CdL 7 : Anne profite de la sagesse de ses aînés, attend un taxi, et accepte une proposition.

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« Allô ? Oui, bonjour, Anne de la Harpe à l’appareil. Ce serait pour un taxi à… » la suite s’échappa des lèvres d’Anne en mode automatique, c’était au moins la centième fois qu’elle demandait un taxi pour aller en ville, et elle fut presque surprise que la réceptionniste ne l’interrompe pas en disant « Bien sûr, Anne, un taxi comme d’habitude. Vous êtes toujours à Epalinges ? ». En l’occurrence, la dame, dans l’un de ces micro-casques qui font grésiller des milliers d’appels commerciaux à travers le monde, avait attendu qu’elle ait fini, et avait exigé une destination sur un ton que toute trace d’empathie avait définitivement déserté. « Je l’ignore », lâcha Anne, et elle se rendit compte qu’elle n’avait effectivement aucune idée d’où aller.

CdL 6 : Max compte les aiguilles de sa montre, se remémore la Ficelle, et n’est peut-être pas dupe.

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« Che que je veux dire… Ce que je feux dire… Ce que je veux – aHA, j’y suis arrivé ! – dire, c’est que la réalité de la ché… ché… série, dans la définition de Sartre, n’est perceptible in fine que dans l’œil de l’observateur, et non dans une quelconque – hips ! – évidence ontologique. Les gens qui font la queue pour monter dans le bus ont le même but, mais ils ne sont pas disoss, désosss, dissociables d’un type qui, par exemple se trombe de pus… se trompe de bus. » Samuel souleva son verre en guise de coda à un argument qui lui semblait d’autant plus efficace que physiquement éreintant.

CdL 5 : Emilien sur le terrain de chasse des grands fauves.

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D’après le très sérieux site officiel de la ville de Lausanne, le XIIIème siècle, « [a]ménagé dans d’authentiques caves du XIIIe siècle, […] a été ouvert en 1971 à l’instigation d’un groupe d’étudiants de l’Université, désireux de créer un lieu de rencontre original. Voûtes, murs de pierre, éclairage tamisé, bancs en bois et fauteuils de cuir lui confèrent une atmosphère conviviale et intime. L’ambiance y est plutôt festive: Le XIIIe siècle possède en effet une piste de danse et organise des concerts, ainsi que diverses soirées à thème. » Il n’en avait guère fallu de plus à Emilien pour le décider à aller y traîner à la fois ses guêtres, le mal de crâne de la nuit précédente, et le poids des opportunités qui s’ouvraient à lui.

CdL 4 : Max cesse d’attendre, et sort enfin de chez lui.

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Pour la trente-septième fois depuis qu’il était rentré à l’appart’, Max cliqua avec détermination sur le petit bouton « Relever le courrier » de sa messagerie. Puis, comme les trente-six fois précédentes, il vérifia l’état de sa connexion, les voyants de son routeur, ouvrit un onglet et tenta d’accéder à un moteur de recherche bien connu, obtint une page d’accueil qu’il ferma immédiatement, soupira, s’avachit sur sa chaise, étirant sur son début de bedaine le smiley orange qui ornait son t-shirt, saisit d’une main distraite une poignée de bonbons qu’il mâchouilla sans les goûter, et s’apprêta à réitérer les opérations. Il était très exactement vingt heures quarante-quatre, un vendredi soir. Trois semaines très exactement qu’il avait envoyé son message. Et trois semaines qu’il n’était sorti de chez lui que pour aller travailler, à quelques exceptions près.

CdL 3 : Emilien rencontre des autochtones, et cherche une lentille.

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Emilien programmait. Le silence de la salle où on avait eu la gentillesse de l’installer enveloppait confortablement le cliquetis de ses doigts sur le clavier, et il se détendit un peu. Le réveil avait été exactement ce à quoi il s’attendait. Après la sonnerie d’un vieux téléphone qui avait vibré plus que sonné et l’annonce d’une voix dont il n’avait pas su déterminer si elle était humaine ou automatique, la première sensation qui lui était parvenue était le goût de mort et de désolation – ainsi que celui des regrets des lendemains de beuverie sans âme, infiniment plus amer – qui envahissait sa bouche, suivi de peu par l’odeur de l’ancestrale poussière de sa chambre, guère plus guillerette dans la lumière blafarde du petit matin. Un fantôme de parfum de femme venait de temps en temps se mêler à sa déprime, et l’un dans l’autre, il avait décidé qu’il allait passer une mauvaise journée.

CdL 2 : Anne résout la question du rire des mouettes, et répond à côté.

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« Je pense nous acheter un Porsche Cayenne », Thierry avait lancé après le traditionnel petit silence post-ristretto satisfait de leurs débuts de samedi après-midi au Château d’Ouchy. « C’est pratique, c’est spacieux, c’est joli… » Il tentait de la convaincre en utilisant ce qu’il considérait sans doute comme « ses arguments à elle ». Il allait faire un petit discours gentil sur ce que sa future voiture de prestige allait amener à leur bien-être au quotidien, sur le fait qu’elle y trouverait forcément son compte, et tout ça. Perdue dans les yeux de son chéri, Anne décida de se laisser convaincre sans opposer une quelconque résistance, ce qui allait lui permettre de penser au fait que John Barry était mort dans la semaine, et à quel point elle appréciait les bandes originales des vieux James bond qu’elle regardait avec son Papa quand elle était petite.

CdL 1 : Emilien ne brille pas ce soir.

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La chambre était exiguë, sombre, et pas exactement idéale. Une commode ornait un coin, munie d’un cendrier propre, et d’un exemplaire typique de la littérature hôtelière. On y apprenait, au détour d’une série de retournements de situation que n’auraient pas reniés Chandler ou Ellroy, que l’hôtel était doté d’un accès internet gratuit, que l’équipe était tout entière dévouée au lecteur, et que dans le cas improbable où il manquerait quoi que ce fût pour faire du séjour une approximation encore plus précise d’un petit coin de paradis, il suffisait de composer le zéro sur le téléphone pour contacter la réception.

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