Y’a plus de vieillesse…

Posté dans : Société | 6
Les agressions du troisième âge sur des jeunes, ça existe aussi. Récit en trois actes d'une incompréhensible violence verbale à mon encontre.

C’est deux mecs d’une vingt-cinquaine d’années qui rentrent chez eux, un lundi hivernal en fin d’après-midi. Ils arrivent depuis le passage sous-voies à l’arrêt M2 de la gare de Lausanne, direction centre-ville. Tranquillement, ils regardent sur le panneau indicateur, inexplicablement barré de scotches rouges depuis maintenant environ quatre mois, le temps qui les sépare d’une prochaine navette, et célèbrent les 7 minutes d’attente annoncée avec une cigarette roulée, ne dérangeant a priori personne. C’était sans compter sur l’arrivée de celle qui allait devenir leur némesis pour ce laps de temps qui parut durer, pour le coup, une éternité.

Acte I: le courroux du gourou

Aucune introduction, aucun coup de semonce, aucun tact. Nous sommes dans le vif du sujet dés la première apparition du manteau de fourrure. Il enrubane une petite dame d’une huitantaine d’année, qui maîtrise une technique ancestrale bien connue, domptée par certains vieux grincheux depuis des lustres: le “mon corps continue d’avancer mais ma tête reste fixée sur un point, me permettant ainsi de lancer un reproche tout en esquivant la discussion subséquente puisque, quand j’ai fini de parler, je suis déjà à deux kilomètres de mes interlocuteurs”. “MAIS VOUS SAVEZ PAS QUE C’EST INTERDIT DE FUMER, ICI, BON DIEU? VOUS SAVEZ PAS LIRE, HEIN? Hein? Hein? H…?” Non, on le savait pas, déjà, et on ne voit pas de panneaux, en plus. Trop loin pour que l’on puisse lui répondre, mais tout à fait démunis, nous croisons, gênés, les regards amusés de quelques usagers, nous faisant comprendre, comme nous le pensions, que nous n’emmerdons qu’elle. Nous décidons donc de ne pas en faire cas, même si nous nous écartons du public en lui renvoyant des sourires ennuyés et que de son côté, la bougresse est encore en train de verbalement nous gerber dessus en contrehaut.

Acte II: l’attaque des clônes

Dans un eden reculé, nous terminons notre horrible larcin en revenant sur les justifications de celle que nous appelons intelligemment “la vieille truite”, quand notre “bully” revisité revient nous hanter avec deux nouvelles recrues, elles aussi agées de près de trois-quart de siècle, un couple apparemment. A ce que je comprends, ils ne se connaissent même pas, l’instigatrice et eux, ils sont juste solidaires devant devant notre loubardise. Le vieux nous ourse dessus, à bout portant. On ne respecte rien. On se fiche de leur santé et plus largement, de tout. On se fiche de tout. Nous, deux universitaires de vingt-cinq ans, qui ne nous sommes jamais battus avec quiconque, pas célèbres pour chercher querelle à chaque coin de rue, nous retrouvons l’espace d’un instant être les deux hors-la-loi les plus recherchés de Oldsville. Nous ne disons rien, émus et ne voyant pas bien quoi dire, car nos possibles de l’instant oscillent entre la servilité du manant qui éteint sa clope en s’excusant, sans aucune conviction, et l’irrespect, le vrai cette fois. La troisième intervenante va pourtant nous offrir une porte de sortie.

Elle a des béquilles et s’approche de moi d’un pas claudiquant: “Vous comprenez, Messieurs, je ne suis pas seulement handicapée, j’ai aussi une allergie à la fumée, alors si vous pouviez éteindre vos cigarettes…” Oh toi, gentil petite mamie, accalmie dans ce torrent de haine, comprends bien que si l’on m’avait parlé dés le départ comme ça, allergie ou pas, canne ou pas, âgé ou pas, j’aurais cédé sans aucune réflexion et ne serais jamais entré dans cette gêne dont je ne peux plus me dépêtrer actuellement… “Oh! Mais alors je suis vraiment navré, Madame” dis-je, “je comprends tout à fait et je vais…” “COMMENT VOUS VOULEZ QU’ON VOUS RESPECTE SI VOUS NOUS RESPECTEZ PAS?? RAAAAH!!! COMMENT VOULEZ-VOUS QU’ON VOUS RESPECTE??” hurle son mari, hors de lui, alors que le conflit arrive à son terme.

Acte III: les vieux sont méchants

Alors que je demande à mon pote, à la recherche de mes repères, s’il pense que je dois jeter ma cigarette ou pas, lui-même l’ayant terminée pendant l’imbroglio, je cède à la pression et l’écrase pendant que la bande se tire en vociférant. Je suis tristouille et je pense. Je pense à notre condition de mecs sympas, respectueux des personnes âgées, qui nous levons dans le bus, qui tenons la porte, qui aiderions sûrement à traverser si l’occasion ne se présentait pas que dans les films. Et je pense à comment nous nous sommes faits traiter comme des bandits par des vieux hyper tendus interprétant chacun de nos gestes comme des déclarations de guerre. Mon compagnon de tranchées me sort de mon raisonnement d’un coup de coude et me remontre le Sénil Supa Crew qui se trouve à nouveau un peu plus haut. Les deux les plus méchants nous regardent (vous aurez compris que j’enlève la petite dame handicapée en raison de son rôle ambigu) et disent à haute et intelligible voix, de manière à ce qu’on l’entende bien: “De toute façon avec les dégaines qu’ils ont, qu’est-ce que tu veux encore en attendre, de types comme ça…”

“Moi, je m’habille comme je veux, ma bonne Dame et mon bon M’sieur, et surtout j’ai un parcours de vie chanceux qui me permet d’envisager un avenir, mais je n’imagine même pas les ravages que des répliques telles que celles-ci peuvent avoir sur des jeunes qui se sont conduits de la même façon que mon ami et moi aujourd’hui mais qui se sentent un peu plus mal dans leurs basques. Vous vous étonnerez que les jeunes détestent parfois tous les vieux au même titre que vous détestez tous les jeunes… A bon entendeur, je vous conchie.” Cette dernière réplique est arrivée à mon esprit bien plus tard, je vous l’avoue. Sur le moment, j’ai préféré partir.  

Yann Marguet                  

Yann Marguet

6 réponses

  1. sputnik
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    mazette, fait froid dans le dos ton récit, j’appréhende déjà de me retrouver seul la nuit dans une station souterraine du m2 et de me faire agresser de la sorte par le senil supa crew.
    Un tel gang doit être mis hors d’état de nuire dans les plus brefs délais, que fait la police?

  2. AnneHorak
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    Pauvre Yann!Je ne doute pas que tu aies rencontré ces personnes.
    La jeunesse n’a pas l’apanage de la bêtise…
    Dommage cependant que tu ne n’aies pas pu faire une photo.
    La photo jointe n’apporte vraiment rien à ton texte. C’est d’ailleurs la même que dans l’article du 22 octobre “Mamy fait de la résistance”. Mais là, elle était plus crédible…
    J’espère que demain tu rencontreras des “vieux” sympas…Si, si,ça existe!
    Une vieille qui aime bien ton style.

  3. AUBRY
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    Pauvre Yann, toi qui n’as rien du méchant. Mais des cons, tu en trouveras de tous âges…., il en existe des tonnes, hélas!  C’ est vrai que les gens se fient un peu trop, sans doute, à l’aspect vestimentaire. Des tas de voyous sont en complet-cravate, mais….    ça ne se voit pas au premier regard, même au second d’ailleurs…   Les personnes agées deviennent inquiétes ….   C’est l’âge qui veut cela, et tout ce que les journalistes écrivent dans les journaux n’arrange rien. Allez, il y a tout de même de vieux sympas que tu croises sur ton chemin. Oublie les autres. Mais, en revanche, j’ajouterai que ton article est bien tourné. Continue.

  4. Thomi
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    Je découvre ce blog aujourd’hui même et j’en suis ravie car c’est tres intéressant, et j’apprécie vraiment la facon dont les articles sont écrit.
    C’est navrant que ces personnes âgées que vous avez rencontré se soient montrées si agressive.
    Personellement je trouve toujours attendrissante une personne de cettre tranche d’âge, mais cela ne fait que démontrer que finalement chaque être est unique et qu’il y a des personnes plus douces que d’autre. Peut être sont elles seules et aigries peut être n’ont elles pas la chance d’avoir une famille aimante autour. Continuons tout de même à être de bons jeunes bien poli en cédant notre place parsque au fond de nous nous savons que c’est ce qu’il se doit.

  5. ilogeek
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    Les vieux, c’est vraiment des racailles…

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