«Nous ne disparaîtrons pas» questionne l’impact des réseaux sociaux sur notre intimité à la Maison de Quartier de Chailly

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«Nous ne disparaîtrons pas» de la Compagnie ÜBERRUNTER convoque et mélange les textes de Falk Richter, Alexandra Badea et Dennis Kelly. Trois auteurs vivants qui questionnent l’impact des réseaux sociaux sur notre intimité.

Maison de Quartier de Chailly, jeudi 7 février, vingt minutes avant la première. Je croise Claire Nicolas, metteuse en scène de la pièce. Claire, je l’ai rencontrée à CultuRadio, il y a environ une année. Je l’ai aussi vue sur scène, au TKM – Théatre Kléber-Méleau, dans Frères Ennemis (La Thébaïde) de Jean Racine mis en scène par Cédric Dorier. Ce soir, je la découvre dans un autre rôle, mais pas calme pour autant. «Je suis un peu stressée, mais c’est du stress positif.» confie-t-elle à quelques minutes de l’ouverture des portes.

 

 

Incarner le virtuel  

Sur le plateau, quatre comédiens. Deux femmes, deux hommes. Particules éclatées contenues dans un espace vide délimité par du scotch au sol. A eux de rendre visible l’invisible. Apparaît alors, un parterre de fleur blanche, l’inscription «Ici, c’est Lausanne», un espace dédié à la danse, une baignoire en marbre de Carrare. Il n’y a sur scène aucun écran, mais des postures, des gestes, des sons qui convoquent le virtuel. «C’est une tentative de raconter le monde virtuel, mais aussi de le transcender vers un imaginaire collectif.» explique Claire. Une comédienne prend des selfies dans la baignoire, et fschhh, c’est en ligne. Nous plongeons dans les méandres d’Internet avec «Shooting Stars» de Bag Raiders qui se mêle au «Rire, c’est bon pour la santé» de Johann Schneider-Ammann tandis que l’une des comédiennes effectue une danse que l’on pourrait croire tout droit tirée du jeu vidéo Fortnite. «Ces références tirées d’univers virtuels illustrent les nouveaux codes de communication entre les Hommes. On peut s’amuser de ces buzz.» développe Claire. D’ailleurs, je dois vous confesser que certains clins d’œil m’ont sans doute échappé, me rappelant qu’il n’y a pas qu’un internet, mais bien des internets. «La musique vient aussi, plus imperceptiblement, mettre de la profondeur dans des propos à certains moments de la pièce. L’univers sonore et la lumière habillent l’invisible pris en charge par les comédiens.» complète la metteuse en scène.

 

Laetitia Barras, Lucas Savioz, Sandro De Feo, Loredana Von Allmen. © Cie ÜBERRUNTER

 

Ne pas mourir de son vivant

Au fil des tableaux, chacun dessine sa trajectoire, telle une petite planète inscrite dans sa constellation. Le selfie publié il y a moins d’une minute compte déjà 25 likes. Recherche d’une validation extérieure, quantifiable, rassurante. Il lui dit: «Tu ne montres que les côtés positifs de ta vie sur ta page facebook, mais moi, je vois tout le reste. Pourquoi je n’y ai pas droit moi, à ce sourire-là?» Pouvons-nous échapper aux écrans qui s’immiscent entre nous? Nos quatre protagonistes s’interrogent, se cherchent, s’égarent. Comment garder le désir? Ne pas perdre la qualité des échanges? Conserver son intimité réelle ou virtuelle? Parler avec l’autre? Avec les autres? «Ce qui est intéressant c’est de parler du lien aux autres, de ce que l’on est d’accord de partager. De cette condition individuelle difficile à vivre au quotidien. Des choses fondamentales qui nous relient. Ce projet va au-delà des réseaux sociaux.» analyse Claire. Sur le plateau, ils recherchent une langue intelligible. Mais parfois, les échanges les plus profonds sont ceux qui se passent de mot. «A force de vouloir tout contrôler, on disparaît. Il faut rester dans la surprise. Lâcher les codes. Retrouver de la spontanéité. Ne pas mourir de son vivant.»

Lorsque j’ai demandé à Claire ce qui lui plaît dans le travail de la mise en scène, elle m’a répondu: «C’est comme une autre manière de rêver. Au travers de la mise en scène, on partage un rapport au monde très personnel avec une équipe qui se met au service de notre intimité et de notre regard. Ce qui est génial, et étonnant, c’est de pouvoir rendre compte de son monde intérieur au travers des autres qui lui donnent vie. Quand on est comédien, on rêve à plusieurs.» Venez partager leur rêve.  


Où voir la pièce ? 

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A propos de la Compagnie ÜBERRUNTER

 

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