“Un bistrot social viendrait freiner les problèmes de la toxicomanie et de la marginalité en ville de Lausanne”

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Les votations fédérales du 30 novembre prochain sur la modification de la loi sur les stupéfiants et psychotropes relancent le débat sur la création d'un bistrot social à Lausanne. Le LausanneBondyBlog a suivi pendant 48h, Ronnie*, polytoxicomane depuis quinze ans. Témoignage.

Le 8 juillet 2007, lors du référendum communal, les Lausannois s’étaient significativement opposés à l’ouverture d’un local d’injection et d’un bistrot social. Si le projet d’un espace de consommation des stupéfiants est définitivement enterré, celle d’un bistrot social refait surface. Et pour cause: le 30 novembre prochain, à l’occasion des votations fédérales, le peuple suisse se prononcera entre autre sur la modification de la loi fédérale sur les stupéfiants et psychotropes, ainsi que sur la dépenalisation du cannabis. Deux objets très sensibles qui relancent le débat au sein de la Municipalité de Lausanne. Cette dernière, qui depuis plusieurs mois, tente de régler la question des marginaux et toxicomanes de la Riponne.

Pour évoquer la question, j’ai partagé, 48 heures durant, le quotidien de Ronnie*, 35 ans, dont quinze de toxicomanie. Habitué de la place de la Riponne depuis 2000, le valaisan d’origine évoque, en marge des débats politiques, sa réalité de toxicomane et le futur bistrot social. ” Depuis plus d’un an, les politiques débatent sur la question, sans pour autant trouver de solution. Ils me donnent l’impression qu’ils peinent à reconnaître la réalité du terrain.” Selon lui, la création d’un bistrot social serait une reconnaissance des autorités sur les problèmes de la drogue en ville. De là à régler la question, il y a un grand pas: “Je me rends bien compte que la ville tente de trouver des solutions, ajoute-t-il. J’ai juste l’impression qu’elle va dans le faux sens.”

Selon Jean-Christophe Bourquin, Municipal de la Sécurité sociale et de l’Environnement, le projet de bistrot social, s’il est accepté par le Conseil communal et la Ville, “fonctionnerait comme une plaque tournante entre les différentes structures existantes. Il permettrait entre autre de multiplier les interventions sur le terrain et la prévention.” Pour Ronnie, c’est bien là que réside le problème: “La Ville propose un projet qui existe déjà.” Quant à la prévention? “Cela fait quinze ans que je suis polytoxicomane et séropositif. Ce n’est pas maintenant que l’on va m’informer des dangers de la drogue.”

Au bénéfice d’un logement social à Aigle, c’est tous les jours qu’il se rend en train, à Lausanne. A chaque fois, c’est le même rituel: le jeu du chat et de la souris avec le contrôleur pour ne pas devoir payer son billet, puis l’arrivée à la Riponne et son trafic. Il est 9h30 ce matin, quand Ronnie débarque sur la place. Premières discussions et premières transactions: “Chaque matin, j’achète pour 60 francs de méthadone”, dont la moitié est revendue plus cher pour assurer le reste de la consommation journalière. Afin de garantir ces dernières, il devra trouver, tant bien que mal, 150 francs. Pour y arriver, il évoque les petites combines entre “potes”, les vols, les dépannes et parfois quelques prestations tarifées. Un sujet qu’il aborde à demi mot. Pour le reste de la journée, c’est entre la Riponne et les structures d’accueil que la journée se rythme. Parlons-en de ces structures dans lesquelles Ronnie se dit “aidé, conseillé, sans jugement.” Et pourtant: “Elles font toutes du bon boulot, mais chacune tente de défendre son business. Il n’y a aucun lien entre les structures d’accueil.” Un constat que les professionnels du terrain confirment.

Pour Jean-Christophe Bourquin, le bistrot social viendrait pallier ce problème: “Par ce projet, la Municipalité vise au décloisonnement des structures et à leur unification. Il est urgent d’entreprendre un rapprochement entre ces dernières.” Mais à deux mois des votations, entre toxicomanes et professionnels du terrain, c’est la même impression qui demeure: chacun bosse de son côté.

Un “non” le 30 novembre viendrait d’ailleurs retarder le projet de bistrot social, compte-tenu des deux objets soumis au peuple: “La conjonction de ces deux votations - révision de la loi sur les stupéfiants et dépenalisation du cannabis - est inquiétante, selon le municipal de la sécurité sociale.” Selon lui, le débat sur la légalisation du chanvre contamine celui sur la révision de la loi sur les stupéfiants. 

Qu’il s’agisse de Jean-Christophe Bourquin ou de Ronnie, tout deux espèrent que le bistrot social voit le jour en 2009; Un préalable indispensable, selon notre marginal ”pour la reconnaissance des toxicomanes et pour la réglementation de la fréquentation de la Riponne.”

* prénom fictif

Mehdi

2 Responses

  1. mitch
    | Répondre

     Merci pour cette enquête originale. Je reste malgré tout, comme l’interviewé, profondément dubitatif sur le rôle préventif de ce “bistrot social”.

  2. mary
    | Répondre

    Votez oui pour la révision de la LStup le 30 novembre!!

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