Attablée au Comptoir

Dans l’espace Gourmand, tour des halles et des exposants. Objectif: manger gratos. Récit d’un parcours aux accents de foire à la saucisse.

Il faut l’avouer, lorsqu’on est ado, le Comptoir, cette grande messe nationale à la centaine d’exposants, c’est chiant. Car l’adolescent se fout du nouvel aspirateur vapeur, est trop grand pour se réjouir de la contemplation de la course de petits cochons, et pas assez âgé pour penser à l’achat du jacuzzi de sa future maison. Alors, à l’époque, avec les potes (ou avè les côpains en bon vaudois), pour pallier à l’ennui d’une visite au cœur de cette foire aux accents du terroir, on avait trouvé un truc infaillible. Faire le tour des exposants, en essayant de choper un maximum de choses gratuites. Et c’est évidemment, dans les halles dédiées aux gourmands, que l’on passait le plus de temps, en essayant de se faire une petite bouffe à l’œil. Généralement, notre appétit était relativement bien servi. Enfin…ça c’était il y a environ une dizaine d’années, car aujourd’hui, au Comptoir, peut-on encore se remplir la panse gratuit?

Histoire de vérifier si les temps ont changé, en cette fin d’après-midi, sillonnant entre les stands, j’ai décidé de refaire le parcours du gourmand combattant. Première constatation, la gratuité, j’en suis sûre, n’est pas l’invitée d’honneur cette année. Effectivement, déjà pour se rendre à la manifestation, les bus sont payants. Etonnant, pour un événement placé sous le thème de la mobilité et des transports. Explication: «nous faisons des billets combiné, à 20 francs l’aller-retour en train depuis toute la suisse romande, avec le bus et l’entrée comprise, ainsi que 20% de rabais sur les transports dans la zone Mobilis, mais c’est vrai que nous n’avons pas pu nous permettre de faire des navettes gratuites. Car les TL nous aurait facturé le prix coûtant, et c’était trop cher», note Jean-Pierre Chapuis, responsable de la communication pour le Comptoir Suisse. Eh bien, je me disais déjà, avec leurs automates qui ne rendent pas la monnaie, qu’ils étaient un peu radins les Transports Lausannois (TL). Mais, il paraît qu’il ne faut pas les blâmer ces chers TL, car c’est le canton qui décide de ça. Tiens donc, à croire qu’en pays de Vaud, il ne faut point tortiller, les alternatives à la voiture, ça signifie tous à pied. Bref, en parlant de marche, je m’égare de mon chemin gustatif. Je reprends.

Après un petit nougat dégusté à l’entrée, je me dirige vers le fameux espace Gourmand. Les papilles émoustillées, je me rue sur l’escalator et quelques secondes plus tard, j’atteins ces stands, où le fumet du saucisson à l’ail se marie au sbrinz, sur un léger arrière fond de fumée froide. Appétissant comme l’odeur de la fondue à l’heure du café dans une gargote enfumée, mais je ne me laisse point décourager. D’ailleurs, une affiche a déjà attiré mon regard, «dégustation gratuite». Au stand de la viande suisse, on sert chaque jour un plat différent et c’est gratos. Preuve en est, le nombre de gens faisant la file pour leur barquette de «Goulasch Szegedin». Les hôtesses le constatent «c’est gratuit, donc ça attire les gens». Eh oui, et moi aussi je goûte, même si après le nougat, la goulasch à la choucroute, c’est pas le top…

Heureusement, pour faire passer tout ça, je me vois proposer, au stand d’à côté, un mini bout de pain tartiné au beurre, «le bon beurre, le vrai de vrai», comme me le souligne l’hôtesse déguisée en papillon bleu aux ailes jaune et rose ( ou les couleurs du beurre remixées version Cage aux Folles). Reste que j’ai encore l’estomac vide, car entre les fromages, les saucissons, les miels et les pestos, si on veut déguster c’est en version mini. Et du côté des confiseries, il y a tout intérêt à ne pas se pointer en fin d’après-midi, car alors seul gît, un rond chocolaté, abandonné dans son assiette argentée. Pas de quoi répondre au « dégustez les gourmandises de l’espace chocolat», car même en s’arrêtant et en contemplant fixement, mes attentes sont réduites à néant.

Pourtant, cette technique, est la botte secrète du gourmand combattant. Se poster devant le stand et regarder, en faisant semblant d’être intéressé. Du moins, au stand des «liqueurs et sirops du Grand-père Cornut», ça marche. Allez, un godet d’Elixir Extase à 38°. «Et tu vas déguster un sucre aussi hein, on appelle ça un canard», me dit le valaisan Yves Cornut, qui est le « père Cornut». Ok va pour le canard. Ouf, pas facile de croquer, c’est que c’est assez fort, ça ressemble à quoi, du Carmol ? «Ah ben non pas du tout, je devrais te faire goûter du Carmol à côté, tu verrais». Bon, bon, c’est doit sans doute être le fait que c’est «un canard à 90°» qui me donne cette impression.

Les jambes lourdes, mais le ventre léger, je finis mon parcours. En 2008, jeunes gens, je vous avertis, au Comptoir, il n’est plus possible de bouffer gratuit. Il reste alors quelques alternatives, comme le note ce groupe de six garçons, qui viennent «pour les filles». Et puis, à la place de se nourrir gratos, au Comptoir, on peut toujours y boire. D’ailleurs, dans la halle aux vins suisses, les gens se pressent de stand en stand, pour déguster un petit verre. Et voilà pourquoi, la gratuité, c’est tous à pied!

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Laureline Duvillard

2 réponses

  1. gabrielle_tschumi
    | Répondre

     Excellent! Bravo, hyper rigolus comme article.

  2. anni_pikou
    | Répondre

    Oui oui, très drôle, très bien écrit!!

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