Une critique contagieuse

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« Contagion », le nouveau film de Steven Soderbergh sorti ce mois-ci sur nos écrans, fait couler de l’encre et délie les langues. Délier les langues, c’est l’expression. Succès au box office, flop auprès des critiques. Intriguée, j'ai pris la température auprès du public lausannois avant de m'en faire ma propre opinion.

Un titre percutant : « Contagion ». C’est l’histoire d’un virus mortel qui tue en quelques jours. L’épidémie se propage à grande vitesse. La communauté médicale mondiale tente de trouver un remède et de contrôler la panique qui se répand encore plus vite que le virus. Une course effrénée contre la montre. Une panique palpable qui ne touche pas que les personnages du film par son côté réaliste, ça pourrait être la vérité de notre monde. Pourtant ce drama n’est pas ce qu’on attend.

Un film qui nous entraîne dès les premières scènes dans une ambiance teintée d’angoisse. En une vingtaine de minutes, le décor est planté. Précis, direct et droit au but. Un début si prenant, que certains trouvent la suite presque trop fade. « Film plat », « un ennui contagieux », « à mi-parcours, le moteur s’essouffle lentement, et cède à des rouages dramatiques qu’il avait pourtant brillamment détournés. » Certaines critiques n’y vont pas de main morte, et ce ne sont pas les seules. Une fois au cinéma, les spectateurs me donnent explicitement leur avis à la sortie du film, implicitement lorsqu’ils quittent la salle en plein milieu dans un brouhaha irrespectueux, et même avant : « N’y va pas, il est nul », « c’est une mise en vitrine de ce que la communauté médicale a fait lors de la crise H1N1, pour nous montrer qu’ils ont fait les choses biens », ou « comme par hasard, une année après la polémique sur le H1N1, un film comme ça sort, et pas avec n’importe quel casting. »

Le casting, parlons-en ! « Casting prestigieux mais sous-exploité » pour certains. « Tous apportent une réelle émotion au récit, malheureusement souvent trop brève » pour d’autres. Et finalement, il y a ceux qui pensent qu’il s’agit d’« un gros casting, juste pour faire plus de pub. » Avec plusieurs personnages, dont certains décèdent, c’est sûr, on ne peut pas s’attacher vraiment à l’un d’entre eux. Mais les enjeux ne sont pas de faire du sentimentalisme, de pleurer car untel meurt, ou parce que Matt Damon perd les gens qui lui sont chers. Certains reprocheront d’ailleurs à Soderbergh cette distance qu’il prend, considérant que le film ne devient plus que narration. Mais narration de quoi ? D’une civilisation qui se déshumanise de panique ? D’un virus plus symbolique que viral qui se transmet par une simple poignée de main, un simple contact humain ? Du sentiment propre à chaque spectateur par rapport à cette mort qui guette au tournant? Et si cette distance amenait plutôt une peur glaçante ?

Bref, peut-être que grâce à tous ces avis, parfois composés de phrases et de concepts « tout faits », je ne m’attendais à rien de bon. Allez savoir pourquoi j’y suis allée mais j’ai été étonnée, comme quoi, le « tout fait » n’est pas inintéressant. Une trame qui suit un fil rouge défini, sans être téléphonée, une ambiance créée de toutes pièces, une mise en scène au profit de l’histoire, des moments pour verser quelques larmes certes, et je dirais même que ces moments plus légers nous font presque du bien car on peut se détacher un peu de cette angoisse qui trotte dans nos têtes : « Et si ça arrivait ? » Certains défauts peuvent venir déranger les spectateurs notamment lorsque le côté dramatique prend « trop » de terrain, tirant parfois sur l’émotion superficielle.

Après ce petit tour d’horizon, à mon tour de vous donner mon avis. Ce n’est pas un film romantique, de sentiments, d’horreur, mais plutôt un thriller, un drame, voire même un film de science-fiction. C’est un scénario à apprécier par ses petits plus parsemés de critiques face à une société qui est la nôtre, face à toutes sortes de magouilles de l’Etat, le favoritisme et les mensonges, face à la vérité tronquée des médias, à l’égoïsme des uns et à l’altruisme des autres, à la culpabilité. Un casting bien choisi non pas parce que ce sont des célébrités, mais parce que leurs jeux d’acteurs sont bons, ce qui amène un réalisme en plus. N’y voyons pas Jude Law, Matt Damon, Marion Cotillard, Kate Winslet, Gwyneth Paltrow, ou Laurence Fishburne, mais une ébauche de ce que ce virus pourrait créer comme chaos en chacun de nous en tant qu’être humain.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

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