Lausanne, ça fout les jetons : notre top des lieux glauques

Certains célèbrent les monstres en revêtant leur masque le plus effrayant lors des festivités liées à Halloween… Mais quand une ville montre son visage sinistre, l'événement dure plus qu'un week-end et il génère un souvenir collectif qui nous a donné envie de répertorier, dans ce billet écrit à plusieurs mains, les lieux lausannois qui atteignent le sommet du glauque. Âmes sensibles s'abstenir.

Passage (anonyme?!) entre Rue Neuve et Rue Pré-du-Marché

Un court passage, pavé, étroit et pentu. Assez emprunté le jour, ce trait d’union entre Rue Neuve et Pré-du-Marché devient terriblement inhospitalier une fois la nuit tombée. Éclairé d’un seul misérable lampadaire, une barrière divise la voie en deux, une autre en bas filtre les badauds sur sa largeur, à moins qu’elle ne vienne les inciter à rebrousser chemin… Les toilettes publiques contiguës à ce couloir de l’angoisse diffusent une lumière blafarde et de ses hublots bétonnés se répand une odeur acre « propre » à ce type d’établissements. A l’image des quelques autres lieux d’aisance lausannois encore en fonction, seuls les rares courageux, éprouvant un besoin vraiment irrépressible, et quelques occupants de la Riponne rompus à l’exercice, osent s’y aventurer. Fait curieux ajoutant un peu d’épouvante, aucune plaque au mur ne vient indiquer de nom officiel à ce passage. Un anonymat qui peu d’ailleurs aussi se vérifier sur GoogleMaps et OpenStreetMap.
Note : 2/5. Yoan


Rue du Vallon – Rue de l’Industrie

La Rue de l’Industrie ; un tel nom ne peut promettre un lieu romantique et chaleureux. Bien que n’étant pas l’endroit le plus effrayant de la ville, il est loin d’en être le plus charmant. Autrefois, le quartier du Vallon, où se situe cette fameuse rue, devait être plaisant. La majorité des bâtiments ont gardé un certain charme, mais un charme terni par le temps et la pollution, gâché par les multiples tags qui défigurent ses murs. Ternes et sinistres les jours de pluie et dès la nuit tombée, cette rue et ses alentours ont de quoi nous donner des frissons. On y croise facilement des personnes étranges qui ont le don d’emballer notre imagination et de nous donner envie d’être n’importe où ailleurs. Tout près se situe le chemin du Calvaire, dont le nom est tout sauf un hasard. Rien que de le descendre on s’en mord les doigts. Oui vraiment la rue de l’Industrie et son voisinage seraient parfaits pour un sombre polar, mêlant meurtres sanglants et disparitions énigmatiques. Note : 2/5. Camille


Chauderon, passage souterrain entre la Bibliothèque municipale et la Place Chauderon

Au premier abord, c’est la couleur orange criarde qui suscite l’angoisse. Mais une fois la première couche de peinture émaillée, la scène révèle, malgré les néons, une réalité bien plus sombre. Le type du lieu indique une fréquentation accrue de piétons joignant les deux abords de cette place névralgique et multimodale. Or, je ne sais pas si c’est l’effet de la couleur, le lieu est loin d’être grouillant. Quelques hommes rodent, interpellent, vraisemblablement pour vendre de la drogue. Cet endroit-là me file toujours un frisson dans le dos car c’est la première fois que j’ai été témoin d’une prise de drogue. En effet, dans ma naïveté de rurale qui visitait Lausanne les week-ends parce que c’était cool, j’ai eu la belle idée de visiter les toilettes publiques qui se trouvent dans le passage précité. Je ne sais pas si c’est le bruissement d’un sachet ou le reniflement exagéré qui m’a fait comprendre que ma voisine de cabine était en train de consommer mais il reste que le malaise était bien là quand j’ai vu l’autre occupante agenouillée sur la cuvette, la porte ouverte. Note : 3/5. Mathilde


Passage souterrain de Saint-François

C’est le genre d’endroit où l’on passe souvent, mais où l’on ne souhaite pas s’arrêter. Avenance similaire aux couloirs du métro parisien. Souillures et inscriptions sauvages en tout genres sur les murs, revêtements noirs au sol guère plus propres (la voirie passe-t-elle parfois par là ?), panneaux d’affichage libre qui correspondent surtout à de l’affichage déchiré, c’est dégueux où qu’on regarde. Un petit air tchernobylesque donné en sus par un photomaton hors service ainsi qu’un dispositif de commerce laissé à l’abandon, une odeur urinaire émanant des différents recoins, des WC qui ont la réputation de servir de lieu de rencontre pour des prostitué(e)s… Non vraiment, on ne pique-nique pas là, et même niquer, faut vraiment être bien en manque il me semble. Dire qu’on est au centre du centre de la ville, à deux pas des banques, du Nespresso boutique et du palace… Pour les pauvres vacanciers aristocrates qui se faisaient une si haute idée de l’opulence suisse, je trouve que c’est so shocking ! Note : 3/5. Lucien


Rue de la Tour (côté « Ruche »)

Parallèle à la Rue de l’Ale, mais bien moins fréquentée, il s’agit de l’un de ces lieux où l’on passe rarement, à moins d’avoir quelque chose de précis à y faire. De jour véritable autoroute à vélo, elle se transforme la nuit tombée en un lieu pour le moins inquiétant. C’est dans les parages de la vielle tour qui y sommeille, que la rue est la moins accueillante. Loin d’être exiguë, on y trouve une sorte de place goudronnée et sans vie, obscure zone vide qui sert de croisement à quatre directions, ce qui en fait le parfait endroit pour se perdre lorsqu’on ne fait pas attention à où l’on met les pieds. Pas de circulation, juste le passage de quelques fantômes lugubres et malveillants (vestige médiéval oblige) et d’une faune particulière et peu engageante. Note : 4/5. Camille


Rue de l’Ale

C’est parfois l’endroit le plus central, à l’instant le plus populeux où tu te sens le plus menacé. La rue la plus sombre, shit et sordide peut pas toujours être grand gagnant au jeu des boules. Je classe ici la rue de l’Ale, le samedi. La rue de l’Ale c’est là-bas que tu vas faire tes commis le samedi, là-bas que tu vas te payer ton PSL de bobotte au Starf’k un mois de novembre pour faire comme dans Gossip Girls avec les copines. Mais les samedis, il semblerait que ce soit le moment de la mise à jour des serveurs YouPorn. Moment de la semaine où tous les pervers en manque de sensation gigotte sont de sortie. Samedi, il est donc impossible de PSL ou commis sans subir la visite interactive des studios Weinstein : trois mecs sur quatre, qui semblent tous avoir la même gueule que le Captain Spaulding t’offrent leur plus beaux sourires inappropriés, cariés et inattendus, se lichent la lèvre supérieure sur ton passage parce que dans ta grosse veste et enveloppée de ton écharpe, ma cocotte, t’as un air plus tentateur que terroriste, en bonus t’as encore le commentaire pernicieux, pervos, pandémoniaque sur tes yeux si pimpants, brillants et mignards. C’est ce lieu que
je mets au top de mon classement de boules. Note : 4/5. Mortie


Passage des Saugettes

Attenant à la gare, côté sud, les Saugettes est ce genre de passage jadis très fréquenté, tombé aujourd’hui dans l’oubli. A l’époque où l’essentiel des transports se faisait encore à cheval, c’est en effet dans cette rue étroite que se situaient les anciennes écuries, dont on peut encore voir les grandes portes boisées, encastrées dans le mur pierreux du quai n° 9. Aujourd’hui, les « salons de massage » se sont substitués aux écuries, l’agitation des commerçants et des voyageurs s’est vue remplacée par le va-et-vient d’une clientèle en mal d’amour. Sinistre, sombre, déserté et « graffé » de toutes parts, cet étroit couloir à sens unique n’en demeure pas moins le chemin le plus court pour attraper son train en venant de Closelet. Pour découvrir donc un tout autre visage du Boulevard de Grancy situé à quelques encablures, faites donc une petite virée nocturne aux Saugettes et vous découvrirez alors que le quartier sous-gare, réputé huppé, possède lui-aussi son côté obscur. Note : 4/5. Yoan


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