Quel flair ! Expo au musée de la main

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Le musée de la main propose actuellement un voyage dans le monde de l'odorat. Le sujet peut rebuter de prime abord. Pourtant, comme souvent, aller découvrir la dernière expo temporaire du musée, c'est encore une fois avoir le nez fin ! Je vous rapporte ici mes impressions très positives.

Depuis quelques années, j’ai pris l’habitude d’aller visiter les expos temporaires du musée de la main, qui sont toujours fort bien agencées. Cette fois, j’avoue pourtant y être allé avec un enthousiasme moindre : une expo sur le flair ? Des cinq sens, voilà de très loin le moins utile, me disais-je, et une expo tout entière consacrée à ce sujet promet un ennui certain ! D’ailleurs, en introduction dans la première pièce, l’expo rejoint avec intelligence les sceptiques et les affligés qui auront suivi à contrecœur quelque muséephile de leur connaissance : divers présentoirs s’attardent sur le mépris qu’inspire ce sens, souvent perçu comme superflu.

Et vous, les odeurs, ça vous inspire quoi ?
Et vous, les odeurs, ça vous inspire quoi ?

L’odorat, c’est intéressant !

Au bout du compte, j’ai été surpris à double titre : il m’a été démontré que l’importance et la richesse du flair dans la règne animal, y compris dans l’espèce humaine, est incontestable, et cette démonstration m’a été faite au cours d’une des visites muséale les plus intéressantes que j’aie effectué ces dernières années.

Comme toujours, il reste toutefois délicat d’écrire un article sur une expo. D’un côté, en dire trop, c’est risquer d’ennuyer, de lasser à propos du sujet évoqué. D’un autre côté, n’en dire pas assez, c’est ne pas fournir aux lecteurs l’échantillon dont ils ont besoin pour savoir s’il veulent du produit. Allons donc à quelques points qui m’ont subjectivement marqués, tout en avertissant que l’expo dit beaucoup plus et beaucoup mieux que moi.

Le flair, c’est sacrément utile…

Au moins une bonne raison pour faire un tour au musée de la main :-P
Au moins une bonne raison pour faire un tour au musée de la main 😛

Tout d’abord, aux oubliettes l’idée que l’odorat ne servirait pas à grand chose, l’expo se charge de nous en convaincre. Par exemple, on y apprend que le goût dépend de l’odorat pour l’essentiel des saveurs. La démonstration pratique n’ayant nulle autre pareil, une box accrochée à un mur invite le visiteur à déguster un bonbon en se bouchant le nez. Ce que j’ai fait, et je n’ai alors perçu aucune saveur. Puis, la consigne est de se déboucher le nez… miracle ! Le goût apparaît ! Perdre l’odorat, cela signifie donc presque perdre deux sens.

Outre le plaisir de respirer et savourer des petits plats, l’homme a aussi trouvé des utilités moins évidentes pour l’odorat, par exemple dans le domaine de la médecine ou de la lutte antiterroriste. On a ainsi remarqué pouvoir en détecter certaines en reniflant l’urine dès l’Egypte antique (ou pourquoi le métier de médecin est génial depuis la nuit des temps). Plus récemment, l’on est parvenu à «entraîner» des abeilles à repérer des explosifs, et des rats à repérer des mines antipersonnel, tout ceci au travers du flair.

… ou supposé utile…

Ce qui m’a également frappé, c’est l’ensemble des utilités non démontrables ou superstitieuses que l’homme à trouvé aux odeurs. Celles-ci sont notamment très présentes dans les domaines spirituels et sacrés : les multiples encensoirs et autres brûle-parfums un peu partout dans l’expo sont là pour le souligner. Ainsi, dans toutes les civilisations a-t-on pensé pouvoir convier et/ou honorer des êtres positifs d’un autre monde avec d’agréables odeurs, ou au contraire faire fuir des mauvais esprits avec des émanations qui leur seraient désagréables.

Les vitrines fourmillent d'objets apparemment hétéroclites, mais tous en lien avec l'odorat. Avec des brûles parfums à caractère religieux en plusieurs endroits, comme un encensoir ici à gauche.
Les vitrines fourmillent d’objets apparemment hétéroclites, mais tous en lien avec l’odorat. Avec des brûle-parfums à caractère religieux en plusieurs endroits, comme un encensoir ici à gauche.

… ou supposé dangereux…

Le grand plaisir des sorcières, c’était de renifler le trou de balle du démon.

Plus surprenant, toujours dans le registre de la religion façon superstitieuse, on a aussi imaginé, au Moyen-Age, que le diable répandait une odeur pestilentielle capable de contaminer les personnes à la morale déviante. De même, lors des épidémies de peste, on pensait que la maladie se transmettait via les odeurs*, d’où des combinaisons un peu particulières portées par les médecins… A voir cet accoutrement, je me suis demandé si les malades ne mourraient pas d’un violent choque horrifique plutôt que de la peste.

Ça, un médecin ? J’aurais pas su, j’aurais dit la grande faucheuse.

… ou source de dégout.

Vous est-il déjà arrivé de rentrer dans des WC… et d’en ressortir immédiatement, obéissant à votre nez ? Pourtant, figurez-vous que l’odeur des selles n’est pas repoussante de manière innée, les bébés n’en éprouvent nul dégout. Celui-ci vient avec l’âge, c’est donc une construction sociale.

Je m’arrête déjà pour le petit échantillon, mais sachez que le musée présente aussi divers éléments en lien avec l’attirance et l’identité (les parfums) et la mémoire (qui se souvient particulièrement bien des odeurs).

Pour moi, je conclus ici en réitérant avoir traversé une très belle expo, qui fait il me semble un tour très complet de la question, tout en restant ludique (vidéos et illustrations, expériences à faire en live, moult objets exposés, panneaux informatifs bien vulgarisés et intéressants). Pour petits et grands !

Convaincu ? Tous les détails pratiques ici.

* En réalité, la peste est majoritairement transmise par les puces, et en aucun cas par le biais de l’odorat.

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