Yverdon-les-Bains, Yverdon-les-Chiottes ?

Posté dans : Rien à voir | 1
Petite soeur de Lausanne, Yverdon est la deuxième ville du canton en terme d'habitants. Néanmoins, aux yeux des Lausannois, Yverdon ne semble pas jouir d'une image des plus positives. Interloqué par cet état de fait, le Lausanne Bondy Blog cherche une explication.

Rue Vinet / 17.06.2011/ 22h14. C’est dans une ambiance décontractée et bon enfant que se déroule la soirée entre amis à laquelle j’ai été convié. Quelques chips et autres dips font office d’amuse-bouche, tandis que le vin mousseux flatte nos palais délicats tout en déliant progressivement nos langues.

Les thèmes de conversation s’enchaînent et ne se ressemblent pas : l’éducation dans les localités bilingues, le quartier rouge d’Oulan Bator, les sensuelles cariatides de l’Acropole, etc. Les opinions fusent, se corroborent ou s’opposent, tandis que les anecdotes s’égrènent et s’entrechoquent. 

Néanmoins, lorsque Michael* nous ramène à des considérations légèrement plus pragmatiques, en nous annonçant sa décision de déménager de Lausanne à Yverdon-les-Bains, c’est une expression d’étonnement mêlée d’indignation (ainsi que d’un léger dégoût) qui vient soudainement s’afficher sur le visage déconfit de la plupart des convives de la soirée. « Yverdon, mais pourquoi ? » ; « Quelle idée ! Qu’est-ce que tu vas foutre dans ce bled ? » ; « Yverdon ? Mais c’est complètement pourrave comme trou ! ».

Légèrement étonné par la réaction à mon sens quelque peu excessive de mes compagnons de soirée, je me vois dès lors contraint de mentalement formuler le constat sociologique suivant : déménager à Yverdon semble être, pour le jeune Lausannois lambda, une action dénuée de toute logique, une décision foncièrement stupide, voire même un acte pouvant potentiellement mener à l’ostracisme de ses pairs et, a fortiori, à la mort sociale.  

Tentant de trouver des raisons permettant d’expliquer cette condamnation unanime et cette ostensible animosité à l’égard de la deuxième ville du canton, je demeure incapable, après un certain temps de réflexion, de formuler une explication substantiellement satisfaisante.

Certes, la couverture médiatique d’Yverdon est exécrable ; homicides, prostitution, traffic de drogue, drames familiaux et autres incendies semblent être les seules informations concernant la cité thermale que l’on puisse trouver dans les médias.

Certes, la politique culturelle de la ville est pour ainsi dire inexistante. Depuis l’exposition nationale en 2002, il semblerait en effet qu’aucun événement significatif susceptible d’attirer les habitants des autres communes du canton n’ait eu lieu à Yverdon. Dans un souci de préservation des rives du lac, l’ancien arteplage a quant à lui été reconverti en… rien, si ce n’est en pelouse géante, sur laquelle le principal loisir consiste à laisser déféquer son chien au vu et au su de tous.  

Je le concède également, l’atmosphère générale régnant autour de la gare est pour le moins délétère, la première image s’imprimant dès lors sur la rétine du visiteur arrivé par le rail étant marquée par un a priori négatif ; d’un côté, marginaux, chiens et autres canettes de 8.8 se prélassent de manière débonnaire à l’ombre du pavillon de la Place de la gare, tandis que de l’autre se dévoile l’architecture ô combien quelconque du Coop Pronto, aux alentours duquel rôdent des individus dont le profil laisse présumer que l’achat de cocaïne n’est ici pas bien fastidieux.

Néanmoins, au-delà de ces quelques ombres au tableau, force est de constater que la vie à Yverdon comporte également des aspects positifs qu’il serait injuste de passer sous silence : un bord du lac propice à la détente ainsi qu’aux activités familiales et sportives, un charmant centre ville, où les rues piétonnes invitent le passant à la flânerie et à la nonchalance, ainsi qu’un imposant château recelant des trésors d’archéologie et d’histoire. En outre, Yverdon abrite également un musée de science-fiction unique au monde (la Maison d’Ailleurs), un centre thermal moderne et renommé, ainsi que nombre de cafés, boutiques et autres restaurants dont le personnel a souvent su garder la sympathie et la familiarité propres aux agglomérations privilégiant le contact interpersonnel aux dépens du chiffre d’affaire.

Surtout, indépendamment de l’architecture, des infrastructures ou de l’offre culturelle de la ville, Yverdon est peuplé d’Yverdonnois (au nombre de 26’621 selon le recensement établi par l’OFS au 31 décembre 2009). Ces habitants, qui diffèrent les uns des autres selon le profil socioprofessionnel, la confession religieuse ou l’origine ethnoculturelle, ont pour dénominateur commun de s’être installés à Yverdon pour y construire leur vie et constituent dès lors autant de trajectoires individuelles, de personnalités, de fragments de vie, qui font d’une localité ce qu’elle est vraiment et qui en fondent sa véritable richesse.

Arrivé à ce stade de ma réflexion, je débouche sur la conclusion suivante : je ne peux que soutenir et encourager Michael dans sa démarche de déménagement à Yverdon. Et cela quoi qu’en disent mes bien-pensants amis lausannois, qui prônent ostensiblement l’égalité et la non discrimination envers les minorités, mais qui s’acharnent néanmoins sur ceux-là même qu’ils devraient considérer comme leurs plus proches voisins.

Lausanne n’est pas Paname ; et le Lausannois, hors de sa ville, n’est pas un Parisien en province.

 

* Prénom d’emprunt

 

 

Francis

  1. Bivouac
    | Répondre

     Merci pour ce catalogue de clichés au combien inutiles, qui témoignent de la méconnaissance des Lausannois quand il s’agit de prendre le S1. Du grand journalisme, bravo. 

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