Toilettes de tibits : le mystère de la porte sans loquet

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Après avoir un temps songé à écrire un article un peu général centré sur l'«expérience tibits», cette sorte de fast food végétarien qui a remplacé le Buffet de la gare, j'ai finalement décidé de raconter une petite anecdote qui m'est arrivée dans les sous-sols de cet endroit. Là où sont situées les toilettes.

«Une histoire en lien avec des latrines, encore !» penseront les quelques lecteurs qui auront déjà pris connaissance de ma mésaventure dans les toilettes de Manor à Lausanne. Et bien oui, encore.

Tout d’abord, un brin de contexte, et quelques mots sur tibits tout de même : après déjà quatre ou cinq passages, j’adhère ! Un buffet avec un large choix de choses certes non carnées mais ma foi généralement plutôt bonnes, la possibilité de manger chaud en étant servi encore plus vite qu’au macdo, l’idée que tout de même on mange plus sain qu’en avalant les mixtures servies dans les kebaburgers et co, la certitude enfin qu’on s’y porte responsable d’un bilan carbone largement inférieur… Il y a aussi des critiques possibles bien-sûr, parmi celles-ci on entend surtout que le prix serait trop élevé. Soit. Le célibataire que je suis n’a pas trop de problème de bourse et n’est pas le mieux placé pour en juger, mais il souhaite tout de même objecter que les cancers intestinaux ça coûte cher également et ça raccourcit la vie. Par ailleurs la restauration rapide «saine» pourra elle aussi se multiplier, se diversifier et se démocratiser lorsque le consommateur moyen aura acquis un peu plus de connexions neuronales. Cela lui permettra en effet d’orienter ses choix nutritifs d’extérieur non plus uniquement vers les traditionnels turco-americano-italiano fast food qui ont poussé comme des champignons dans presque toutes les rues occidentales ces dernières décennies.

Rapide, chaud, bon, pas trop malsain,...
Rapide, chaud, bon, pas trop malsain,…

Mais voilà que je m’égare, que je m’étale déjà trop sur ce restaurant récemment ouvert en lieu et place du regretté buffet de la gare, car enfin «tibits Lausanne» est déjà connu, il ne désemplit pas à vrai dire. Il faut dire que veggie ça devient de plus en plus à la mode et c’est tant mieux.

Quant à moi, croyez m’en si vous voulez, ce n’est guère un effet de mode qui m’a poussé à tester puis à revenir à cet endroit, surtout que je n’y vais qu’avec moi-même. C’est plutôt la paresse. Car je vis seul et il m’est impossible de trouver une once de motivation pour cuisiner ne serait-ce qu’un plat de pâtes. Tibits se révèle ainsi pour moi une heureuse option pour les différentes raisons citées plus haut.

Un jour donc que je venais de m’emplir la panse dans le fast-food d’origine zurichoise, avec, cette fois-là, un brownie à la farine d’épeautre (que je ne recommande pas spécialement d’ailleurs, il était quelconque au contraire de la plupart des mets disposés au buffet), il me vint un impérieux besoin, comme il arrive lorsque l’on vient d’ajouter un peu de pression sur les intestins suite à l’ingurgitation de quelques victuailles. C’est donc d’un pas un peu pressé que j’ai dirigé mes pas au sous-sol où se trouve l’utile pour les nécessaires vidanges stomacales et urinaires. Horreur ! Ai-je alors pensé quand je me suis retrouvé dans le compartiment messieurs. Sur les trois cabinets disponibles, j’ai en effet constaté que deux étaient occupés, tandis que l’un était… sans loquet.

Pas de loquet !
Pas de loquet !

Quelque peu interloqué, je me suis demandé quelques instants si ce n’était pas fait tout exprès, si ça ne faisait pas partie de l’esprit tibits peut-être, pour prolonger l’expérience «sans». Manger sans viande, chier sans loquet. Autre hypothèse, beaucoup plus probable, celle du client indélicat qui aura forcé cette porte et fait craquer le loquet, mais pourquoi et dans quel contexte ? Le mystère est absolu, tout peut être imaginé, de la simple farce d’ados en besoin de troubler la bienséance au mari infidèle et découvert poursuivie par sa femme en furie jusque dans les toilettes.

Pas le temps toutefois de me prendre la tête indéfiniment, mon besoin commandait une décision rapide. De nature généralement très prudente et conservatrice, l’urgence du moment m’a fait oublier toute notion de risque et je me suis installé, repoussant la porte autant que possible. Je me disais que le danger d’humiliation n’était pas si élevé, que je pourrais toujours retenir la porte avec ma main si jamais quelqu’un tentait d’entrer.

J’ai préjugé des mes forces. La grande commission, très grande commission même cette fois-là, a aussitôt noyé ma vigilance dans un étrange mélange d’effort et de soulagement, et ce qui devait arriver arriva : une personne désireuse elle aussi de se délester de quelque surplus, entrée dans les WC messieurs, choisit évidemment mon cabinet entre les deux autres libérés entre temps. Je n’ai bien-sûr pas esquissé le moindre geste pour retenir la porte, tout juste ai-je lancé un «c’est occupé» un peu paniqué.

«Oh pardon», dit l’intrus qui ne s’attendait pas à un tel accueil, et qui referma bien vite la porte.

Ai-je vécu un sentiment de déchéance absolue, une humiliation ultime ? Et bien non, j’ai digéré cet événement sans peine, et ne le rapporte pas ici dans un but thérapeutique, pour soigner une blessure qui serait encore vive ;-). Il est vrai que quand je suis remonté un peu plus tard au restaurant, j’ai vu l’un des clients attablés me lancer un bref regard avec un drôle de sourire en coin. Sans doute l’homme des WC… je ne crois pas que ce fut à même de tirer de moi le moindre rougissement.

Le ridicule ne tue pas, CQFD ! Philosophe, j’avais déjà pu me mettre à penser en ces termes quand j’étais encore dans les sous-sols, et que je finissais de vider mes entrailles après qu’on m’aie vu installé sur mon trône. Aller, un dernier petit caca. Rien de tel que de déféquer au su et au vu de tous, en toute liberté. Je pousse. Hmmmpf !

Plouf.

  1. Ben
    | Répondre

    Je vois que je ne suis pas le seul à avoir vécu cette mésaventure. La porte sans loquet m’a aussi interpelé…

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