Nuit des Images 2019: retour sur la dernière édition, avant le grand déménagement à Plateforme 10

Il y a environ deux semaines, Julie et moi sommes allées nous balader dans les très beaux jardins de l'Elysée à l'occasion de la neuvième édition de la Nuit des Images. L'occasion pour nous de vivre la dernière version de cet événement sous cette forme, avant le déménagement du musée dans les locaux de Plateforme 10, en 2021. Venez, je vous raconte nos déambulations en mots et avec quelques images aussi!

Sous un ciel incertain mais demeuré sec tout au long de la soirée et de la nuit, Julie et moi sommes joyeusement parties à la conquête de la neuvième Nuit des Images, organisée par le Musée de l’Elysée le 22 juin dernier. Cet événement mêlant notamment cinéma et photographie a su se faire une place de choix dans l’agenda culturel des lausannois. Il a pour but d’accompagner les visiteurs dans leur compréhension de notre société. Cette année, chaque artiste est venu raconter une ou plusieurs histoires, vécue ou entendue, avec ses propres images. Alors on n’a pas tout vu, mais tout ce qu’on a vu, on vous en parle.

L’affiche de l’événement à l’entrée du Musée de l’Elysée.

Notre épopée visuelle commence par quelques mots de bienvenue de Tatyana Franck (directrice du musée) et Pauline Martin (commissaire de la Nuit des Images). L’émotion et la fierté sont très présentes dans les discours des deux femmes, qui soulignent toutes deux la part belle faite aux artistes féminines dans la programmation 2019. Elles citent notamment deux artistes phare de cette édition que sont Shirin Neshat et Sarah Moon. Enfin, elles décrivent en quelques mots la collaboration établie pour l’occasion entre le Musée de l’Elysée et le Musée Olympique, qui ont décidé de mettre communément en images les femmes dans le sport.

Nous nous lançons ensuite dans le vif du sujet, à la découverte de la plupart des 19 installations réparties dans et autour du musée.

Plan de l’édition 2019 de la Nuit des Images.

La grotte – Looking for Oum Kulthum, de Shirin Neshat

Dans ce lieu bien singulier et très appréciable en ces températures caniculaires, une œuvre de l’artiste iranienne Shirin Neshat est diffusée en continu et ce, en exclusivité internationale. Looking for Oum Kulthum, série composée de deux vidéos et huit photographies, aborde notamment les aspects négatifs que peut comporter la notoriété. Cette série – qui explore notamment l’emprise mystique qu’exerçait la chanteuse égyptienne Oum Kulthum sur son audience – met en image le vide qu’une femme artiste peut ressentir suite à une performance, au cours de laquelle l’audience «prend tout». L’artiste cite notamment en exemples Edith Piaf, Amy Winehouse ou encore Whitney Houston. «Pour moi, les vidéos sont comme des poèmes», nous confie Shirin à la sortie de la grotte. «J’aborde la mélancolie que l’on peut ressentir lorsque l’on est célèbre, la tristesse de devenir un mythe, ce qu’on perd avec la célébrité, ce que l’audience nous prend.», ajoute-t-elle.

L’artiste Shirin Neshat, avec à sa gauche Pauline Martin.

La clairière – La chambre obscure, de Mathias Howald

A travers la lecture de différents textes d’auteur.e.s évoquant des souvenirs à partir de photos de famille, le romancier lausannois invite le public à laisser libre cours à son imagination et à se laisser porter par ses propres images mentales. L’espace est plutôt cosy et invite au repos et aux songes. Une très belle façon de visiter librement ses représentations sans support physique et donc sans contrainte.

La forêt – Collective Investigation, de l’Option Appropriation (HEAD, Genève)

Des tentes sonores, réparties au pied des arbres, diffusent des extraits de livres choisis au hasard et lus par les étudiant.es dans la bibliothèque du musée. Des coussins permettent aux auditeurs de se prélasser en se laissant porter par les bribes d’histoires qui leur sont contées. Pour satisfaire les plus curieux, les références des ouvrages lus sont imprimées à même les toiles de tentes. L’occasion de se couper un peu de la foule le temps d’écouter un morceau de livre que l’on n’aurait pas forcément lu.

Une des tentes sonores installées sous les arbres.

L’esplanade – Performance de Liu Bolin

Accompagné d’une vingtaine de figurants, Liu Bolin se fond littéralement dans la façade du musée. Les participants, peints de la tête aux pieds en pans de mur, en fenêtres ou autres barrières fleuries font soudain corps avec le somptueux bâtiment historique. L’audience – réunie à 19h piles devant l’esplanade pour cette performance unique – est conquise. L’artiste ne manque pas de filmer la foule, qui le salue d’applaudissements nourris.

L’artiste Liu Bolin, peint en vue de sa performance, ainsi qu’un aperçu du résultat final.

Une pluie de….. rires!

Des bouchons en liège. Des balles multicolores. Des peluches. Impossible de savoir ce qui va vous tomber sur la tête! Et c’est bien là tout l’intérêt: saisir la surprise sur le visage des courageux participants, venus se placer sous le jet d’objets non préalablement identifiés et destinés à les arroser. Le tout, sous le regard amusé et même moqueur des moins courageux (dont Julie et moi faisons partie), postés en observateurs de l’autre côté de l’objectif.

Le cadre idyllique offert par les jardins de l’Elysée.

Le grand écran – Partie officielle, Prix de la Nuit des Images 2019 et projections inédites

Après ce début de soirée déjà riche en images, sons et créativité, place à la partie officielle de la manifestation, organisée sous la tente qui héberge le grand écran. Tatyana Franck ouvre la suite des festivités de la Nuit en rappelant que ce n’est sans doute pas un hasard si «Les mots Magie et Image sont des anagrammes». Et n’est pas Julie et moi qui dirions le contraire! Que d’émotions, de réflexions et de rêveries déjà véhiculées par les images rencontrées jusqu’ici. Pauline Martin poursuit en précisant que «Si la grève des femmes* avait eu lieu aujourd’hui (soit le 22 juin au lieu du 14), cette édition de la Nuit des Images n’aurait tout simplement pas pu avoir lieu». Un peu plus d’une semaine après cette journée historique, ses mots ont un écho de plus en plus vibrant. La nécessité des multiples rôles tenus par les femmes* dans la société (et, dans ce cas précis, dans la culture) doit être mise en lumière pour ne plus jamais rejoindre l’ombre.

Place ensuite à la remise du Prix Elysée, troisième du nom! Ce prix – qui se veut un soutien à la production dans le domaine de la photographie – est décerné par un jury international, spécialement composé pour l’occasion. Le palmarès 2019 compte huit nominés: Laia Abril, Mathieu Asselin, Claude Baechtold, Alexandra Catiere, Alinka Echeverría, Gregory Halpern, Nicola Lo Calzo et Luis Carlos Tovar. Ce dernier, lauréat du concours, a présenté un projet nommé My Father’s Garden, Proof of Life, basé sur une photographie de son père, pris en otage par les FARC. Le Prix Elysée lui permettra de publier son travail sous la forme d’un livre.

Tatyana Franck (directrice du Musée de l’Eylsée) lors de la partie officielle, ainsi que l’annonce du gagnant du Prix Elysée 2019.

La soirée se poursuit avec un hommage à Sarah Moon, photographe, cinéaste et mannequin française. Deux de ses plus récents films ont été projetés, dont un en avant-première mondiale, Les jours d’après (2019). Ce court-métrage traite de la délicate question du deuil en mettant en images ce qu’a ressenti et traversé l’artiste suite au décès de son mari en 2017. Les images en noir et blanc dépeignent avec une honnêteté pudique les méandres dans lesquels la perte d’un être cher vous emporte. La voix off de l’artiste permet une plongée dans son deuil à elle, dans ses couleurs, sans pour autant impliquer le moindre sentiment d’intrusion chez le spectateur. Le court-métrage Demain (2017) transmet quant à lui une vision de ce que sera la photographie dans un futur plus ou moins proche selon l’artiste.

Image tirée du court-métrage Les Jours d’Après, de Sarah Moon.

L’avenir de la Nuit des Images

Julie et moi avons aussi eu l’occasion lors de cette soirée de discuter du future proche de la Nuit des Images ainsi que de celui du Musée de l’Elysée avec la responsable de communication Julie Maillard. Au risque d’en décevoir certains, il n’y aura pas de Nuit des Images en 2020. Mais qu’à cela ne tienne, nous ne serons pas orphelins de manifestations culturelles made by le Musée de l’Elysée pour autant! En effet, un événement de clôture se tiendra le weekend du 24 au 27 septembre 2020, ce qui coïncide d’ailleurs festivement avec la Nuit des Musées. En ce qui concerne l’avenir du bâtiment en lui-même, les choses ne sont pas encore tout à fait définies. Le canton récupère le bâtiment afin de s’en servir comme lieu d’événements. Les jardins restent quant à eux propriété de la Ville et demeureront donc publics. La prochaine Nuit des Images n’est pas encore définie et elle sera sans doute complètement repensée. Selon Julie Maillard, une approche encore davantage pluridisciplinaire sera sans doute adoptée.

On ne sait pas pour vous – qui faisiez peut-être partie des 7’500 visiteurs de la Nuit des Images 2019 –  mais Julie et moi, on trépigne de voir les nouveaux locaux de l’Elysée à Plateforme 10, ainsi que la nouvelle formule de la Nuit des Images.

Et après tout ça, on a été faire un gros dodo!

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2 Responses

  1. Sonia
    | Répondre

    Super!!!

  2. Gaëlle
    | Répondre

    Ça avait l’air passionnant! J’aurais tellement aimé voir le Looking for Oum Kalthoum : j’ai habité en Égypte 🙂

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