Des étoiles plein les yeux à l’observatoire de Lausanne

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Peu de monde sait que Lausanne possède son propre observatoire, situé juste à côté du stade de la Pontaise. Encore moins sont au courant que la société en charge de gérer cet observatoire, la SVA (pour Société Vaudoise d'Astronomie), ouvre ses portes au public chaque vendredi soir, sauf le premier du mois et pour autant, bien-sûr, que le ciel soit dégagé. Je suis allé à l'une de ces soirées pour vous rapporter mes impressions.

Vendredi soir. Je sors du travail harassé après une longue semaine au bureau. Qu’une envie : rentrer chez moi, manger, glandouiller un petit moment sur la toile et me coucher.

“Pas question !”, je me dis tout à coup. Voilà des lustres que je parle d’écrire un article sur les soirées ouvertes au public à l’observatoire de Lausanne, et aujourd’hui le ciel est dégagé, alors c’est maintenant ou jamais !

Mais la Paresse, qui règne en despote dans mon cerveau, me susurre qu’il y a matière à repousser à une autre fois ce projet. Déjà, je sais même pas où qu’il est cet observatoire, et je n’ai en tout cas pas le cœur à faire un long voyage…

Oups ! Google maps m’informe qu’il se trouve juste à côté du stade de la Pontaise, et je bosse à deux pas. Pas d’excuse décidément, quand faut y aller, faut y aller. Poussant l’héroïsme à l’extrême, je vais voir un film à la cinémathèque pour patienter.

L'observatoire de Lausanne... Pour l'observation du ciel, la coupole s'ouvre et peut tourner afin d'orienter l'ouverture et le télescope dans la bonne direction.
L’observatoire de Lausanne… Pour l’observation du ciel, la coupole s’ouvre et peut tourner afin d’orienter l’ouverture et le télescope dans la bonne direction.

20h45, je me retrouve devant l’observatoire. “C’est bien ce que tu pensais”, que ma Paresse me dis, “y a personne. Faute d’intérêt du public, ces soirées ouvertes au public sont du passé, et plus aucun animateur ne vient le vendredi soir depuis belle lurette”.

Cependant, une fois encore, la réalité vient clouer le bec à Madame Paresse : un homme arrive, puis deux femmes, puis encore un homme, puis un père avec son enfant, puis toute une petite famille, puis un homme encore… Si, si, il reste encore des citadins lausannois pour vouloir rêvasser la tête dans les étoiles ! Et rien que ça, ça me tire presque une petite larme.

Nous sommes donc tous attroupés devant l’observatoire, un assez petit bâtiment avec une coupole. Trépignant d’impatience, la plupart d’entre nous observent déjà le magnifique ciel étoilé.

L’animateur arrive enfin. La soirée d’observation peut commencer ! Très jovial, le type, extrêmement bavard aussi, du genre à pouvoir causer une demi-heure même pour répondre à une question dont la réponse pourrait être dichotomique. Si bien que même madame Paresse est contente : il ne sera pas difficile de meubler mon article, on me sert la matière prémâchée et plus qu’il n’en faut sur un plateau, y aura plus qu’à faire un peu de tri.

Première info : smartphones et observation du ciel ne font pas très bon ménage. Me voyant mitrailler en tous sens avec la fonction photo de mon appareil, l’animateur intervient de suite : “Dans les poches le machin !” Car s’il faut dix-huit minutes à l’œil pour s’accoutumer à l’obscurité, il ne lui faut que quelques secondes de flashs lumineux pour se remettre en mode diurne.

Le télescope, que j'ai photographié en vitesse juste avant de me faire réprimander par l'animateur : toute source de lumière comme les smartphones est à garder dans les poches !
Le télescope, que j’ai photographié en vitesse juste avant de me faire réprimander par l’animateur : toute source de lumière comme les smartphones est à garder dans les poches !

Deuxième info : le télescope est programmé pour “suivre” un élément dans le ciel. En effet, au cas où vous l’ignoriez, la rotation de la terre sur elle-même a pour conséquence que les objets du ciel observés se déplacent sans cesse. Ainsi, les merveilles de technologie installées dans un télescope ne résident pas seulement dans des grossissements plus ou moins impressionnants. Encore faut-il que l’appareil suive un mouvement constant et régulier afin que l’objet observé reste bien immobile dans la lunette…

Troisième info : Quand on observe un objet dans le télescope, mieux vaut regarder un peu à côté de l’objet qu’on souhaite observer. C’est tout à fait contre-intuitif, mais il se trouve que pour l’observation nocturne en noir et blanc, la vision légèrement périphérique est mieux équipée. Car, précisons-le, quasiment point de couleur dans l’observation du ciel au télescope. Seuls des appareils photos avec des poses longues peuvent amasser suffisamment de lumière pour faire apparaître de la couleur aux objets très lointains du ciel.

J’arrête ici ma liste des infos intéressantes transmises par l’animateur pour vous parler de mon vécu. Bien que le ciel fut très dégagé au départ, nous n’avons eu le temps d’observer que deux objets, avant qu’un amas de nuage ne vienne mettre un terme précoce à la soirée : la nébuleuse de la ceinture d’Orion et les Pléiades, un amas d’étoiles.

Je m’en voudrais beaucoup de décourager certains lecteurs à aller à l’une de ces soirées d’observation, mais je me dois pourtant d’être honnête : ceux qui s’attendent à observer quelque chose de similaire aux images hubble seront très déçus : en comparaison, ça leur paraîtra vraiment plus petit, beaucoup plus flou, et beaucoup moins coloré. Evidemment, autant comparer une ferrari avec une brouette.

La nébuleuse d'Orient, l'un des objets que j'ai eu l'occas d'observer au télescope. J'en voyais assez bien la forme, mais sans couleurs. Pour cette photo, tous les appareils d'Hubble ont été utilisé lors de 105 orbites successives ! © NASA & ESA, 2006
La nébuleuse d’Orion, l’un des objets que j’ai eu l’occas’ d’observer au télescope. J’en voyais assez bien la forme, mais sans couleurs. Pour cette photo, tous les appareils d’Hubble ont été utilisés lors de 105 orbites successives ! © NASA & ESA, 2006

Pour la nébuleuse, j’ai tout de même trouvé l’observation tout à fait sympathique : j’ai vu une sorte de petit papillon blanc. L’observation des Pléiades fut moins marquante, il m’a simplement semblé voir cet amas d’étoiles en un peu plus gros qu’à l’œil nu.

Au final, je reste persuadé que se rendre un jour à un observatoire, même petit comme celui de Lausanne, est une expérience en tout point enrichissante qui ne sera jamais oubliée. Qui pourrait nier ressentir le moindre sentiment d’élévation à explorer le mystérieux infini qui nous entoure ? De surcroit, chaque soirée d’observation peut donner lieu à des expériences très différentes les unes des autres : tel soir permettra l’observation d’une ou de plusieurs planètes, tel autre sera idéal pour s’intéresser à la lune, tel autre encore sera plus propice à observer les objets plus lointains comme les nébuleuses ou les galaxies…

A noter que les soirées d’hiver sont globalement plus intéressantes que celles d’été : il y a moins de visiteurs à cause du froid, alors que l’observation est pourtant plus propice pour deux raisons. Premièrement, au cœur de l’hiver, la nuit est déjà profonde à 21 heures, alors que toute observation est rendue impossible l’été avant 22 heures, le soleil venant de se coucher. Deuxièmement, il y a moins de vapeur d’eau dans l’air quand les températures sont basses, ce qui rend le ciel plus transparent et plus stable.

La coupole s'ouvre sur l'extérieur et n'est bien-sûr pas chauffée. Il s'agit donc d'adapter son accoutrement à la saison.
La coupole s’ouvre sur l’extérieur et n’est bien-sûr pas chauffée. Il s’agit donc d’adapter son accoutrement à la saison.

Hiver comme été, la localisation de l’observatoire de Lausanne n’est de toute manière pas idéale, en raison de l’importante pollution lumineuse qui provient de la ville. C’est que celle-ci s’est beaucoup étendue depuis les années 1940 et la construction de l’observatoire. Les développements urbains futurs finiront d’ailleurs par avoir raison de cette lunette sur le ciel à la localisation si étrange : lorsque le projet métamorphose se concrétisera enfin (il semble qu’il faille attendre encore quelques années), le stade de la Pontaise sera rasé, et l’observatoire, situé juste à côté, subira le même sort. Pas de panique : la SVA possède déjà un terrain au Chalet-à-Gobet, site idéal, avec beaucoup moins de pollution lumineuse qu’à Lausanne même. Ne manquent que deux petits millions à la SVA pour qu’elle puisse lancer son ambitieux projet : un observatoire à trois coupoles. Appel aux généreux donateurs !

Compte tenu de la complexité architecturale d’un observatoire, 2 millions, ça ne me paraît pas énorme. Pour prendre un exemple, le télescope se trouve au dessus d´une sorte de mat qui traverse le bâtiment et est profondément enfoui dans la terre. Car s’il était simplement fixé au plancher de la coupole, les pas des gens suffiraient à provoquer des minis vibrations. Compte tenu de la très grande distance des objets observés, il en résulterait une instabilité folle de l’image rendant impossible toute observation dans la lunette.

Bref, on espère que la SVA trouvera les fonds. Les quelques bénévoles qui font tourner cette organisation le méritent bien. Ils sont admirables, vraiment, alors n’hésitez pas à profiter de leurs services. Si un seul lecteur fait le déplacement grâce à moi, je n’aurai pas écrit cet article pour rien :-).

Je me force maintenant à mettre un terme à toutes ces lignes qui se multiplient dangereusement par ces mots : ne restons pas toujours courbé sur nos smartphones qui menacent de nous déconnecter de la vie réelle et de toutes les merveilles qu’elle contient. La tête dans les écrans, que ce soit au travail ou dans les loisirs, c’est notre lot quotidien à presque tous. N’oublions pas de nous aménager quelques moments la tête dans les étoiles !

Pour tous les détails pratiques sur les soirées d’observation ouvertes au public, ou alors simplement pour en savoir plus sur la SVA, rendez-vous ici.

3 réponses

  1. Jàillet
    | Répondre

    Jàillet claude

  2. Jàillet
    | Répondre

    Comment être membre de votre société ?

    • Lucien
      Lucien
      | Répondre

      Bonjour,

      Pour devenir membre de la sva, ça se passe par ici : http://svastro.ch/membres-sva/

      Je précise que ni moi, ni le lausannebondyblog pour lequel j’écris, n’avons de lien avec la sva…

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