Le romand pour les nuls – dernière leçon !

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« Et c’est le temps qui court », chantaient les poètes. Voici venue la dernière leçon de notre cours de romand, qui est une pierre de Rosette romand-belge.

 

Lausanne, 23 décembre 2010, 15h00. Dans une chambre située à quelques mètres de la gare, un Belge est installé à un bureau, penché sur son ordinateur. Il semble soucieux : « nom de bleu, j’ai promis une leçon finale de romand pour les nuls, quel âne gris je fais ! L’inspiration ne me vient pas et ces deux dernières semaines de noce n’arrangent rien. Quel taguenet, comment vais-je poutser ça ? »

Il a bien envie de courber l’exercice, et se met à fredonner « on s’en fout on n’y va pas, on n’a qu’à se cacher sous les draps ». Il se dit qu’il ne doit pas se forcer s’il a de la peine et que la Terre ne s’arrêtera pas de tourner. Rassuré, il décide de passer à autre chose. Le cheni de cette chambre n’est plus vivable, décide-t-il ; il entreprend de ranger, pliant un linge, ramassant des jeans qui traînent, classant des papiers dans une fourre. Comme il doit sortir ce soir, il jette un petit coup d’œil par la fenêtre pour vérifier la météo : a priori, pas de roille, c’est tout bon.

Il s’active, s’occupe, mais un malaise l’envahit subrepticement. Il s’assied, réfléchit, et réalise qu’il est préoccupé, très préoccupé. « Voilà deux ans et demi que j’habite cette ville et ce pays. Cette langue française déconcertante, cette mosaïque de personnes au contact laborieux mais à l’amitié sincère, ces paysages époustouflants, j’ai appris à les connaître et à en tirer le meilleur. D’ici quelques jours, je quitterai cet univers, non sans avoir pris la peine à plusieurs reprises de prendre la plume pour le décrire. Je ne puis décemment partir comme un voleur, je me dois d’écrire la chronique ultime ! » Par la fenêtre, le lac l’encourage d’un clin d’œil ; les Alpes restent coites, comme à leur habitude – qui ne dit mot consent.

Décidé, il se rassied et reprend le fichier Word laissé vierge. « C’est 18h, lui chuchote son Natel, grouille-toi. » Il reprend ses anciennes chroniques, sourit en redécouvrant les pires expressions qu’il a décortiquées de manière très pédagogique et se dit qu’une monstre sélection va devoir être opérée.

« Au diable l’exhaustivité, l’essentiel est la qualité ! » crie-t-il tout seul dans sa chambre, debout sur sa chaise de bureau. « Les lecteurs qui prennent le train en route et montent dans ce wagon pourront toujours aller lire les autres chroniques pour prendre connaissance des autres expressions incroyables de la langue romande ! », renchérit-il. Sa lampe de bureau prend peur. Le lac ne se formalise pas, il commence à être coutumier de ce genre de sortie.

Emporté par sa propre fièvre, il s’affaire sur son ordinateur, triture son clavier et ses neurones. Les mots s’enchaînent, les phrases s’empilent, les paragraphes s’enchâssent. Il est 19h 05, sa transe disparaît progressivement, il recouvre ses esprits. Les derniers gestes à poser sont connus, maîtrisés ; « se connecter », « écrire un article », « importer », roulez jeunesse. Il contemple sa petite bafouille, ainsi que son nouveau bout d’identité helvétique. Il sait que ce n’est pas une fin mais un nouveau départ. Les liens tissés, l’écriture, les lieux découverts, tout cela va se poursuivre. Le reste, c’est de la musique d’avenir.

Lausanne, 23 décembre 2010, 15h00. Dans un kot situé à quelques mètres de la gare, un Belge est installé à un bureau, penché sur son ordinateur. Il semble soucieux : « nom de Dieu, j’ai promis une leçon finale de romand pour les nuls, quel abruti je fais ! L’inspiration ne me vient pas et ces deux dernières semaines de guindaille n’arrangent rien. Quel imbécile, comment vais-je régler ça ? »

Il a bien envie de nier l’exercice, et se met à fredonner « on s’en fout on n’y va pas, on n’a qu’à se cacher sous les draps ». Il se dit qu’il ne doit pas se forcer s’il a du mal et que la Terre ne s’arrêtera pas de tourner. Rassuré, il décide de passer à autre chose. Le bordel de cette chambre n’est plus vivable, décide-t-il ; il entreprend de ranger, pliant un essui, ramassant un jean qui traîne, classant des papiers dans une farde. Comme il doit sortir ce soir, il jette un petit coup d’œil par la fenêtre pour vérifier la météo : a priori, pas de drache, ça va.

Il s’active, s’occupe, mais un malaise l’envahit subrepticement. Il s’assied, réfléchit, et réalise qu’il est préoccupé, fort préoccupé. « Voilà deux ans et demi que j’habite cette ville et ce pays. Cette langue française déconcertante, cette mosaïque de personnes au contact laborieux mais à l’amitié sincère, ces paysages époustouflants, j’ai appris à les connaître et à en tirer le meilleur. D’ici quelques jours, je quitterai cet univers, non sans avoir pris la peine à plusieurs reprises de prendre la plume pour le décrire. Je ne puis décemment partir comme un voleur, je me dois d’écrire la chronique ultime ! » Par la fenêtre, le lac l’encourage d’un clin d’œil ; les Alpes restent coites, comme à leur habitude – qui ne dit mot consent.

Décidé, il se rassied et reprend le fichier Word laissé vierge. « Il est 18h, lui chuchote son GSM, grouille-toi. » Il reprend ses anciennes chroniques, sourit en redécouvrant les expressions incroyable qu’il a décortiquées de manière très pédagogique et se dit qu’une sélection drastique va devoir être opérée.

« Au diable l’exhaustivité, l’essentiel est la qualité ! » crie-t-il tout seul dans sa chambre, debout sur sa chaise de bureau. « Les lecteurs qui prennent le train en route et montent dans ce wagon pourront toujours aller lire les autres chroniques pour prendre connaissance des autres expressions incroyables de la langue romande ! », renchérit-il. Sa lampe de bureau prend peur. Le lac ne se formalise pas, il commence à être coutumier de ce genre de sortie.

Emporté par sa propre fièvre, il s’affaire sur son ordinateur, triture son clavier et ses neurones. Les mots s’enchaînent, les phrases s’empilent, les paragraphes s’enchâssent. Il est 19h 05, sa transe disparaît progressivement, il recouvre ses esprits. Les derniers gestes à poser sont connus, maîtrisés ; « se connecter », « écrire un article », « importer », roulez jeunesse. Il contemple sa petite bafouille, ainsi que son nouveau bout d’identité helvétique. Il sait que ce n’est pas une fin mais un nouveau départ. Les liens tissés, l’écriture, les lieux découverts, tout cela va se poursuivre. Le reste, c’est de la musique d’avenir.

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Etienne

3 réponses

  1. Page
    | Répondre

    • Jules
      | Répondre

      Merci pour ces quelques articles, ça m’aura occupé une partie de mon après-midi. Si tu as encore soif d’apprendre, tu trouveras sur ce site henrysuter.ch/glossaires/patois.html#Glossaire plus d’helvétismes qu’il n’en faudrait pour écrire une bonne centaine d’article. Bon vent à toi!

  2. maxime13
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    Tcheu ctait sympa ces articles, moi je suis vaudois et toutes tes définitions sont bien!

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