Le Point V ( ; ) – Une autre peau [2/2]

Le Point V ( ; ) – Une autre peau [2/2]

L’exploration continue… Découvrez la deuxième et dernière partie de la nouvelle Une autre peau. Pour lire la première partie, c’est par ici.

Alors elle repense à ce que Rachel lui racontait, le soir d’avant, entre deux verres de gin. L’habitude qu’elle avait de se toucher, comme elle disait, pour noyer les soucis de la journée dans des orgasmes qui la conduisaient directement au sommeil, et qui semblaient pour elle aussi anodins qu’une tisane calmante ou qu’un exercice de respiration. Elle repense aussi à Joaquín, au regard bienveillant mais hésitant qu’il avait plongé dans le sien quand elle avait repoussé sa tête. Ce n’était pas la peine, il pouvait arrêter. Il ne semblait pas fâché, c’est sûr, mais peu importe. C’est elle qui est en colère, qui en veut sourdement à son corps d’être trop lourd, opaque, comme s’il finissait toujours par faire écran entre la jouissance et elle, trop conscient du monde alentours – soleil, sol, souffle – pour se laisser glisser dans l’abandon total.

Nue sur son radeau, Alice n’a plus envie de le toucher, ce corps qui refuse de se dissoudre dans le plaisir. Elle n’a pas non plus envie de plonger à nouveau dans l’eau froide, de regagner la rive, de retrouver Rachel et son mal de tête. Alors elle ferme les yeux et se prend à rêver qu’elle habite une autre peau, plus docile. Qu’aurait-elle fait de Joaquín si elle avait été sirène, resplendissante de liberté dans les ondes sauvages du lac, et que cela avait été son corps à lui qui se trouvait là, étendu sur le radeau, exposé à son regard et à ses envies ? Se serait-elle abandonnée tout entière à l’amour comme l’ondine de la légende ? Elle essaie de se représenter les prémices d’une passion dont la puissance a dompté l’esprit puis le corps de la nymphe, jusqu’à ce qu’il ne reste d’elle que de l’écume.

Sans titre, Le Point V

Dissimulée derrière le promontoire de rochers, Alice observe Joaquín de loin, d’un regard d’abord retenu et timide, se faisant curieux puis ardent au fil de ses découvertes. Elle se délecte de son visage oscillant entre éveil et somnolence. Ses traits marqués et volontaires sont adoucis par une bouche aux lèvres pleines, d’une couleur bois de rose, laquelle dessine volontiers un sourire mutin au seuil du sommeil. Les méandres de ce corps étendu guident la poursuite de son exploration visuelle. Les épaules, les bras lâchés de part et d’autre du torse, le ventre, puis la verge.

Incapable de résister au désir suscité par l’homme entièrement livré, presque vulnérable, elle nage jusqu’au radeau avant de s’y hisser le plus discrètement possible pour que Joaquín demeure dans son état de langueur bienheureuse. Sans le toucher, elle se place au-dessus de lui, l’entoure de ses bras et de ses jambes. La fraîcheur des gouttes d’eau perlant du corps d’Alice le sort progressivement de sa torpeur. Mais avant qu’il ne puisse décider si la naïade est réelle ou issue d’un songe, elle s’allonge sur lui et love ses jambes nues autour des siennes, savourant le contraste de sa peau humide contre celle dorée par le soleil de son amant.

Sa bouche fraîche parcourt le torse chaud, découvrant, les une après les autres, les vagues discrètes formées par ses côtes. Ses lèvres descendent encore et encore afin de découvrir la douceur de son ventre se soulevant au rythme de sa respiration de plus en plus rapide. Ses mains remontent le long de ses cuisses. Collée à lui, Alice sent une chaleur entre ses seins. Sa bouche curieuse cherche à en découvrir l’origine : dans la continuité de son exploration elle goûte un phallus, dur et docile. Ses petites lèvres se réchauffent et se gonflent. Poussée par l’excitation, sa bouche parcourt timidement ce corps étranger. Sa langue délicate longe la peau fine. Elle glisse sa main vers sa vulve pour éprouver cette autre humidité, chaude et liquoreuse, qui l’englobe dans sa totalité. Un cri au loin se fait entendre.

Alice ouvre les yeux. Il lui faut quelques clignements pour s’habituer à la lumière. Elle se redresse, tourne la tête, on lui fait de grands signes. Elle replonge dans le moment présent et nage jusqu’au rivage pour rejoindre Rachel, un sourire au coin des lèvres.

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