Un regard sur Lausanne: Sous le gazon, le béton

L'esplanade de Montbenon offre l'un des plus beaux points de vue à Lausanne. Aux heures de midi y convergent touristes, locaux et marginaux. Petite chronique d'une scène de vie ordinaire, pour un nouvel épisode de notre série «Un regard sur».
L'esplanade de Montbenon, depuis le Palais de justice. (CC by Yoan)
L’esplanade de Montbenon, depuis le Palais de justice. (CC by Yoan)

Un vent froid, presque mordant, malgré un soleil de midi rayonnant. La bise fait frémir l’enveloppe touffue des marronniers, et, prémisses de l’automne approchant, céder les feuilles les plus fragiles. Sous les colonnes du Palais de justice, un Guillaume Tell sculpté domine l’esplanade qui s’étale en contrebas. La pelouse, soigneusement tondue, brille d’un vert vif. Au sud du parc, depuis un promontoire, les eaux du Léman forment, entre ses deux extrémités, un arc quasi parfait. Les cimes à l’horizon parachèvent de brosser les traits de cette fresque hodlerienne.

L’esplanade de Montbenon est un poumon vert. Un lieu privilégié de promenades pour les familles. De selfies pour les touristes. De botellones, bitures et autres before pour les fêtards. En bref, un reflet de l’éclectisme lausannois.

Cette esplanade est aussi l’un des points de chute des laissés-pour-compte. L’un d’eux, en cette journée du mois d’août bientôt achevé, est allongé sur le flanc, recroquevillé sur un ilot de béton, préféré au tendre gazon.

L’homme dort. Même dans la précarité, le sommeil demeure l’un des rares moyens de réconfort qui vous appartienne encore. Lorsque l’existence vous échappe ou vous malmène, au point de vous retrouver marginalisé, Morphée, lui, continue de vous tendre les bras.

Pendant ce temps, à proximité de l’homme esseulé, un cadre encravaté traverse la pelouse d’un pas assuré. Entre deux rendez-vous d’affaires, deux vies, deux destins s’effleurent.

Avec sa pelouse verdoyante, ses fontaines, ses plantes aquatiques, ses allées bucoliques tirées au cordeau et ses innombrables scènes de déjeuners sur l’herbe que Lausannoises et Lausannois se plaisent à rejouer à l’heure du lunch, l’esplanade de Montbenon recèle de faux-airs de jardin d’Eden. Et pourtant, cette pelouse est une illusion urbanistique, un mirage champêtre: contrairement aux autres espaces verts que compte la ville, l’herbe ne pousse ici que dans une très fine bande de terre, quelques dizaines de centimètres tout au plus. En dessous? Un parking automobile.

L’idyllique esplanade n’est en réalité que la coiffe végétalisée d’un monstre de béton et d’acier.

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