Hype ou grivois, le “projecteur érotique” de poche fait sensation

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Quand un briquet n’allume pas que les cigarettes, les buralistes lausannois peuvent se frotter les mains, les fauteurs de trouble se réjouissent et de nouvelles vocations artistiques sont prêtes à éclore. A la rue Saint-Pierre, un kiosque devient (malgré lui ?) l’instigateur d’un phénomène qui semble prendre de l’ampleur.

  Au rayon des curiosités, un kiosque de la rue Saint-Pierre réserve quelques surprises à qui  s’y arrêtera quelques instants.  Nouvelle starlette parmi les gadgets pour fumeurs : le briquet projecteur d’image érotique (c’est le nom qu’on lui donnera, faute de meilleur label). Le patron sri-lankais, dont l’officine est déjà connue pour distiller des spécialités culinaires (pas toujours succulentes, avouons-le tout de même), arbore un large sourire lorsqu’on lui demande cet objet d’un type particulier. Le flegme propre au sous-continent indien se transforme en complicité entendue au moment où le client avisé ne s’arrête pas sur le premier Bic venu. J’ai tenté l’expérience sur le conseil d’une amie – précisons qu’il s’agit bien d’une connaissance féminine. Derrière la vitre, notre buraliste soulève une barquette de briquets classiques pour me présenter l’objet de tant de convoitise. Un véritable buzz, à l’en croire.  Au Colisée, on ne les vend pas sous le manteau, mais c’est le bouche à oreille qui  a déjà multiplié les ventes ces derniers temps. 

Un projecteur d’image érotique ? Pardon ?  Alors certes, le procédé n’est en soi pas nouveau.  Mais ce briquet-là mérite qu’on y prête quelque attention. Explication.

Au placard les briquets beauf affichant des femmes dévêtues au bord de la mer.  La révolution se cache dans la lumière. Pour mieux peser le caractère séditionneux du briquet PIE (Projecteur d’Image Erotique), rien de mieux que remettre en contexte les ravages que son usage a déjà causé dans les bars de la ville. Un soir, au bar, alors que les oiseaux de nuits déploient leurs ailes à coup de drague à trois dinars, le briquet PIE est venu rompre l’équilibre précaire qui s’installe entre un tendeur gavé d’UV et sa proie féminine. Pendant que le dragueur en question redouble d’arguments et de bières pour appâter sa partenaire, un faisceau lumineux atterrit subrepticement sur le devant de son t-shirt blanc – le fond idéal pour une projection inopinée. Imparable. Alors que le jeune homme se pose en romantique sensible, voilà qu’une femme nue et à la pose explicite illumine son torse. Et ne manque pas de créer le trouble.

Répétées à l’envi, les projections inopinées de briquet PIE peuvent provoquer différentes situations, en fonction de la cible et du caractère intrusif des projections. Dans la pénombre du bar, l’usage stroboscopique du projecteur peut par exemple déstabiliser plus d’un client.

Oui, d’accord :  tout cela peut sembler très en dessous de la ceinture, macho, puéril et vraiment bête. N’empêche que le mouvement a de quoi retourner les sceptiques et créé déjà l’engouement. Et voilà que certains sortent le soir avec plusieurs briquets en poche : light-show d’enfer et projections coquines pullulent . Qu’on ne s’y méprenne pas, derrière la piètre gauloiserie se cache un mouvement en phase d’éclosion: à l’ère où la technologie veut rendre tout le monde musicien, photographe ou artiste, un métier revient enfin dans la lumière : projectionniste. Les foules s’animent, le ton monte dans les discothèques : voilà que débarquent les light show autogérés.

Le PIE est peut-être le signe avant-coureur d’un changement de mœurs. Ses usagers ne sont pas de sombres lubriques en mal de sensation forte, non. A notre connaissance, ce sont même deux Lausannoises qui ont contribué à faire connaître l’objet controversé. Pris au jeu, je me suis décidé à aller rendre une seconde visite auprès de notre buraliste sis près de l’Atlantic. « Bonsoir, c’est pour un briquet.. Euh, vous avez toujours ceux qui.. enfin qui diffusent une image ? Hum ! ». Et vlan, la mauvaise nouvelle: une personne bien connue de la rédaction du Lausanne Bondy Blog est venue vider le stock l’après-midi même!

Quelques jours plus tard, je répète l’opération. Et là, surprise. Le patron me propose une nouveauté. Signe du succès de la première version du projecteur érotique, les fabricants chinois ont sorti un modèle « upgradé ». Désormais vendu au prix de 3 francs et non plus 2,50 francs, le briquet diffuse non plus une mais deux personnes dans une posture délicate. Alors vient le temps des questions philosophiques: quand un mouvement – quel qu’il soit, politique, social ou autre – prend de l’ampleur, est-il toujours voué à se radicaliser ?

 

Frédéric Mamaïs

2 Responses

  1. kumi
    | Répondre

    Terrible le PIE, mais on adoooooooooore!!!! J’ai même vu des trentenaires qui ne pouvaient plus s’empêcher de viser chaque t-shirt blanc qui passait près du bar!?

    Cool ton article. Finesse et humour, tout ce qu’il faut!

  2. nico
    | Répondre

    Le buzz ne s’étend désormais plus seulement que par bouche à oreille; dommage, cette pratique mériterait bien un PIE dédié!
    @+n

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