir et marcher des 4 ou 5 heures pendant la journée, muni d’un sac en plastique qu’il remplit de mégots et autre sachets de bonbons trouvés un peu partout. Remarquant que malgré trois passages de sa part par semaine, les alentours du banc au dessus du dépôt de la Borde étaient toujours jonchés de plastiques en tous genres et parfois aussi, quelle horreur, de préservatifs usagés, Gaspard finit par sévir. Et de se faire l’auteur de l’inscription dont nous parlons ici. Tous les moyens pour alerter les autorités sont bons.

... et désormais haut lieu de pélerinage pour les selfies. Exemple ici avec un bien bel homme.
… et désormais haut lieu de pèlerinage pour les selfies. Exemple ici avec un bien bel homme.

Hypothèse 3 : Olivier, l’adolescent farceur

La troisième hypothèse, et qui de fait me paraît la plus probable des trois, c’est celle de l’adolescent farceur. Peut-être un gymnasien premier de classe, que nous appellerons Olivier, qui vient d’étudier les initiatives de communication et d’action “Ville propre”, dans son cours à option sur le développement durable. De telles initiatives “Ville propre” sont organisées notamment en France, comme dans la petite ville de Fleurus. Démonstration de nettoyage de la part des ouvriers communaux en action avec leurs machines, rappel des règles élémentaires de propreté aux citoyens au travers d’affiches, créations de postes d’ambassadeurs de la propreté dans les quartiers… L’adolescence et l’impertinence ne riment pas pour rien, c’est pourquoi Olivier a trouvé drôle de tourner ce type d’initiative en dérision, avec l’inscription sur le banc dont nous parlons ici.

Et vous, qu’en pensez-vous ? N’hésitez pas à proposer vos opinions dans l’espace commentaire ci-dessous. Quant aux auteurs, s’ils viennent à me lire, qu’ils passent aux aveux et nous expliquent les raisons de leur forfait !


Vous avez aimé cet article ? Les précédents de la série :


*Sobriquet des habitants d’Epalinges.

** J’habite la Rue de la Pontaise. Dans un immeuble voisin, se trouve bel et bien un vieil homme qui parcourt les rues avec un ou deux sacs qu’il aime à remplir de détritus trouvés par terre.

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