Anne ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

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Ou quand prendre de la hauteur devient un casse-tête Lausannois qui voit s’affronter des défenseurs de balcons fleuris et des promoteurs audacieux. Avis sur le projet de la tour de Beaulieu.

Au début du XXème siècle, alors que la récession mondiale faisait rage et qu’un peintre médiocre prenait le pouvoir en Allemagne, Lausanne se déchirait autour de la construction du premier « gratte-ciel » de Suisse sur la place Bel-Air.

Avec des investisseurs prônant la modernité et le progrès face à des opposants conservateurs mobilisés en ligue de défense du patrimoine, et après plusieurs mois d’un débat passionné, la tour sera finalement édifiée en 1931. Près d’un siècle plus tard, le bâtiment est classé au recensement architectural et fait partie intégrante de la physionomie du centre-ville.

En ce début de XXIème siècle, l’Allemagne va beaucoup mieux mais Lausanne reste un gros village en pente qui a la mémoire courte puisque, à peu de chose près, les acteurs d’aujourd’hui se retrouvent dans les mêmes affres qu’il y a 90 ans, pour les mêmes raisons mais pas dans le même quartier.

« La Ville de Lausanne, la Fondation de Beaulieu et les investisseurs, représentés par une grande entreprise de construction, ont lancé un concours d’architecture pour valoriser le site de congrès et d’exposition de Beaulieu. Le jury du concours a choisi à l’unanimité le projet Taoua du bureau lausannois Pont 12 architectes. Le projet, dont le coût total avoisinera les 100 millions de francs, répondra aux exigences du développement durable. Il offrira à Lausanne de nouvelles perspectives en matière de densification de l’espace urbain ».

Depuis cette annonce, une bronca s’est levée contre ce projet. Le quartier et la ville n’auraient donc pas besoin d’hôtel, de bureaux ou de salle de congrès supplémentaires ? La réalité est plus pragmatique. Sur le principe tout le monde dit oui au progrès, à la nouveauté, mais pas devant chez soi. Il serait temps de dépasser les préoccupations de certains riverains qui apparemment vivent en permanence sur leur balcon en admirant « leur vue » sur le lac ou qui craignent pour leurs places de parc. Qu’ils le veuillent ou pas, la ville doit se développer de l’intérieur puisque la périphérie ne le permet plus aujourd’hui.

Depuis toujours l’architecture est un exercice qui interpelle. On ne compte plus le nombre de bâtiments qui ont fait scandale avant de devenir des références reconnues. Il n’est pas question ici de prendre parti pour ou contre l’intérêt d’une nouvelle tour à Lausanne. Il y a eu un concours avec un cahier des charges très précis, un jury a délibéré et il faut avoir confiance dans sa décision, le meilleur projet a gagné.

Que ce dernier plaise ou pas n’est pas fondamentalement d’un grand intérêt. Il a par contre l’avantage de proposer une véritable réflexion sur le problème d’urbanisation des villes car, à Lausanne comme ailleurs, la population augmente mais pas les  surfaces constructibles, n’en déplaise aux partisans de l’immobilisme, il faudra s’y faire car l’avenir se dessine en hauteur.

Heureusement que dans cette perspective, la ville de Lausanne ose défendre son développement. Il y a quelques années déjà, les élus avaient défendu bec et ongles le projet d’usine d’incinération Tridel au cœur de la ville. Les opposants ne remettaient pas en cause la nécessité d’une telle infrastructure mais pas dans l’agglomération. Trop de nuisances, trop de circulation, trop grand, trop cher, et que vont devenir les grenouilles, et pourquoi ne pas construire cette usine ailleurs, loin, au milieu d’une campagne éloignée ?

La municipalité a tenu bon et aujourd’hui Tridel est parfaitement intégrée sans que les opposants de la première heure ne vivent pour autant dans une ville défigurée. Il en va de même de la tour de Beaulieu qui est bien plus qu’un caprice d’architecte. Ce bâtiment montre la voie que devront prendre nos villes si elles souhaitent continuer à se développer et suivre l’inexorable évolution démographique et économique que nous vivons depuis une cinquantaine d’années. L’autre solution étant de se lever, les deux pieds sur le frein, et se résigner à vivre dans des villes-musées, bien de chez nous et propre-en-ordre.

Quoiqu’il advienne de ce projet, il est important ici de féliciter Lausanne qui poursuit son développement et défend des projets ambitieux. Déjà célèbre pour son métro innovant, il reste de belles pages urbanistiques à écrire avec, entre autres, le projet « Métamorphose » ou le concours du musée de la gare.

En conclusion, je souhaite ici reprendre les mots de la poétesse Tina Arena qui n’avait pas peur de clamer « Aller plus haut » et espérer que Lausanne fasse sienne cette devise pour mener à terme cette audacieuse tentative de doter la ville d’un nouveau bâtiment emblématique.

Quelques liens:

Pont 12 architectes

Beaulieu 2020

COLLECTIF BEAU-LIEU

 

Mouvement pour la Défense de Lausanne

 

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serge

  1. francis_luong
    | Répondre

    Bloody NIMBYs (“Not In My BackYard”)…

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