Le romand pour les nuls – leçon III

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Les francophones non-helvétiques imitent souvent l’accent suisse. Mais savent-ils parler le « suisse » ? Voici quelques notions à destination des voyageurs de passage à Lausanne…

Vous qui lisez régulièrement le LausanneBondyBlog, vous le savez bien : on y apprend à parler le romand ! Pour ceux qui n’auraient pas suivi, allez vous mettre à la page en lisant la première leçon et la deuxième leçon.

Avant de vous présenter les nouvelles expressions de ce post, je voudrais attirer votre attention sur un problème que j’ai assez vite rencontré lors de ma découverte du romand : comment distinguer ce qui est propre à la Suisse romande de ce qui se dit… uniquement en Belgique? Je m’explique : quand je me pose des questions sur une expression particulière entendue à Lausanne, j’essaie de demander également à un français si cela lui paraît bizarre… si oui, nous sommes bien en face d’un “suississisme”, si non, il s’agit d’un belgicisme!  

 Par exemple, l’adjectif “caillant” semble bien propre aux latitudes belges… ainsi que le fait de “mordre sur sa chique” (je vous fais grâce des différences de signification du mot chique selon la localisation en Belgique). Il y a également les classiques : le “à tantôt” ainsi que l’utilisation du verbe “savoir” dans le sens de “pouvoir” (“Est-ce que tu sais venir m’aider?”). J’ai appris progressivement que je faisais ainsi beaucoup rire ici, bien malgré moi…

Dernière petite spécialité belge, moins connue : la prononciation du “ui” en “ou-i”. Comme dans “puis”, “puits”, “aujourd’hui”, “cuire”, “huit”,… Le Belge a tendance à rajouter un petit “o” qui n’existe pas. Tendez l’oreille si vous rencontrez un Belge, vous verrez.  Moi, je ne l’entends évidemment pas, mais il paraît que c’est flagrant…

Mais revenons aux expressions romandes, en voici une nouvelle fournée pour encore mieux vous intégrer :

1) “c’est égal” : pour signifier “c’est le même”, “ça m’est égal”.
On peut se voir mardi ou mercredi, c’est égal.

2) “les deux” : assez déconcertant quand on l’entend la première fois ; signifie “à deux”, “tous les deux” (marche aussi avec “les trois”, “les quatre”, etc).
Non mais commencez les deux, j’arriverai plus tard.

3) “adieu” : utilisé pour dire bonjour. (?!) Encore plus déconcertant.
Adieu Etienne ! ça joue?

4) “ces temps” : pour “ces temps-ci”, de même que “ces jours” pour “ces jours-ci”. Peut donner des phrases assez drôles, du genre :
Il fait un temps, ces temps!

5) “c’est tout bon” : signifie “tout est en ordre”, “c’est ok”. Par exemple, à un guichet ou dans une administration, si vous avez fourni tous les documents/informations nécessaires, on vous répondra par exemple :
Alors, c’est tout bon pour moi!

6) “tout de bon” : formule d’adieu du style “bonne continuation”. Vous paraitrez bien intégré si vous parvenez à la placer lors du pot d’adieu de votre collègue qui prend sa pension (ou mesure vraiment les effets de la crise). Et si vous arrivez à rajouter “bon retour” en faisant allusion à son trajet de retour sur la route (comme je vous l’ai appris précédemment), là vous marquerez vraiment des points.

7) “le pire” : mon petit préféré, qui est en fait de l’argot de “djeun’s”. Il peut être utilisé à la fois comme adjectif et adverbe, et signifie “super”, “trop”. Ainsi, ne vous étonnez pas d’entendre des phrases du genre :
– Ouah, le pire look que t’as avec ton polo, c’est un Abercrombie & Fitch?
– ‘tain, aujourd’hui yavait le pire soleil! Il faisait pire chaud!
– Hé, ta soeur elle est pire cool. Euh… tsé si elle a un mec?

8) ”c’est 19h28“: qui aurait cru que la manière de demander l’heure était culturelle? Et pourtant :
– C’est quelle heure?
– C’est 19h28.
En Belgique, on préférera “il est quelle heure?” ou “quelle heure est-il?”.

9) “elle est belle“ : signifie “c’est bon, ça le fait”.
On prend deux bières et elle est belle !

10) “anni” : encore une petite abréviation. Après l’uni, les exas, les kils, les commis, voilà les annis ! Il s’agit des anniversaires. En Belgique, ils deviennent des annifs.. faut pas se tromper.

11) “déçu en bien” : voilà une magnifique expression plus vaudoise que romande. C’est assez compliqué à comprendre, moi-même j’ai mis plusieurs mois à bien en saisir la signification mystique… mais maintenant que j’y suis parvenu, je puis vous livrer le terrible secret. Vous connaissez l’expression “être surpris en bien”. Celle-ci en est un dérivé, et illustre tout le pessimisme vaudois : elle s’utilise pour qualifier quelque chose dont on est déçu… mais pas autant qu’on le pensait ! Je trouve cela plein de poésie. Ainsi, si la Nati joue contre l’équipe de France et perd 0-3 alors qu’on s’attendait à une défaite du style 0-5, vous pourrez dire fièrement : “ah ben je suis déçu en bien !”.

Allez les poteaux, potassez-moi tout ça et rendez-vous à la prochaine leçon !

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Etienne

7 réponses

  1. syr
    | Répondre

    il y a ce site qui est LA référence du causons vaudois

    http://topio.ch/

    bonne chance!

  2. Laurent K
    | Répondre

    Je suis français en Suisse depuis deux ans et je n’entends plus ces petites différences car elle ne m’étonnent plus ! Merci de les lister, c’est amusant.

    Pour parler d’une tournure spécifiquement suisse, on dit un helvétisme.
    Voir ici:
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Helvétisme

    Tout de bon,
    LK
    LK

    • etienne_doyen
      | Répondre

      Merci pour vos commentaires ! J’ai bien vu le site qui contient beaucoup d’informations pour mon étude, et maintenant j’utiliserai le mot “helvétisme”!

  3. Anonyme
    | Répondre

    Encore, encore!

  4. mlle-cassis
    | Répondre

    Tetcheu l’histoire! 

    Non mais 2 commentaires quand même: 

    – Au pot de départ du collègue (comme en quelconque autre occasion) et comme il est fort pertinemment mentionné dans la leçon précédente, on dit “bonne rentrée”. Pas “bon retour”. JAMAIS “bon retour”. “Bon retour” ça pue l’étranger qui veut s’intégrer et c’est le #FAIL (note que ça peut marcher pour un plan drague avec les collègues filles parce que tous ces efforts, c’est quand même pire chou)

    – Si tu réponds 19h28 sans même réfléchir quand on te demande l’heure, c’est que tu es déjà hyper Suisse dans ta tête. Toute autre personne aurait répondu “sept heures et demie” … ça aussi c’est trop pire chou!

  5. mimi kelis
    | Répondre

    Je continue avec bonheur de lire chacune des leçons. Et là, avec les commentaires c’est encore mieux. Je me permets juste d’ajouter une traduction sur le verbe “pouvoir” utiliser en France pour tout ce qui est la capacité à faire et également le droit de faire. Les suisses diront “oser” et là, j’avoue être déroutée. Voici quelques exemples: “j’ose t’emprunter un stylo?”; “on n’ose pas se parquer en dehors des cases” (notez le “parquer” suisse pour “garer” en France)
    Merci pour votre site.

  6. Sophie
    | Répondre

    En tant que romande vous m’avez appris non pas la signification de ces mots et expressions, mais le fait qu’elle sont typiquement de chez nous 🙂 et moi qui était certaine de parler le “bon” français!
    A rajouter au “c’est quelle heure?”, la variante très fréquente aussi et choquante pour des oreilles non habituées ” on vit quelle heure?” ou “quelle heure vit-on?”
    Bonne suite!

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