“Petits phantasmes cinéphiles” – Entretien avec Florian Poupelin autour de son 1er film

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Lorsque nous ne sommes pas en train de vous raconter Lausanne, il arrive que nous autres bloggers travaillons à d'autres projets. Florian, lui, a fait un court-métrage. Une histoire de passion, de perte, et de Lausanne.

Myrtille BridgeConnaissez-vous le Viewster Online Film Festival ? Issu de la plateforme de téléchargement légal Viewster, ce petit festival mesure, grâce à l’aide des internautes et des réseaux sociaux, la viralité et la popularité d’une sélection parmi 568 courts-métrages (excusez du peu). Si je vous raconte ça, ce n’est pas pour faire l’article du téléchargement légal (on le sait que vous avez téléchargé Game of Thrones, bande de canaillous), mais bien parce que Florian, le plus cinéphile de nos bloggeurs, a entré son premier film professionnel en lice dans ledit concours. Le principe est simple : Allez voir des films, votez, partagez. Les 10 plus populaires seront ensuite soumis à un jury de professionnels qui éliront un vainqueur et plusieurs viennent ensuite. Alors outre le fait que s’il empoche le grand prix, il a promis de payer la tournée pour toute l’équipe [NdlR : Ouééééééééé !!!!], on voulait aussi vous parler de Myrtille (déjà sélectionné par 3 festivals, ‘xcusez du peu) parce qu’on l’aime bien, et qu’en plus, il nous montre Lausanne sous de drôles de coutures.

Arnaud : Alors mon Flo’, on se réjouit d’empocher le grand prix ?
Florian : Cette année, le thème était “Relationship status: It’s complicated.”, et vu que Myrtille correspond totalement à ça, je me suis lancé. Le 1er  gagnera 70’000 dollars, ce qui est beaucoup pour un prix de court-métrage, et il restera 30’000 dollars à partager pour les suivants. Avant les résultats, l’expérience aura au moins valu pour tous les gens à qui j’avais parlé de Myrtille et qui n’avaient pas eu l’occasion de le voir, donc à ce niveau-là, c’est une réussite.

NB Kiss MyrtilleA : Donc ça veut dire quoi, pour toi, « C’est compliqué » ?
F : Myrtille parle de passion amoureuse, de comment ça commence, de comment ça finit, de comment on s’en remet. L’histoire est extrêmement basique, mais au niveau visuel, j’ai voulu expérimenter plein d’idées folles. Quand tu écris un film, tu écris tout ce que tu veux, même si tu sais que ça va pas être possible. Tu sais jamais ce qui peut arriver, mais tu écris des tas de choses en pensant que tu les feras peut-être pas. En l’occurrence j’avais justement écrit des choses un peu folles que j’ai réussi à faire, et par rapport à tout ce côté visuel j’étais très content. Par exemple, au moment où j’ai écrit une scène de baiser, la caméra (50 kilos pendant 2 min 30 quand même) devait tourner autour des deux amants, on a dû construire un réseau de guirlandes lumineuses, c’était très compliqué, et on l’a fait quand même. Mais l’histoire comportait justement très peu de dialogue pour que je puisse exprimer des petits phantasmes cinéphiles.

J’aime le visuel au cinéma, des cinéastes comme Lynch, qui osent faire parler l’image plutôt que les acteurs. Souvent, la mise en scène subit les effets de films trop dialogués en champ/contrechamp, on en voit partout, tout le temps. C’est pour ça que je voulais un film avec peu de dialogues, mais je voulais montrer des émotions et des situations en utilisant des techniques très visuelles, très cinématographiques.
Evidemment, en plus, Myrtille est très personnel, parce que c’est mon premier court, et quand on commence , on parle de ce qu’on connaît, et j’avais beaucoup de mal à mettre des mots sur ces moments de la vie, donc le côté visuel me convenait très bien, tu n’as pas besoin d’expliquer les choses, simplement de les montrer et de les faire ressentir. Ca marche ou ça marche pas (rires), mais c’est ce que j’ai essayé de faire.

Hall MyrtilleA : En tant que jeune réalisateur, tu as eu l’idée de faire ce film, il s’est passé quoi ensuite ?
F : J’avais tourné plusieurs courts avec des amis, déjà. Mais quand il s’est agi de faire Myrtille, j’avais un contact dans la prod, Patrick Graber, et je lui ai présenté mon script. Il a réussi à trouver les gens qui ont tous accepté de travailler gratuitement pour moi, alors qu’on ne se connaissait absolument pas. C’était une expérience extrêmement étrange, parce que du moment où tu lances la machine, en fait après c’est la machine qui te tire. J’avais écrit ce script comme ça, pour me débarrasser de trucs personnels, et je me suis dit “J’ai envie d’en faire un court-métrage”, en me disant que je pouvais en faire quelque chose de plus évolué.
J’ai donc rencontré plein de gens et tout s’est enchaîné. A partir du moment où tu te lances dans un projet comme ça, et que tu dis que tu es le réalisateur, c’est toi qui portes tout, c’est toi qui réponds à toutes les questions, et quand il y a une merde, c’est ta faute. Tu es le responsable de tout ce qui arrive, donc tu le fais, t’as pas le choix, tu es parti dedans et si tu t’arrêtes, tu fous énormément de choses en l’air. Il a fallu beaucoup travailler, voir chaque personne, faire des briefings, des répétitions, un casting, faire la logistique. C’était un tout petit projet où il fallait toucher à tout, et la préparation a malgré tout pris 6 mois. Mais j’avais la chance de travailler avec une “vraie” équipe pour la première fois, donc j’ai pas bien compris tout ce qui s’est passé. Il fallait faire des choses, donc je les faisais, et le tournage est arrivé, et le tournage est parti, comme une machine qui t’emporte. C’est extrêmement difficile, mais le seul truc qui te tient, c’est que tu sais qu’au bout, tu auras quelque chose. Et au final, une fois que tu as le résultat, la partie que tu as préférée c’était toutes les difficultés que tu as eues pendant un an et demi.

Myrtille affiche_EVeA : Tu as tourné le film intégralement à Lausanne, c’était comment de tourner dans ta ville ?
F : C’était très confortable et très inconfortable à la fois. Ca fait 8 ans que je vis ici, donc forcément, je connais un peu, et j’avais fait les repérages, je connaissais les endroits, et je me sentais en sécurité. Et au niveau de la logistique, ça me changeait aussi de mon précédent tournage où il fallait faire 4 heures de route pour tourner (rires). Mais comme j’avais beaucoup d’ambitions visuelles, nous avons eu 9 ou 10 décors, et nous changions d’endroit super souvent, suivant la lumière et tout, et évidemment, avec 15 ou 20 personnes dans l’équipe, c’était un peu galère. Mais j’ai beaucoup aimé tourner à Lausanne, et je suis content parce que beaucoup de gens m’ont dit que Lausanne était un véritable personnage du film, qu’elle était bien présentée. Il y a plein d’endroits très intéressants visuellement dans cette ville, souvent cachées.

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Alors voilà, les gens, un petit film qui montre Lausanne et une belle histoire d’amour. Vous pouvez aller regarder Myrtille à cette adresse, et pour ceux et celles d’entre vous qui souhaiteraient le voir en salle, la première suisse sera projetée le 4 juillet à 21 heures à la Maison des Arts du Grütli, à Genève (en présence de Florian himself).

Une réponse

  1. Adriana
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    Je verrai certainement ce film. Mais Marie Eve Musy …. je l’ai vue dans le film “Bob et les Sex-Pistaches” ( https://filmstreamingvf.video/2288-bob-et-les-sex-pistaches-2012.html ) …. Beauté!

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