Une nuit en taxi

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Les jours fériés, y en a qui travaillent. Le LausanneBondyBlog s'est immergé dans la vie nocturne d'un taxiste.

Lendemains de fêtes, gueules de bois, clients pas contents, l’anecdote du bourré qui ne connaissait plus son adresse, de celui qui est parti sans payer, taxis débordés, chauffeurs aigris, concurrence, calme plat et attente sans fin. Et ben pas du tout ! La vie d’un taxi la nuit, c’est plutôt joli. Tout dépend de l’état d’esprit.

Vendredi 2 janvier, 21h, -3 degrés, et c’est le sourire aux lèvres que Joe* m’accueille dans son taxi. Il travaillera jusqu’à 2 ou 3 heures du matin et je l’accompagnerai un petit bout de sa longue soirée. Petit arrêt à St-Francois en attendant la demande. Attendre, ça ne lui fait pas peur ! Joe a de quoi s’occuper: un chiffon pour que la voiture soit toujours présentable et des journaux à portée de main, “dans quel autre métier on peut prendre le temps de lire les journaux, hein?” On discute et hop, petit coup d’œil furtif, “elle, elle cherche un taxi”. Ca ne rate pas, c’est la première cliente de la soirée. Fin de la course et la voilà un chocolat en bouche. “J’ai toujours un chocolat pour les clients sympas.” Effectivement, elle est gentille… “95% des clients sont agréables, alors j’aime bien le leur rendre. Ca me fait plaisir.”

Nouvelle attente à la gare. Mais cette fois, une dizaine de taxis sont déjà là, à l’affût des voyageurs pressés de rentrer chez eux. Joe prend un callepin. Il note l’ordre et les plaques des collègues pour être sûr de ne pas leur piquer des clients. C’est chacun son tour et ça se respecte. En attendant, il sort du véhicule et lance des “bonne année!” par-ci, des “tu salues pas?” par-là, poignées de mains et appels de phares. Entre indépendants, comme lui, et affiliés à une entreprise, l’entente est bonne. “Pas de concurrence, maintenant on travaille ensemble. On se connaît tous, surtout ceux qui bossent la nuit. Et même quand on ne se connaît pas trop, je pense qu’il faut toujours se dire bonjour, ça maintient une bonne ambiance.” En gros, ça ne coûte rien et ça crée du lien. Notons tout de même qu’ils sont environ 140 indépendants, sans compter les autres! J’ai à peine le temps de réaliser qu’un couple s’approche avec des valises que Joe a déjà ouvert le coffre. Reconnaître les clients potentiels, entamer une discussion avec eux, ça se fait au feeling et du feeling il y en a. Du moins plus qu’avec le prochain client aux casques vissés dans les oreilles et à la répartie légère… Fin de la course et mince, à force de parler on a oublié le chocolat! Pourtant ils étaient gentils. 

Mais tout le monde ne peut pas être aussi “gentil”! Et le soir du nouvel an alors, comment c’était? “Le 31 ça ne s’est pas bien passé, je n’ai pas pu bien travailler…” Suspense, pourquoi? “Le verglas m’empêchait de conduire correctement, c’était dangereux alors je suis rentré.” A croire que la météo est plus capricieuse que le client lausannois. D’ailleurs, ma brève immersion dans le métier m’a étrangement confirmé cette idée. Joe m’explique cependant que parfois, ça arrive, certains clients ne parlent pas du tout ou tout simplement trop. Ok, il y en a qui sont désagréables, qui vomissent, d’autres qui ne paient pas et certains même qui sont agressifs. Mais ils sont minoritaires. Il m’avoue avoir vécu quelques frayeurs, deux ou trois fois en 27 ans de métier. Mais ce n’est pas ça qui va l’arrêter!  

Le salaire est aléatoire et les horaires sont décalés. “Il y a souvent des nouveaux et il arrive qu’ils repartent au bout d’un mois parce que ça ne correspondait pas à leurs attentes financières ou autres. Beaucoup comme moi aiment leur boulot et sont là depuis longtemps.” Pour être taxiste à Lausanne il faut certes un permis de conduire depuis au moins deux ans, passer un examen, mais surtout aimer les gens et être souriant. Conseils de Joe! Même si au téléphone les dames de la centrale ne sont pas toujours d’une humeur appréciable, face à la positive attitude inébranlable de Joe, je ne peux que dire honte à ceux qui font le coup du porte-monnaie oublié ou qui se barrent tout simplement au feu rouge. Tant pis pour vous, vous n’aurez pas de chocolat. 

*prénom d’emprunt

Cristina Sanchez

Cristina

Une réponse

  1. sahra
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    Super l’article! Il me semble même reconnaître ce Joe 🙂

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