Flingues, mitraillettes et compagnie au mudac – expo

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Jusqu'au 26 août, le mudac propose une exposition sur l'univers des armes à feu intitulée "ligne de mire". Fasciné par ces machines destinées à tuer, friand de castagne et d'hémoglobine dans les films que je regarde, je me devais d'y faire un détour pour vous rapporter quelques impressions !

Jeudi de l’ascension… pluvieux. Que faire ? Eh bien, pas grand chose ! Me susurre à l’oreille une voix tentatrice bien connue… La voix de la facilité et de la paresse. Toute activité extérieure faisant risquer la noyade, la tentation est donc plutôt à me noyer uniquement devant tennistv ou des films au ciné. Puis, quand ces activités ne tromperont plus l’ennui, de me surprendre soudain à sombrer dans un surf sur la toile de plus en plus débile et destructuré. Et me voilà bientôt habité par un vide tel qu’il se produit comme un appel d’air pour des idées de plus en plus noires… Et oui, les amis, rien de tel que le désoeuvrement pour développer les idées suicidaires ! Car l’homme, lorsqu’il ne poursuit ni réel but, ni réel effort créateur, et qu’il n’est pas non plus dans un besoin impérieux de repos, est bien vite rattrapé par le négativisme. Autrement dit, je suspecte le farniente de me mener insidieusement au précipice. A des envies d’en finir, et de donner enfin une réelle utilité à ce fass 90 remisé au grenier et sorti une fois l’an pour les tirs obligatoires.

 

En route pour le mudac ! Juste à côté de la cathédrale.
En route pour le mudac ! Juste à côté de la cathédrale.

Pourtant sorti à peu près indemne de multiples weekends prolongés, et même, à la belle époque, de “vacances” universitaires presque aussi longues que l’été, l’expérience a fini par m’encourager à bouger mon tr** de b**** de temps à autres pendant ces longs breaks afin d’éviter la dépression. Et c’est donc ce qui est arrivé ce jeudi, lorsque m’est venu l’envie d’une petite virée en ville pour visiter enfin cette expo sur les armes au mudac que j’avais en ligne de mire depuis quelques mois, et sur laquelle je suis heureux d’enfin poser quelques lignes.

Un tapis constitué de douilles usagées, une envie de se tirer le portrait, et des bouts de bois “gunlike”

Se tirer le portrait... et oublier de sourire. (2)
Se tirer le portrait… et oublier de sourire. (2)

Première pièce du musée. Pan ! Un coup dans l’eau. Des beamers diffusant des images d’entraînement militaires des quatre coins de monde, pas très passionnant. Dieu merci, cette première pièce de l’expo peu réussie et tout de suite suivie d’une autre beaucoup plus intéressante. Un tapis constitué de balles… La grande classe. Me suis même assis dessus, cherchant à me tirer le portrait à l’occasion d’un petit selfie, et je venais à peine de décider qu’il s’agissait de me mettre en position tout à fait couchée pour que la photo montre bien ma face entourée des balles écrasées… qu’une “surveillante” me prie gentiment de me relever, car pas touche aux éléments exposés ! Je m’exécute et me contente donc de faire cet autoportrait devant des plaques de métal perforées par des balles… photo exprimant à la perfection ce sentiment du timide qui se prend une remarque : comme si quelque chose de grave venait d’arriver, comme si le coup était passé près…

Un tapis à base de ficelle et de douilles usagées... parce que les militaristes aussi ont le droit d'être écolo. (1)
Un tapis à base de ficelle et de douilles usagées… parce que les militaristes aussi ont le droit d’être écolo. (1)

J’ai malgré tout continué à mitrailler en tout sens avec mon iPhone, au risque de passer pour un véritable zouave auprès des autres visiteurs et des fameuses surveillantes. Il faut dire que la gêne a vite été supplantée par un certain enthousiasme au fil des pièces de cette expo, toute plus intringuantes et/ou interpellantes les unes que les autres.

Ces bouts de bois qui ressemblent à des armes, par exemple… Ils m’ont rappellé de nombreux jeux d’enfants avec mon frère. A l’occasion desquels nous nous lancions dans de véritables carnages imaginaires. Dieu merci, nous n’avons jamais eu en main un exemplaire de l’entreprise Keytone Sporting Arms, qui vend des armes pour les enfants dans les supermarchés aux Etats-Unis!

Ma chère enfance où un simple bout de bois suffisait à mon bonheur : des carnages imaginaires. (3)
Ma chère enfance où un simple bout de bois suffisait à mon bonheur : des carnages imaginaires. (3)

 

 

Fusil pour les enfants, avec l'inscription : "My first rifle". En libre accès dans les supermarchés aux USA.
Fusil pour les enfants, avec l’inscription : “My first rifle”. En libre accès dans les supermarchés aux USA.

Guerre et religion

Entièrement construits avec des pièces d'artillerie (balles, douilles,...). (4)
Entièrement construits avec des pièces d’artillerie (balles, douilles,…). (4)

Entre autres oeuvres particulièrement marquantes, j’ai aussi été impressionné par ces modèles réduits de bâtiments religieux… entièrement construits avec des allumettes… euh, non, de pièces d’artillerie. Une manière évidente de rappeler combien de sang a coulé au nom des religions. De quoi donner à réfléchir, et notamment aux croyants tel que moi-même ! Toutefois, je ne résiste pas à l’envie de souligner qu’on aurait tord de stigmatiser les croyances religieuses, de les désigner comme principales responsables des violences humaines. Le nazisme et le communisme, rappelons-le, sont deux idéologies entièrement athées responsables de la plus grande proportion des massacres du vingtième siècle. Par ailleurs, encore une petite critique contre le choix qui a été fait d’exposer uniquement une synagogue, une église et un mausolée islamique. L’hindouisme et même le bouddhisme devraient aussi figurer en bonne place sur le podium, mais je soupçonne que nous autres occidentaux idéalisons trop les pratiquants de ces religions orientales. Il y a pourtant quelque chose d’horrible dans le système de castes hindou ; quant aux exemples de persécutions boudhistes exercées en certains pays envers d’autres religions, ils sont légions, et notamment en Birmanie où il ne fait pas bon vivre pour les musulmans.

Ces derniers n’ont de toute manière pas vraiment de chance en beaucoup d’endroits de nos jours, en témoignent ces tapis afghans… un peu particuliers, mais apparemment très répandus tant le contexte de guerre de longue durée a influencé les artisans de cette contrée !

Tapis afghans (5)
Tapis afghans (5)

 

Quelques statistiques

Les visiteurs peuvent laisser leurs impressions sur des post-its.

En conclusion de l’expo, une pièce est consacrée à diverses statistiques sur l’usage qui est fait des armes à feu dans le monde. Où l’on apprend que qui possède une arme à feu a douze fois plus de chance de se faire tuer qu’une personne non armée. Touché-coulé pour le lobby des armes ricain. Où l’on apprend aussi que la moitié des morts par balle en Suisse le sont par une arme de service militaire… A quand l’obligation de remiser ces instruments meurtriers à l’arsenal ? Où l’en apprend enfin que quand une arme tue, c’est en général celui qui presse sur la détente, la plupart des morts par balle constituant des suicides (61 % aux Etats-Unis en 2015, 76% en Suisse entre 2010 et 2014).

Vous l’aurez compris, je n’ai sélectionné ici qu’un petit échantillon des éléments de l’exposition, de manière un peu désorganisée d’ailleurs, selon mes envies et mes impressions subjectives. Il me faut pourtant signaler que le musée est globalement très bien structuré au contraire, avec des thématiques développées dans chaque pièce, tout cela accompagné de panneaux informatifs. Chaque visiteur peut même se munir d’un guide de l’exposition gratuitement offert à l’entrée, illustré, fort bien fait et complet, qui permettra de garder une trace de ce qui a été visité. Pour rappel, ceux que j’aurais réussi à motiver ont jusqu’au 26 août pour découvrir cette expo ! Infos pratiques ici.

(1) Raul Martinez, Manstopper (45 ACP, USA), 2015

(2) Clara Ianni, Still life or Study for Vanishing Point, 2015-2018

(3) Jennifer Meridian, A City Without Guns, 2015

(4) Al Farrow :

Synagogue V (After the Great Synagogue of Brussels), 2012

Mausoleum II (After Mausoleum of the Samanids, Bukhara, Uzbekistan), 2008

Revelation II, 2010

(5) Tapis afghans achetés et arrangés par Michel Aubry pour son “oeuvre” intitulée Le Grand Jeu, 2017

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