Terminus des tl : voyages aux confins de Lausanne

Ces lieux, c’est presque sûr, vous en avez déjà entendu parlé. Ou peut-être les avez-vous aperçus, affichés sur des écrans-horaires ou sur votre appli «tl». C’est presque aussi certain, ces lieux, vous n’y avez jamais foutu les pieds, à moins que vous ne viviez à proximité de l’un d’entre eux. «Eux»? Vous les avez sans doute reconnus, ce sont les terminus de bus. Parce qu’ils restent généralement hors des sentiers battus du Lausannois lambda, et que les quartiers excentrés où ils se trouvent peuvent révéler des facettes peu connues de Lausanne, les terminus des «tl» méritaient bien qu’on leur consacre un billet collectif. Alors tout le monde descend (en scrollant) et lit ce billet s’il vous plaît!

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Verdeil, Ligne 13

Verdeil, Ligne 13

En terminant un verre en terrasse avec un ami lausannois pure souche, je lui lance: «Je pars à la conquête d’une ligne de bus pour le blog! La 13, tu l’as déjà prise?». Et là, c’est le drame. Aucune idée de l’itinéraire emprunté par cette mystérieuse ligne, et encore moins d’où se trouve son terminus: Verdeil. Après des recherches approfondies (d’accord, j’exagère un peu), j’apprends que cette ligne part de Montbenon et traverse St-François pour aller terminer son parcours par-delà l’avenue Charles-Secrétan. Un trajet qui ne dure de bout en bout que neuf petites minutes. Et moi qui croyais m’aventurer en de lointaines contrées pour ce billet. Qu’à cela ne tienne, ma curiosité reste vive quant à la découverte d’un coin de ma ville encore inconnu. Je me rends donc à l’arrêt de Montbenon et y découvre avec tendresse un bus miniature. Je comprends désormais mieux pourquoi je n’ai jamais repéré cette ligne auparavant! Je monte à bord et constate que nous sommes en effet peu nombreux. Ceci explique cela, pas besoin d’un bus à deux étages pour asseoir trois personnes.

Après avoir dépassé les très classiques arrêts St-François, Benjamin Constant et Mon Repos, la ligne 13 offre le luxe d’un crochet par le Val d’Anniviers (Chandolin). Je découvre une partie de la ville que je ne connais pas du tout. Ce bout de quartier me fait penser à un village, avec de belles maisons individuelles et quelques petits commerces. Puis, deux arrêts plus tard, le terminus tant convoité fait son apparition: Verdeil est là, sous mes yeux! Il s’agit d’une petite place nichée dans un virage, sereinement installée sous un arc de verdure. Peu de voitures y passent, personne ne monte, personne ne descend (je suis alors la seule passagère à bord). Dans ce coin de la ville, plus de blocs, plus d’immeubles à plusieurs étages. Seules de grandes résidences avec terrains se côtoient poliment et à distance raisonnable. Tout est calme, je ne me sens même presque plus à Lausanne. Et ça me donne envie d’aller voir d’autres terminus, qui me permettront d’explorer encore plus cette ville que j’affectionne tant. Manon


Désert, Ligne 2

Désert, Ligne 2

Ne vous méprenez pas, on est loin des panoramas époustouflants du Sahara ou de l’Atacama… L’environnement autour du terminus «Désert» de Lausanne, tout au bout de la ligne 2, est monotone, à l’instar des paysages parfois répétitifs typiques des zones arides mais avec le spectacle de l’exotisme et la beauté d’une nature infinie en moins… Sans doute baptisé de la sorte car situé à l’extrême ouest de la ville, au bout du chemin de Pierrefleur, ce terminus est un cul de sac dans toute sa splendeur, et arrivé ici, l’automobiliste n’a d’autre choix que de rebrousser chemin. Pas de dunes donc. Aucune trace d’oasis non plus. En revanche, du béton, du bitume et des humains qui occupent densément l’espace.

Tout au bout du chemin de Pierrefleur, un peu plus loin que le terminus, l’horizon s’ouvre toutefois progressivement et derrière les immeubles, le gris bétonné se raréfie, laissant peu à peu place au vert des pâtures, au doré des champs de blé, comme des résidus de paysages telluriques où l’homme de la Cité n’a pas encore élu droit de pavé. Ici donc se trouve peut-être le seul intérêt à visiter «Désert»: ce quartier est un véritable trait d’union entre urbanité et ruralité, à la fois chapitre conclusif de Lausanne et introductif du Gros-de-Vaud . Yoan


Timonet, Ligne 18

Bon sang! Me voilà confronté à l’exercice ultime. Développer un paragraphe entier sur un terminus dont tout le monde s’en fout. Allez, au taquet Mathieu, il te suffit de raconter tout ce qui peut bien te passer par ta tête et ptet que t’auras un truc à dire. Il est vrai que curieusement je ne me suis jamais intéressé à où ce bus pouvait bien se rendre au-delà de mon arrêt.

Allez, voici venu le moment de partir à l’aventure en terres inconnues. Où ce bus va-t-il bien m’amener?! Était-ce donc cela les sensations qu’a ressenti Christophe Colomb lorsqu’il est parti à la découverte du nouveau monde?! Y’a-t-il des indigènes?!

Timonet, Ligne 18

Je commence mon périple en constatant le nombre spectaculaire de concessionnaires en automobiles sur la route. Hyundai, Porsche, Bentley, Citroën sont parmi les quelques-uns que j’ai remarqué. A croire qu’ils se sont mis d’accord. «La ligne 18, vous arrivez en bus et vous repartez en voiture», voilà un bon slogan. Bref, au fur et à mesure que ce bus continue son chemin, je perds le mien. Les arbres se transforment en petites prairies, les piétons se raréfient et les immeubles deviennent des maisons. Même les odeurs deviennent différentes. Une sorte d’odeur de verdure semi-campagnarde. Quelle horreur! Je veux retrouver ces bons gaz d’échappement du centre-ville! Voilà que j’arrive dans un joli petit village.

– Ah ! Mais c’est Crissier? 
– Oui monsieur. Me répond une paysa.., pardon, une locale assise à côté de moi.
– Mais où sont passés les centres commerciaux?
– Crissier, ce n’est pas seulement des centres commerciaux monsieur.  

Je crois que cette dame me prend pour un con.     

Le bus continue et me voilà arrivé à destination. Mon premier constat est que je suis déjà venu ici car il y a… vous l’aurez peut-être deviné… le plus grand concessionnaire auto de la Suisse romande juste à côté bien évidemment. Je vous avais dit que la ligne 18 est faite pour ça moi j’vous dis!

Timonet, Ligne 18

Bref, me voilà à l’intersection de l’industrie, la campagne et la ville. Mais ce qui m’intéresse le plus n’est pas la culture de pommes sur ma droite, ou le joli village derrière moi et encore moins les jolies voitures 100m devant. Je veux aller jeter un œil dans le cimetière. Il a l’air sympatoche ce cimetière après tout. Après 5 minutes à apporter ma compagnie aux défunts et n’ayant aucune réponse de leur part, je laisse tomber car décidément les morts n’ont jamais appris les bonnes manières. Je marche avec les tongs, très adaptées, dans la brousse le long de la route car il n’y a pas de trottoir. Les automobilistes me regardent avec curiosité en se posant exactement la même question que moi «Qu’est-ce que je fous ici?». Avant de revenir, une dernière petite observation sur la rue qui fut l’origine du nom de ce terminus. Constat: il n’y a rien. Un coup d’œil sur la culture de pommes. Je fais une photo de la pancarte qui indique que l’on peut venir acheter directement au producteur. Peu probable que je le fasse mais on ne sait jamais. Je retourne à l’abribus et rentre pour retrouver mes repères dans mon bon vieux Lausanne. Ouf! Mathieu


Faverges, Ligne 12

Faverges, Ligne 12

Faverges, dès le départ, ce nom m’a intrigué. Comme d’habitude, mon esprit imaginatif m’a entraîné sur ses flots tumultueux. Faverges… à quoi allait donc ressembler ce point unique et pourtant noyé parmi tant d’autres sur la carte lausannoise? Serait-ce un quartier parmi tant d’autres sans charme particulier? Un lieu encore vierge de construction (dans ce quoi pourquoi un arrêt de bus…)? Un coin glauque au possible? Ou au contraire un charmant petit quartier où ses habitants vivaient paisiblement? Faverges… aurait-ce un lien avec la chocolaterie Faverger? Le suspens n’a pas tardé à s’étioler. Ce terminus de la ligne 12, opposé à celui bien plus connu qu’est Monbenon, est situé le long du tranquille «Chemin des Faverges». On trouve a ses côtés une place de jeux et à proximité un peu plus haut dans la rue une petite Coop, sans doute bien utile pour les besoins alimentaires du coin. Loin d’un terminus mort et abandonné, Faverges est bien utilisé par les nombreux habitants du quartier. On est ici toujours bel et bien en pleine ville. C’est un endroit peuplé d’immeubles manquant d’originalité, ou tout de moins d’un peu de charme, mais heureusement égaillés par les arbres et jardins qui les entourent. Zone 30, le coin semble paisible et n’était troublé lors de ma visite que par les babillements de deux fillettes attendant le prochain bus, la musique d’un adolescent assis sur un banc et le bruissement des feuilles des arbres caressées par le vent. Camille


Montolieu, Ligne 41

Montolieu, Ligne 41

Moins aventureux que mes collègues blogueurs (et peut-être surtout plus paresseux), j’ai simplement sélectionné le terminus à proximité duquel j’habite actuellement, je cite: Montolieu. Dommage d’avoir amputé le nom de ce terminus car le quartier alentour ne se dénomme certes pas Montolieu, mais Isabelle-de-Montolieu! Ah, Isabelle… Un de ces noms qu’on entend plus tellement, mais dont la sonorité n’est pas pour autant devenue vieillotte à mon sens, au contraire des «Gertrude» et autres «Germaine». Isabelle de Montolieu (1751-1832), c’était donc le nom d’une femme de lettres vaudoise, romancière et traductrice, amie d’enfance d’un certain Jean-Jacques Rousseau. La brave dame, pas de veine, a fini sa vie paralysée… à Vennes! (j’exerce un monopole sur les jeux de mots pourris au LBB 😉 ). Sans doute quartier très calme et campagnard en son temps, Isabelle-de-Montolieu est devenu un quartier populaire, à l’image des quartiers de Praz-Séchaux et de Boveresses. En effet, avec la construction du contournement autoroutier de Lausanne à proximité, il s’est agit de caser là, dans de grands immeubles à l’esthétique très hlm-esque, essentiellement la main d’œuvre lausannoise besogneuse mais peu rémunérée.

Tout comme le terminus Désert exploré par Yoan, les éventuels automobilistes égarés ici n’iront guère plus loin et seront renvoyés d’où ils viennent par un cul de sac en virage. Comme Désert également, on est ici à la frontière entre ville et campagne, dans un environnement, autoroute et immeubles exceptés, pas si horrible que ça puisque des bois entourent les lieux et que celui de Sauvabelin ne se trouve qu’à quelques pas. Mais ne connaissent le terminus de Montolieu, reconnaissons-le, que deux types de personnes: 1) les habitants du quartier ;  2) les chauffeurs tl qui certainement affectionnent le lieu, avant toute chose, pour la pause pipi qu’il permet (cf. maisonnette à côté de l’arrêt). Lucien


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