Réaction d’une lectrice à l’article « VIANDE = SOUFFRANCE »

Posté dans : Société | 1
Le 23 octobre, Lucien publiait un article plutôt critique à l'égard des antispécistes après avoir repéré une inscription sur un banc qui condamne la consommation de viande. Suite à la lecture de cette contribution, Laure a fait usage de la possibilité donnée aux lecteurs de commenter les parutions du Lausanne Bondy Blog (possible sur Facebook ou sur le blog au bas des articles). L'équipe rédactionnelle du LBB a jugé la réaction de Laure si intéressante et si bien amenée qu'elle lui a offert la possibilité de concocter sur cette base l'article complet que voici.

 

<a href="https://www.lausannebondyblog.ch/viande_souffrance/" target="_blank" rel="noopener">Inspiré par cette photo prise au bois Mermet, Lucien a écrit un article disponible ici. Ci-dessous, la réaction de Laure.</a>
Inspiré par cette photo prise au bois Mermet, Lucien a écrit un article disponible ici. Ci-dessous, la réaction de Laure.

Merci

Merci pour cet article, qui résonne encore et toujours si bien avec les faits de notre quotidien, tant urbains et sociaux, qu’artistiques et réflexifs ! Merci plus précisément de prendre la peine de détailler qu’un slogan est une simplification et que même s’il flirte avec le simplisme, c’est justement pour cela qu’il nous encourage tous à entrer dans le vif du sujet concerné. Cet article ouvre donc la porte à ce phénomène social complexe de l’alimentation et donc merci pour cela, parce qu’il y en a des choses à dire ! Évidemment, merci également à l’auteur dudit slogan, car c’est manifestement grâce à lui que cet article est apparu et que cette discussion a lieu maintenant. Remerciements faits, je me permets d’apporter ma réaction à cet article.

 

Un article amusant qui ouvre le débat, « mais »

On sent l’auteur respectueux des antispécistes et globalement sensible aux problématiques que ceux-ci soulèvent. On le sent également lucide sur les conséquences qu’il y a à manger de la viande de la manière dont on le fait aujourd’hui [1]. Me voilà donc d’autant plus étonnée par le choix de consacrer la moitié de l’article à un plaidoyer en faveur du spécisme. Pourquoi ? Bien qu’un certain agacement soit perceptible de la part de l’auteur envers la facette “phénomène de mode” de l’antispécisme (et cela se comprend !), est-ce que cela n’en reste pas moins à la base une problématique par laquelle très (trop) peu de gens se sentent concernés et qu’il faudrait plutôt chercher à valoriser ? L’article a tendance à jouer avec les mots et les situations cocasses et cela décrédibilise les valeurs antispécistes plutôt que de les valoriser : existe-t-il vraiment une situation au monde où on demanderait à quelqu’un de choisir entre jeter un bébé par la fenêtre et écraser un moustique pour pouvoir améliorer notre système de production alimentaire ? Cette juxtaposition d’images est une interprétation du slogan, gratuitement moqueuse à mon sens et peu constructive. Le slogan tel que je le comprends se contente de rappeler que la production de la viande aujourd’hui se fait dans des conditions de souffrances qui sont inutiles et tout à fait évitables surtout. Il me parait important de clarifier qu’à mes connaissances les antispécistes ne proposent à aucun moment et à qui que ce soit de choisir entre le sacrifice d’un bébé et celui d’un moustique, comme cela pourrait être interprété à la lecture de l’article de l’auteur. Notons l’ironie de cette histoire : il n’y a bien que pour les géants de l’alimentation qui nous incitent à manger toujours plus de viande [2], qu’il n’y a pas de différence entre un moustique et un bébé : nous ne sommes tous que des insectes, la chose fondamentale qui nous différencie c’est lequel de nous peut leur rapporter le plus d’argent.

 

Être humain : prouvons-nous que nous sommes intelligents

Pour ceux qui seraient convaincus qu’un être humain est plus intelligent, plus avancé et donc plus important que l’ensemble des autres animaux, qu’à cela ne tienne. Si l’être humain a transcendé la hiérarchie du règne animal cette intellectualité supérieure ne nous donne-t-elle pas alors justement plus de responsabilités ? Si nous sommes intelligents, ne devrions-nous pas inventer des sources de plaisir liées à l’alimentation qui ne soient néfastes ni pour l’ensemble de la planète, ni pour nous- même ? Et non, ce n’est pas parce que nous n’avons pas encore trouvé comment bien faire, que nous pouvons nous contenter de mal faire, pour ainsi dire de faire du mal.

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Merci oncle de Spiderman de nous rappeler ça !
Merci oncle de Spiderman de nous rappeler ça !

 

Réaction à l’antispécisme : condamner ou soutenir, il faut choisir

Pour en revenir à l’article lui-même, je comprends le coup de gueule de l’auteur, mais ne le trouve pas constructif. Ne me considérant pas antispéciste moi-même, j’aurais malgré tout envie de les soutenir, y compris dans les tentatives d’expression qui seraient maladroites ou fugaces, tel un phénomène de mode. Les lacunes en matière de communication du côté des antispécistes auraient bien besoin d’un coup de pouce de la part des blogueurs, plutôt que d’un jugement que je trouve un peu sévère et qui pourrait avoir tendance à décourager. On a tous bien trop besoin aujourd’hui de gens qui crient leur indignation au manque de bienveillance et de respect entre l’être humain et son environnement et par extension inévitable, entre l’être humain et lui-même !

 

Pas une bonne com, pas de soutien ?

Cet article gagnerait ainsi en intérêt si au-delà de s’attacher à critiquer la communication des antispécistes, il prenait le contrepied de ce tagueur de banc et qu’il s’intéressait de manière plus exhaustive à leur communication en générale avec des propositions d’améliorations ou des parallèles avec d’autres artistes qui manieraient les mots, les concepts et l’art avec peut-être un peu plus d’élégance et de précisions ! Ci-dessous, quatre exemples dignes d’intérêt :

Animals in War Memorial (Londres, Hyde Park) – Est inscrit sur le monument : «This monument is dedicated to all the animals that served and died alongside British and allied forces in wars and campaigns throughout time. They had no choice. » (Trad. « Ce monument est dédié à tous les animaux qui ont servi et sont morts aux côtés des forces Britanniques et alliées dans les guerres et les campagnes à travers le temps. Ils n’avaient pas le choix. »)
Animals in War Memorial (Londres, Hyde Park) – Est inscrit sur le monument : «This monument is dedicated to all the animals that served and died alongside British and allied forces in wars and campaigns throughout time. They had no choice. » (Trad. « Ce monument est dédié à tous les animaux qui ont servi et sont morts aux côtés des forces Britanniques et alliées dans les guerres et les campagnes à travers le temps. Ils n’avaient pas le choix. »)
Œuvre du célèbre street artist Banksy – De manière très explicite, l’artiste dénonce comme l’argent (code barre) est mis en priorité par rapport au bien-être d’un animal. Pour tout fan de Banksy une autre de ses œuvres mérite d’être citée, dans laquelle il joue plus encore avec la provocation : les Sirènes des Agneaux. Dans un autre registre que ses pochoirs, il s’agit là d’un camion remplit de peluches animales qui a circulé dans les rues de New York en reproduisant des cris lancinants d’animaux en souffrance.
Œuvre du célèbre street artist Banksy – De manière très explicite, l’artiste dénonce comme l’argent (code barre) est mis en priorité par rapport au bien-être d’un animal. Pour tout fan de Banksy une autre de ses œuvres mérite d’être citée, dans laquelle il joue plus encore avec la provocation : les Sirènes des Agneaux. Dans un autre registre que ses pochoirs, il s’agit là d’un camion remplit de peluches animales qui a circulé dans les rues de New York en reproduisant des cris lancinants d’animaux en souffrance.
Artiste inconnu – Trad. « La Terre n’est pas en train de mourir, elle est tuée, et ceux qui la tuent ont des noms et des adresses. » La question que pose M. Lapin est percutante et subtile : n’avons-nous pas tous des noms et adresses ? Le message vise à éviter que nous continuions tous à nous déresponsabiliser et faire les autruches sous prétexte d’être un peu perdu dans la confusion générale. De fait, si à la lecture du message de M. Lapin nous nous identifions à ceux qui nuisent à la planète, ne serait-il pas temps de changer ? Si l’on se sent dans le même camp de pensée que lui, alors, si ce n’est pas déjà le cas, il serait temps d’arrêter de manger du lapin, parce que force est de constater qu’il a bien raison !
Artiste inconnu – Trad. « La Terre n’est pas en train de mourir, elle est tuée, et ceux qui la tuent ont des noms et des adresses. » La question que pose M. Lapin est percutante et subtile : n’avons-nous pas tous des noms et adresses ? Le message vise à éviter que nous continuions tous à nous déresponsabiliser et faire les autruches sous prétexte d’être un peu perdu dans la confusion générale. De fait, si à la lecture du message de M. Lapin nous nous identifions à ceux qui nuisent à la planète, ne serait-il pas temps de changer ? Si l’on se sent dans le même camp de pensée que lui, alors, si ce n’est pas déjà le cas, il serait temps d’arrêter de manger du lapin, parce que force est de constater qu’il a bien raison !
Œuvre du célèbre street artist ROA (Cologne) – Pour ceux qui ont décidé que M. Lapin méritait quand même de mourir pour être mangé ou dépecé de ses poils à chaque fois qu’ils repoussent (#joliefourrure), cette street artist nous met face à nos émotions : la cruauté en vaut-elle la chandelle ?

 

Épilogue mathématique

Petit plaisir final, je ne résiste pas à la perche tendue par l’auteur de cet article d’entrer dans le jeu mathématique des équations. Je me permets donc aussi de proposer une ébauche pour un autre axe d’analyse de cette fameuse équation : Viande + plaisir de l’individu (investisseur capitaliste qui s’enrichit au détriment de la santé)
=
Souffrance + plaisir de l’individu (consommateur habitué culturellement à aimer la viande à tous les repas de la journée). Après simplification : viande = souffrance. Pas si faux finalement ?

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La conclusion à ce débat, résumée en un effacement.
La conclusion à ce débat, résumée en un effacement.

Liens suggérés dans le texte pour ceux qui se posent des questions en rapport avec les sujets évoqués :

[1] Petit récap. réalisé par le journal Le Monde pour expliquer la place de la production animale aujourd’hui disponible ici. Pas trop mal fait, il y a même une petite animation, chic alors !

[2] La question de la qualité de la viande que l’on mange et la quantité consommée pour que notre santé ne soit pas (trop) mise en péril fait l’objet de nombreuses publications, vidéos, articles sur internet ou ailleurs et cela vaut la peine de se renseigner un tout petit peu, comme on dit : si on ne réserve pas un peu de temps pour sa santé, il faudra prévoir de réserver du temps pour sa maladie ! Pour ceux que ça intéresse de savoir où en est l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) qui ne se mouille pas trop en général, mais qui semble quand même avoir ressenti le besoin de d’étudier la question des risques de consommer de la viande rouge et de la viande transformée, un lien ici pour voir comment l’OMS a classé la viande transformée comme cancérogène au même titre que le tabac ou l’amiante.

Tout le monde a le droit d’exiger de vivre sainement sans devoir s’arracher les cheveux en faisant ses courses, il suffit juste que nous fassions reconnaitre ce droit et que nous en usions pour exiger que l’alimentation (et les modes de vie) que l’on nous propose soient sains et respectueux de tout être vivant. A chaque époque ses combats. Bonne chance à tous dans la jungle de l’information et de la désinformation et surtout : ne perdez pas courage !

Une réponse

  1. René
    | Répondre

    Salut à tous les amateurs de carottes, de yogourt allégé de chèvre, de bidoche sanguinolante et à tous ceux qui sont en équilibre ou déséquilibre là au milieu!

    Pour résoudre cette question brûlante, en tant que grand amateur d’un bonne côte de boeuf bien juteuse, je vous propose la solution suivante : régime végétariano-végétaliens non strict avec viande de chat pour les carnivores invétérés!!!
    Le chat il paraît que c’est bon comme le lapin, la nourriture des rois d’antan. Sachons donc nous faire plaisir. Surtout qu’on ne peut pas dire que nos quadrupèdes préférés aient une vie difficile. Contrairement à nous pauvres humains qui menons plutôt des vies de chiens aux services de nos patrons, nos obligations, nos lubies, nos désirs qui si souvent restent des fantasmes.
    Le boeuf aussi c’est bon d’ailleurs, tout comme le lait de ces braves laitières qui n’ont pss l’air bien stressées à part quand il faut regarder passer le train des travailleurs du matins du midi, du soir et de toutes les autres heures de ces fous d’humains. Oui ok il y a l’heure de la traite. Ça c’est rude on vous masse et on vous suce les tétines… et tous les jours en plus! Ok ok il y a quelques infortunées qui tombent sur des paysans violants. Hum… que dire de certaines femmes certains hommes… ah oui et aussi de tous ces quadrupèdes qui sont toujours aux aguets jamais tranquille et bien protégé dans un enclos contre les prédateurs jamais bien loin…
    Bref, si nous commencions par nous respecter nous même nous aurions sans doute moins de mal à égorger un mouton ou un plouet un jour de fête.

    En vous souhaitant une belle journée bien dans votre assiette.
    Gros becs à Laure

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