« Welcome to Lausanne » : entre fausse herbe et vrai buzz

L’herbe, la weed, la beuh, le shit, le joint, la fumette, le bédo… on sait tous de quoi on parle. Un peu comme un amour adolescent, qu’on affuble de mille surnoms. Un rite de passage dont plus personne ne s’inquiète, à part la RTS qui nous ressert, une fois tous les six mois environ, son docu santé bien-pensant sur le sujet. Faut bien admettre que « Les ravages de la drogue chez les 15-25 ans », c’est quand même plus vendeur qu’une énième hausse des primes maladie. Alors que bon, soyons honnêtes, on a tous tiré sur un joint un jour ou l’autre – certains pendant plus longtemps que d’autres certes – sans pour autant finir à la Riponne ou à la Marmotte accro au crack et à l’héroïne.

Le premier joint roulé un soir d’été, c’est un motif de transgression. Une envie de s’encanailler, de s’affranchir des bons conseils de papa-maman. De fait, la première expérience est rarement très glorieuse et on finira probablement malade une heure plus tard, à vomir tripes et boyaux… Mais tant pis, on s’en fiche, même malade pendant deux jours ça valait le coup ! Fort de cette première leçon, la prochaine fois on se le jure : on ne prendra qu’une taffe au lieu de deux.

Mais voilà que récemment, la fumette a repris du galon et pas uniquement dans la cour du gymnase ou dans les milieux universitaires et artistiques. La raison ? C’est tendance, délicieusement alternatif et même un peu subversif… En bref : totalement bohème chic ! Rien à voir avec cette phase adolescente un peu rebelle qui lui passera, tu verras. Le cannabis a la cote et tout le monde s’agite, lui trouvant mille vertus. C’est relaxant, apaisant, il soignerait la sclérose en plaque et le cancer (sauf celui du poumon évidemment… mais bon, on est plus à une contradiction près.) Bref, l’herbe est en phase de devenir le nouveau chou kale de la planète green.

Drôle d’ironie, sur la porte d’entrée du kiosque.

D’ailleurs, le cannabis n’a plus rien de rebelle, puisqu’il est désormais possible de s’en procurer en toute légalité. Alors certes, en version babyproof avec taux de THC limité, mais quand même… Même la Coop s’y est mise en annonçant cette semaine la commercialisation de cigarettes au CBD, c’est dire si l’affaire s’est démocratisée. Désormais, tout le monde s’y met. Quand j’étais gosse, on avait des fausses cigarettes en chewing-gum. Aujourd’hui, on a désormais élargi l’offre aux faux bédos. Et il ne se consomme plus seulement en joint ou en cake, non non non ! Soucieux d’étendre sa gamme de produits, on le trouve désormais en gouttes, en spray, en vaporette, en infusion…

Les raisons d’un tel engouement ? Dur à dire… Certains penchent pour le simple effet de buzz, d’autres y voient une réelle demande de la part du consommateur.

Quelles que soient les raisons qui nous poussent à nous ruer au comptoir de notre kiosque le plus proche, le véritable intérêt d’écrire une chronique sur le sujet reste tout de même de pouvoir tester le produit soi-même. Tandis que je ressors du kiosque avec mon petit paquet d’herbe, je ne peux m’empêcher de me poser la question fatidique : suis-je encore capable de rouler ? Arrivée à la maison, c’est atelier origami sous l’œil moqueur de ma coloc qui me regarde galérer. Une fois mon œuvre terminée, la maison est déjà parfumée de relents d’herbe fraîche. Si le taux de THC est réduit, l’odeur en revanche est intacte. On se pose sur le balcon, pour un peu on sortirait presque la guitare et le feu de camp… À défaut, on se rabattra sur les vieux tubes des Doors. On allume le joint qui se consume à une vitesse phénoménale. « Tu l’as pas assez serré. » Tant pis pour la forme, on se dépêche de tirer dessus. Rien, nada… La tête me tourne un peu, mais c’est probablement plus dû à de l’hyperventilation après avoir fumé en une minute chrono. On retentera l’expérience ce week-end, Léa passe prendre l’apéro à la maison et rentre d’une semaine à Paléo, avec un peu de chance elle nous aura ramené autre chose que des tee-shirts. En attendant, t’as rangé où la bouteille de Martini ?

Dans le fond, ce « faux cannabis » est assez en accord avec la mentalité suisse. On veut bien se la jouer alternatif, mais à condition que ce soit sans risque (tant pour sa santé que pour son casier judiciaire) et pas trop contraignant… Si, à l’époque de nos 17 ans, se procurer un gramme d’herbe relevait d’un véritable parcours du combattant (ou du jardinier), il suffit désormais de se rendre dans n’importe quel kiosque pour y acheter ses gouttes. De là à prédire la fin du « Rescue », remplacé par la pastille au THC/CBD, il n’y a qu’un tout, tout petit pas. Avec toute cette histoire on aura au moins réussi une chose : bientôt, le bédo sera aussi sexy qu’une tisane de camomille le dimanche soir. À ce moment-là, on sera en droit de se demander : vers quoi se tournera-t-on désormais à 16 ans lorsqu’on voudra braver l’interdit ? Probablement que les mushrooms retrouveront bientôt une deuxième jeunesse… du moins jusqu’à ce que Nature & Découvertes commercialise son nouveau kit de culture de champi pour débutant.

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