Festival cinémas d’Afrique : Un film pétri de réflexions satiriques sur l’aide humanitaire « N.G.O : Nothing Is Going On »

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Dans le cadre du Festival cinémas d'Afrique, Sitara est allée voir un film qui l'a marquée : « N.G.O : Nothing Is Going On ». Voici son compte rendu.
Extrait de NGO.

Ce film ougandais est une véritable satire du monde des ONG et autres projets d’aide humanitaire. Le film a un ton et une atmosphère assez légers mais aussi, en réalité, une vraie profondeur dans les thèmes abordés et surtout la manière de les traiter.

L’histoire : Tevo et Zizuke, meilleurs amis, ont fini les études en sciences sociales. Zizuke travaille dans un bar et Tevo se découvre une passion pour la photographie. Au début du film, on voit que Tevo traîne dans le bar où travaille son ami. Il ne sait pas trop quoi faire comme activité. La propriétaire du bar, une européenne, lui prête son appareil photo après avoir vu les belles photos que Tevo a fait avec son téléphone. Plusieurs histoires s’entremêlent, notamment des idylles mais qui ne sont pas si importantes pour le fond des thématiques, il me semble. Enfin, un jour, Tevo regarde ses photos sur un ordinateur quand une jeune touriste américaine arrive dans le bar et lui demande de pouvoir y jeter un oeil également. Les clichés ont été pris dans un ghetto et on y voit des femmes et des enfants dans des conditions de vie difficile. Tevo ment en disant qu’il a une petite structure pour aider ces femmes et ces enfants à aller à l’école. La jeune femme est charmée par ce beau projet. Après avoir passé la soirée avec lui, la touriste repart et va aux Etats-Unis mais elle reste en contact avec Tevo et elle propose de l’aider à financer d’autres projets.

Tevo et son ami Zizuke, d’abord réticent, vont alors monter un bateau à la jeune femme et raconter quels sont leurs besoins économiques pour aider ces familles. Là, en tant que spectateur on est évidemment mal à l’aise pour la jeune femme qui va se faire avoir par ces jeunes arnaqueurs. Elle, pleine de bons sentiments, et eux qui en profitent sans sourciller. On est presque surpris que le film traite de cette thématique avec autant de désinvolture. En effet, Tevo et son ami prennent conseil auprès d’un homme qu’ils connaissent et qui a apparemment fait quelques combines qui l’ont rendu riche. De plus, il dit plusieurs fois qu’il faut prendre l’argent là où il est et va les aider à mettre en place le mensonge. Il va même leur trouver une jeune femme européenne qui travaille 3 mois en Ouganda et qui est d’accord d’entrer dans leur arnaque si elle a une compensation financière. L’idée de leur ami est qu’elle peut aider pour lancer le projet car s’il y a une « blanche », ils auront, d’après lui, plus de crédit pour les Américains.

Ils préparent donc leur dossier, leurs photos d’enfants du ghetto, etc. Après quelques temps, ils ont la réponse… positive de l’Américaine ! Là, évidemment on les voit faire la fête et dépenser cet argent. De nouveau, on peut être surpris qu’un film affiche aussi ouvertement que parfois les ONG flouent et n’ont pas le but initialement prévu, et qu’ils peuvent constituer, comme ici, de vraies arnaques.

Après quelques temps heureux, Tevo est en panique. Il a reçu un mail de l’Américaine. Elle les remercie encore pour tout leur engagement et annonce qu’un collègue va venir filmer leurs projets dans le ghetto pour montrer aux donateurs qui ils ont aidé. Tevo et Zizuke sont très en souci et imaginent la fin de leur arnaque. Là, le même ami plus expérimenté leur annonce que, au contraire ! C’est le moment de faire encore plus d’argent. Il imagine un plan où ils vont trouver des femmes et des enfants prêts à témoigner que la fausse ONG leur vient en aide. Tevo paie donc un certain nombre de personnes pour mentir à la caméra.

Après quelques montées de stress, le tournage se passe. Les gens mentent. Le reporter a l’air ravi. Ce qui devient intéressant et qui fait de ce film, un film subtil sur toutes ces questions à mon avis, c’est une scène où on voit une jeune fille du ghetto qui accepte de se faire interviewer et qui sort de chez elle très élégante et sexy. Là, le reporter lui explique brusquement qu’il ne veut pas cette image des gens d’ici. Il veut la voir dans des habits sales et déchirés. Il veut clairement qu’elle fasse pitié. Et là, cela tourne presque  à l’absurde, ce qui est encore une preuve que le film est bien plus profond et subtile que soupçonné au départ. Après que la jeune fille ait mis des habits quelconques et se soit décoiffé, le reporter exige qu’il y ait des mouches autour de la fille. Zizuke lui répond qu’il n’y a pas de mouche. Le reporter demande aux deux amis d’amener des fruits pour que les mouches arrivent. Et là, il y a la scène la plus absurde du film où on voit le reporter prendre de la boue par terre et l’étaler sur les joues de la jeune fille, lui mettre des fruits sur les genoux pour que les mouches viennent et dès qu’il en a vu, il colle des mouches mortes sur le front de la fille. Le reporter est ravi et conclut car cela correspond à l’image des enfants pauvres que les donateurs ont et ce pourquoi ils donnent leur argent.

Pour moi, la force de ce film se passe ici car après les clichés face à ces Ougandais qui arnaquent les donateurs, on a tout à coup la manipulation du côté des occidentaux avec une mise en scène de la misère et le fait qu’elle doit respecter certaines règles. La jeune fille doit faire pitié avec des mouches dans les yeux.

Les deux amis peuvent donc continuer leur arnaque sans être inquiétés car ils correspondent à l’image de la misère que l’on veut aider, d’ici.


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