L’entrevue décalée : Léonore Porchet

A la base, il y a le concept de notre série intitulée « Deux cafés, l'addition » où il s’agit de dresser le portrait de lausannois random au travers de questions décalées à propos de Lausanne. Soucieux de faire évoluer cette chronique, nous proposons de renommer l’exercice en « L’entrevue décalée » avec des questions taillées sur mesure pour un interlocuteur sciemment choisi. Entrée au Grand Conseil vaudois en juillet, la Verte Léonore Porchet relève le défi !
Léonore Porchet sur la terrasse de la B.M. prête à répondre à nos questions !

Y a-t-il encore besoin de la présenter ? Sémillante Verte, députée remarquée au Grand Conseil vaudois, Léonore Porchet s’engage afin de faire bouger les lignes de notre société. Féministe, fervente défenseuse de la culture et de l’égalité des droits humains, la jeune femme apparaît à intervalles réguliers dans les médias. Prenant le contre-pied des interviews traditionnelles, nous vous proposons de découvrir Léonore Porchet sous un autre angle ; celui du portrait lausannois décalé.

LBB : Je te dis « Lausanne » et tu penses à ?

Au lac. Je pense au lac parce que Lausanne, c’est une des ces villes extraordinaires où, où que tu sois, tu peux voir le lac. C’est une vue magnifique. Même au centre on sent la présence du lac, on sent qu’on est dans une ville qui respire. C’est aussi une frontière qui ne permet pas à la ville de s’étendre indéfiniment. Pour l’urbanisme, cela pose autant de contraintes que cela définit le caractère de la ville. C’est le lac qui rend Lausanne attachante et c’est pour cela que je déteste quand on dit « le lac de Genève ».

LBB : En tant que Lausannoise de cœur, qu’est-ce que tes années passées dans cette ville t’ont appris ?

J’ai toujours préféré vivre en ville. Dès que j’ai pu, j’ai déménagé. J’adore être en ville, dans un cœur battant qui fait du bruit, où il y a des gens et de l’activité. Je suis une vraie citadine. Mais j’ai également appris que j’avais besoin de temps pour moi, de calme et de nature. A Lausanne, je me suis rendu compte qu’il y a de nombreux parcs – j’habite sous Sauvabelin – et avec le train on est rapidement à la montagne. Je dirais, pour résumer, que j’ai appris le lien ville-campagne, ce dialogue, un équilibre agréable et bénéfique pour moi.

LBB : Quelle Lausannerie ou quel trait lausanno-lausannois as-tu adopté ?

J’ai adopté assez rapidement le brunch. Il y a plein de brunchs très chouettes à Lausanne comme au Café des Avenues par exemple. De manière plus générale, je dirais manger au restaurant. J’adore manger au restaurant. Je mange au restaurant plus que je ne brunche d’ailleurs ! A Lausanne, Lausanne à Table fait un super travail de promotion. Je connais plusieurs restaurateurs, c’est aussi au restaurant que j’amène des invités dès que j’en ai ! Il y a des gens inventifs et volontaires comme ici à la B.M. où l’équipe a fait un travail incroyable, autant au niveau esthétique que de la carte. Manger au restaurant, c’est un moment de partage. On est posé, il y a ce truc charnel de manger ensemble, on discute, cela invite à l’échange.  

LBB : Un lieu à faire découvrir en priorité à des amis venus de l’étranger ?

Si ce n’est pas dans un restaurant, je les emmènerais à la cathédrale. Il y a ce magnifique parvis et c’est le monument le plus important de Lausanne. On irait écouter le guet. Indispensable. De plus, la cathédrale est sublime, c’est un monument à part qui concentre beaucoup de questions à propos de l’architecture gothique. Il y avait même une route qui traversait la cathédrale à un moment, c’est fou ! Il y a le portail peint situé sur la face sud de l’édifice, la rosace qui est aussi très étrange pour le XIIIe siècle. Après, j’en profite pour manger dans le coin… Le Vieux-Lausanne, l’Evêché, le XIIIe, l’AO… Des lieux typiques.

LBB : Si Lausanne était envahie par les extra-terrestres, ils iraient où pour chiller et boire une bière ?

Une buvette éphémère style la Grenette, les Grandes Roches ou la Galicienne. C’est quand même les endroits les plus tranquilles, sans chichis, mais à la mode. C’est là que tu sens le cœur de Lausanne. Des gens ont investi des lieux, pas toujours faciles et avec une histoire, pour leur donner une nouvelle âme. En plus, on y trouve souvent de la bonne bière !

LBB : Quelle chanson pour marcher dans Lausanne ?

« Dont’ stop me now » de Queen. Je l’écoute souvent, c’est une chanson hyper motivante. Il y a ce côté « je sais où je vais », entraînant. C’est ce qu’il faut pour se taper les collines de Lausanne ! C’est également une chanson moderne tout en ayant tout une histoire, ça convient bien à Lausanne.

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LBB : Quelle œuvre (livre, film, jeu) représente le mieux Lausanne ?

Quand on me demande une représentation de Lausanne pour moi, la plus symbolique, c’est l’affiche que Loustal a créé pour BDFIL 2011. Ça relie tellement de choses pour moi cette image ; notamment mon engagement bénévole pour BDFIL qui est celui dans lequel je m’implique le plus.

LBB : L’emblème de Porrentruy est un cochon, Berne a son ours, Genève son aigle, quel animal sur le blason de Lausanne ?

Je dirais le cochon laineux. C’est l’animal le plus cool de la ferme pédagogique de Sauvabelin. De plus, c’est une espèce rare qu’on sauvegarde. Le cochon est un animal sous-estimé, intelligent et propre. Lausanne aussi est sous-estimée au niveau suisse. C’est une ville qui a plus de dynamisme socioculturel et économique que Genève ou Berne, par exemple. Aussi, j’ai un amour particulier pour les cochons par réaction à mon surnom d’enfance donné en raison de mon nom de famille « Porchet ».

LBB : Qu’est-ce que tu adores à Lausanne et qu’il faut préserver ?

J’adore être en terrasse à Lausanne et pourtant, c’est une ville où il est difficile d’en avoir. On a un usage de l’espace public qui n’est pas très participatif. Pourtant, on a des restaurateurs et tenanciers innovants et un centre piéton important. Il y a encore largement de la place pour accueillir plus de terrasses et faire en sorte que certains restaurateurs ne soient pas délaissés durant l’été. On pourrait être plus inventif, innovant et ouvert dans notre relation à l’emploi de l’espace public.

LBB : Qu’est-ce que tu détestes le plus à Lausanne et qui est à changer d’urgence ?

Le bruit des voitures et surtout le bruit des motos. C’est une nuisance hyper forte. J’habite un appartement traversant dans une boucle montante, où les motos décélèrent pour faire le virage et accélèrent ensuite sous mes autres fenêtres. Je capte pas l’objectif de conduire en faisant du bruit. On est trop permissif avec les bruits de circulation agressifs.

LBB : Ta pire expérience poisse à Lausanne ?

Je suis maudite avec les bus. Quand j’en ai besoin, il n’est jamais là. Quand je n’en ai pas besoin, il est là. Mon bus, c’est le bus n°16, il a une fréquence ridicule de 15 minutes alors qu’il fait tous les « highlights » de Lausanne. Je me retrouve toujours à rentrer à pied. Je pense qu’il y a un complot des TL contre moi.

L’affiche 2011 du festival BDFIL. – © Loustal

LBB : Si tu étais une institution culturelle à Lausanne, existante ou futur ?

J’aimerais être une maison de la BD à Lausanne. Une institution qui soit destinée à la valorisation de la BD, car on a tout pour le faire ici. On possède le deuxième fonds européen de la BD, des BD précieuses, actuellement entreposées et non accessibles au public. On a la légitimité de la valorisation avec le festival BDFIL qui s’ancre dans le temps, est de qualité et édite une revue. Il y a aussi la légitimité scientifique avec le groupe d’étude sur la BD (GrEBD) à l’Unil. Pour l’emplacement, je pensais à la maison Godard où il y a le mudac qui va déménager, mais cela peut aussi être ailleurs.

LBB : Ta rue ou ton bâtiment préféré à Lausanne ?

J’adore la place de la Palud. Il y a cette extraordinaire horloge parlante. Je m’arrête pour la regarder quand je tombe dessus en mouvement. C’est aussi la place de l’Hôtel de Ville, il y a la Ferme Vaudoise et les Verts ont leur bureau ici. J’associe beaucoup de mon engagement politique à cette place. Elle est harmonieuse, bien conservée, avec des jolies façades, il y a le Café de l’Hôtel de Ville qui propose en plus un menu végétarien toute la semaine pour 20.– !

LBB : Quel personnage typiquement lausannois t’a le plus marquée ?

Natacha Litzistorf, municipale en charge du logement, de l’environnement et de l’architecture. C’est elle qui m’a engagée comme secrétaire des Verts lausannois avant même que je vienne habiter à Lausanne. C’est devenu une amie proche. C’est ma Lausannoise ; celle qui s’engage dans le tissu local et à qui je pense tout de suite. C’est grâce à elle que je suis là.

LBB : Lausanne dans dix ans, c’est comment ?

C’est piéton. C’est très, très piéton avec plus de terrasses et plus d’espaces verts, avec des espaces de rencontre, des places de jeux pour les enfants et pour les grands. Lausanne a tout le potentiel pour cela ! Dans dix ans, l’humain occupe le centre de la ville.  

LBB : Une remarque ? Une anecdote ? Le mot de la fin ?

Pour Lausanne, dans l’avenir, il y a une chose qui m’inquiète c’est la destruction de la forêt du Flon. Je crois que les Lausannois ne se rendent pas compte de l’importance de cette forêt, notamment de son impact paysager et climatique pour le Flon, qui est un endroit hyper chaud, car tout plat et tout bétonné. Après, il y aura une autre route, on sera au fond d’une cuvette chaude. Cela m’inquiète pour l’espace Montbenon qui est bien construit. C’est le dernier vestige de forêt primaire au centre-ville. C’est un crime environnemental de mettre une route ici, un projet architectural dépassé.

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