Benoît Violier, le suicide d’un chef – tant de douloureuses questions

La douleur infligée par la perte d’un être cher est violente. Un suicide soulève tant de questions et d’étonnement. Est-ce un acte normal en Suisse? Réflexions et situation locale.
Benoit-Violier
© Jean-Gabriel Barthélemy Paris Match

Des titres élogieux dans la presse me sautent aux yeux, tout comme de vibrants hommages.
Quelqu’un se décidera-t-il à aborder le vrai sujet ? Celui qui, depuis l’annonce de son décès, n’est plus que difficilement cité ? Car Benoît Viollier, s’est suicidé. Oui, Mesdames, Messieurs, aussi talentueux qu’il fût, aussi couronné de succès et salué, aussi riche – il l’était probablement plus que vous et moi – il s’est donné la mort. Il est allé au bout de cet acte irréversible.

Trois jours avant sa mort, lit-on, il était reçu en interview et clamait ses ambitions.

Suis-je la seule à m’interroger ?
Que s’est-il passé ?
Un suicide soulève tant de questions. Oserais-je même les verbaliser ?
A-t-il demandé à l’aide ? Y a-t-il eu des signes ? Ses proches collaborateurs, sa famille, ses amis, où étaient-ils ? N’ont-ils rien anticipé ? De quel type est leur culpabilité à l’heure actuelle ? Etait-il un chef si froid et distant que personne n’a rien vu ? Leur douleur et peut-être leur étonnement doivent être grands.

Comment un être en arrive-t-il là ?
Nous avons tous été déprimés. Je le dis sans honte, j’ai traversé un épisode dépressif. Mais du plus profond de ma douleur, quelque chose m’a toujours retenue. Indescriptible et peut-être surnaturel, toujours est-il qu’au fond je savais qu’une pente raide n’est pas infinie.
Et pourtant, alors que j’étais pendulaire entre Lausanne et Genève, combien de fois suis-je arrivée au travail en retard à cause d’un accident de personne ? Les CFF utilisent de si charmants euphémismes. Comme si c’était un accident. Non, nous le savons tous, quelqu’un a voulu mourir, a voulu en terminer une fois pour toute et a réussi. Pourquoi est-ce si difficile d’user de ces mots ? De quoi avons-nous si peur ?

Un acte normal en Suisse?
Le suicide fait-il partie de la normalité ? Le taux de suicide en Suisse a atteint un pic dans les années 1970, puis s’est stabilisé de 2003 à 2008 autour d’une valeur de 15 décès pour 100’000 habitants, puis baisse à nouveau en 2013 pour 11.2 cas pour 100’000. Notons également que le taux de suicide masculin est trois fois supérieur au suicide féminin. Ce qui représente, selon l’Office fédéral de la statistique (OFS), en 2013, plus de 600 hommes et 200 femmes.

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En d’autres termes, selon les derniers chiffres comparable au niveau européen (datant de 2011), le taux de suicide en Suisse est légèrement plus élevé que le niveau européen, mais encore derrière la France, la Belgique et l’Autriche dans ce morbide concours.

Plus effrayant, nous pouvons constater que le taux de suicide est plus élevé en Suisse Romande. D’ailleurs, Lausanne caracole à la tête de ce classement ! « Pendant longtemps, les villes de Lausanne, de Genève et de La Chaux-de-Fonds étaient les plus touchées par le suicide ; dans les années 1970 toutefois, les trois plus grandes villes alémaniques les ont devancées, et l’écart qui séparait les dix principales villes s’est réduit. » (Selon le document Statistique suisse, L’histoire de l’Etat fédéral ©OFS, Neuchâtel, 18.09.1998).

Et moi qui croyais qu’il faisait si bon vivre sur l’arc lémanique !

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© Isaline

Et dans le monde ?
Il est difficile de trouver des chiffres vraiment récents, la difficulté de recenser des données comparables est grande, comme pour toute statistique. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) constate toutefois que le suicide était la 2ème cause de mortalité des 15-29 ans et la 15ème cause de mort en 2012. Cela représente une mort toute les 40 secondes.

Comment le prévenir ?
Une rapide recherche Google me démontre que les associations de prévention au suicide ne manquent pas. L’association stopsuicide.ch regroupe par exemple quelques adressesL’OMS constate que les suicides sont évitables et qu’il est possible d’intervenir efficacement. Diverses mesures sont citées, par exemple, la sensibilisation via les médias, des campagnes de prévention, la prise en charge individuelle, puis le suivi de personnes à risque et le soutien de la communauté, l’identification et le traitement de la dépression et l’alcoolisme. Nous pouvons tous agir à notre niveau, simplement en se montrant disponible vis-à-vis d’un proche.

Intervenir à son niveau
Il n’y a pas de méthode magique, chacun réagira différemment face à une personne qui émet des idées suicidaires. De nombreux sites internet proposent des pistes. Stop suicide fournit par exemple quelques recommandations

« Il est essentiel de maintenir la communication avec une personne qui exprime une telle souffrance ou des idées suicidaires, afin d’entendre et de reconnaître cette souffrance. Parler ouvertement de ce qu’elle vit ne va pas l’inciter à finaliser son geste.
Mais écouter et parler ne suffisent pas : pour que la personne puisse élaborer ce qu’elle traverse, il est indispensable de l’inviter à en faire part à un-e professionnel-le de la santé. »

Le suicide a-t-il des raisons ?
J’aimerais pouvoir formuler des réponses plutôt que des questions. Du haut de mon idéalisme, j’aimerais pouvoir commencer une phrase qui établirait un rapport de cause à effet et fournirait une explication claire. Lorsqu’on connaît la source d’un problème, nous possédons déjà la moitié de la solution, non ?
Les tentatives d’explication sont nombreuses sur internet : des indicateurs statistiques, des définitions de la santé mentale, le degré de satisfaction et des indices de bonheur.
Il y aurait un phénomène libérateur à commencer une phrase par « Benoît Violier s’est suicidé parce que… ». La vérité est que c’est une action motivée par de nombreux facteurs, et que, malgré mon désir, je ne pourrai pas terminer cet article par une affirmation, car elle serait simpliste. Cet acte est trop souvent une surprise, parce que la souffrance a de nombreux visages et sait passer inaperçue.

Toute ma sympathie et ma compassion à la famille et aux proches de Benoît Violier, ainsi qu’à toutes les familles qui ont souffert de la perte d’un être cher.

Les numéros toujours à votre disposition:
Les urgences psychiatriques du CHUV 0848 133 133.
Le 147, ligne d’aide et de conseils de la Pro Juventute.

3 Responses

  1. Fabio
    | Répondre

    Salut, voici la réponse à tes questions.

    http://www.bilan.ch/argent-finances-plus-de-redaction/benoit-violier-aurait-ete-victime-dune-vaste-escroquerie

    • Isaline
      Isaline
      | Répondre

      Merci pour ton message!
      J’ai vu cet article, l’implication de Violier dans l’affaire des vins G., des histoires d’argent… mais n’est-ce pas simpliste? Dans le sens où, chaque personne qui subit des pressions financières ne se suicide pas et heureusement!
      Le point de départ de ce post était surtout un questionnement autour du niveau de souffrance et d’impuissance que j’imagine être lié à la prise de décision de cet acte irréversible.

  2. Martine
    | Répondre

    à Fabio: hier, le 15 mars, le magazine Bilan s’est excusé d’avoir répandu ce bruit totalement infondé et d’ailleurs immédiatement infirmé par la famille. Les faux bruits peuvent faire beaucoup de mal, et ceux qui les répandent devraient s’abstenir …

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