Regards Neufs : l’audiodescription pour un recouvrement de sens

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Avant qu’une amie me parle de Regards Neufs, je n’avais jamais entendu parler de l’audiodescription. Je n’y pensais même pas. C’est pourtant une évidence : quand la vue fait défaut, il faut se raccrocher aux sons. L’audiodescription, c’est le moyen complexe qui remplace un sens, un art qui doit accompagner la personne malvoyante pour qu’elle puisse profiter elle aussi des productions cinématographiques, par exemple.

Voir de près, être touché de loin

Je vois, encore, pour l’instant. Toi aussi, tu me lis, donc peut-être que tu vois aussi. Ou alors tu te fais aider de voiceover, ce compagnon informatique qui arrive à lire tout ce qu’il trouve sur une page web.

Dans la résidence étudiante où je vivais de 2008 à 2011, il y avait un voisin qui était aveugle. Il était aussi étudiant en informatique. Il m’avait invité chez lui, et son ordinateur n’avait pas d’écran. A mille à l’heure, une voix de synthèse lisait tous les éléments qui auraient habituellement été présentés à l’écran. Ce gars, dont j’ai oublié le nom, comprenait tout ce que la voix accélérée disait, tapait « enter » sur son clavier esseulé de temps en temps.

La technologie disponible au bout de nos doigts rend peut-être la vie avec un handicap un peu moins compliquée. Regards Neufs aussi.

Proposer des Regards Neufs

Regards Neufs, c’est un projet suisse, basé à Lausanne, qui rend des films accessibles aux malvoyants en mettant à disposition une audiodescription. Il existe depuis 2010, soutenu par l’association Base-Court, et est, en beaucoup de points, une première pour la Suisse. En 2017, forte de son succès, elle continue à proposer de nouveaux moyens d’accéder à la culture cinématographique quand on est déficient visuel.

Imaginez-vous : sortir du cinéma, raconter le film qu’on a vu, l’histoire telle qu’on l’a perçue, partager son ressenti avec un ami, ou, le lundi, avec ses collègues de boulot qui ont tous déjà vu Ma vie de Courgette… Un acte anodin, ou presque. L’audiodescription permet, sans voir, de percevoir les éléments visuels qui défilent à l’écran.

C’est un travail long et coûteux. Ou plutôt un art, à part entière, un art de transposition d’images vers des mots. Il faut premièrement rédiger une description, en visionnant les séquences de nombreuses fois afin de saisir ce qui est montré et l’ambiance qui règne. Trouver le mot juste pour transmettre l’essence de 24 images à la seconde. Ce texte est ensuite enregistré pour qu’il puisse être calqué sur la bande sonore déjà existante qui comprend dialogues, bruitages et musiques.

Image extraite du film Ma vie de Courgette, le film événement qui a réalisé une audience inattendue !
Ma vie de Courgette, le film événement qui a réalisé une audience inattendue ! (Rita Productions)

Capture d'écran de smartphone
“Visages Villages”, le dernier film audiodécrit par Regards Neufs comme présenté sur Greta

Techniques de diffusion, une voix au creux de l’oreille

Cette bande sonore est diffusée de différentes manières. Par exemple, la RTS diffuse de plus en plus de programmes accompagnés d’une audiodescription via un canal audio dédié (comme quand on choisit la version originale sur sa TV).

Pendant plusieurs années, Regards Neufs a organisé dans les salles Pathé Lausanne des projections accompagnées d’audiodescription. Ces projections se déroulaient comme toutes les autres pour la plupart des spectateurs, mais, pour ceux qui le souhaitaient, une oreillette était distribuée. Pendant le film, l’audiodescription était diffusée par ondes hertziennes dans l’oreillette. L’expérience était possible au prix de contraintes logistiques liées à la distribution de matériel adéquat.

Mais, depuis, il y a une application pour cela : Greta, une solution allemande de téléchargement et d’écoute des audiodescriptions est apparue sur le marché. Regards Neufs enrichit chaque mois l’application avec les audiodescriptions réalisées. L’utilisateur téléchargera le fichier pour pouvoir, une fois confortablement assis dans son siège velouté, lancer l’application. Le procédé est intéressant : grâce au micro du smartphone, l’application capte où en est le film pour se calquer à la milliseconde près.

Au-delà des films passés en salle, Regards Neufs participe aussi à des événements ponctuels. Ce fut le cas en juin lors de la Biennale des Arts inclusifs Out of the Box à Genève. Pour l’occasion, l’association a proposé trois courts métrages avec leurs sous-titres pour sourds et malentendants et une audiodescription. Durant le festival, un atelier d’audiodescription destiné aux enfants a aussi été organisé. Ce genre d’atelier n’est pas un coup d’essai car Regards Neufs est actif dans la sensibilisation.

Une sensibilisation aux multiples fronts

Un des points qui m’a captivé lors de mon entretien chez Regards Neufs, c’est à quel point la démarche est englobante : créer les audiodescriptions et les sous-titres, les rendre accessibles, sensibiliser, former des audiodescripteurs, s’adresser aux autorités… Cette volonté a donné lieu à un projet magique à lui seul, des ateliers d’audiodescription pour des classes d’école primaire. Depuis trois ans, Regards Neufs renouvelle cette expérience qui a pour but de sensibiliser aux questions d’accessibilité, notamment au contenu culturel, pour tous. Les élèves visionnent un court métrage puis rédigent et enregistrent une audiodescription, comme des pros. Pour réussir un tel exercice, les enfants doivent s’identifier à des personnes atteintes de déficience visuelle et développer leur sens de la description. Après de longs mois de travail, une projection est organisée pour qu’ils puissent partager le fruit de leur travail.

Cet exemple de travail complexe illustre bien le travail de Regards Neufs : persévérant, engagé et multiple. Ceci, sans mentionner l’implication de Regards Neufs dans la mise à disposition de sous-titres pour personnes sourdes et malentendantes. Le projet va d’ailleurs prochainement lancer la mise à disposition de lunettes à sous-titres Sparks.

Les prochains rendez-vous de Regards Neufs :

Photo de lunettes Sparks pour la lecture de sous-titres
Pour transporter ses sous-titres pour sourds et malentendants au cinéma, rien de tel que des lunettes dédiées

2 réponses

  1. Alexandra
    | Répondre

    Très bel article ! Je ne connaissais pas Regards Neufs mais en voilà une belle initiative ! Leur travail de sensibilisation dans les écoles, c’est vraiment un beau projet. En France, là où je vis, ça arrive que des associations locales interviennent pour sensibiliser au handicap visuel. Ca a été le cas dans une école où j’ai été en stage mais des ateliers d’audiodescription, je n’en connais que dans les écoles spécialisées chez nous. C’est bien que tous les élèves puissent être sensibilisés à la différence et s’identifier à l’autre. Longue vie à Regards Neufs !

    • Mathilde
      Mathilde
      | Répondre

      Merci Alexandra pour ton message. Nous aussi on souhaite longue vie à Regards Neufs!

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