CdL 22 : Boys’n’toys

Posté dans : Feuilleton 1

Posé sur le sol, adossé à son lit, Max appuya sur start, inspira, serra d’une main sa manette et épousseta une miette de Zweifel de l’autre. Son compteur de combos était ridiculement élevé, et l’euphorie d’une victoire chèrement acquise le faisait grimacer de bonheur. Emilien dans le fond de la pièce farfouillait dans l’épouvantable fatras de machines, de fils, et de consoles vintage que Max avait accumulées au fil des ans en l’encourageant de temps en temps, suivant l’histoire d’une … Lire la suite

CdL 21 : Sal s’enterre un moment

Posté dans : Feuilleton 1

Sal, après son aventure avec la vieille Dame (dans sa tête il lui mettait une majuscule), avait fui la Riponne, le Centre, tout Lausanne ou presque. Il avait couru, couru pendant des heures et des heures, en cercle de plus en plus grands, vers le Nord, toujours plus au Nord, pour oublier la brûlure, pour oublier le porte-monnaie qu’il avait néanmoins serré dans sa main avec tant de rage que son poignet, quand il s’arrêta, semblait ne plus jamais vouloir … Lire la suite

CdL 20 : Stop

Posté dans : Feuilleton 0

Objectivement, elle n’avait jamais autant pris son pied. Le souvenir du dernier orgasme envahit Anne d’un vertige nauséeux, teinté malgré tout des lueurs d’une euphorie bien trop courte. La neige avait cessé d’un coup, et quelques bourrasques avaient suffi à dégager un ciel bleu pâle. Des enfants en écharpe chahutaient à l’avant du métro, un peu plus loin, sous le regard de quelques vieilles dames assises. Elle jeta un œil à son reflet, mais n’y vit qu’une fille plus grande … Lire la suite

CdL 19 : Emilien dans ses murs

Posté dans : Feuilleton 0

Emilien ouvrit pour la quinzième fois l’un des cartons étiquetés « Divers » qui jonchaient encore le sol de son deux pièces. Dedans : -Une collection de jeux vidéos (1996-2002) sur PC, injouables sur sa machine actuelle, tous emballés encore dans leurs boîtes d’origine. A l’époque, la bâtardisation du CD et du DVD couplée à la longue tradition des jeux sur disquette signifiait qu’il n’existait aucun standard, et les grosses boîtes presque vides aux couleurs des 90’s vieillissantes semblaient rivaliser avec les … Lire la suite

CdL 18 : Amandine récapitule tout ce qui s’est passé en 2011

Posté dans : Feuilleton 0

Les Chroniques de Lausanne 18 : Vidéos tirées du compte Youtube de la dénommée Amandarine (14 ans). Vidéo 1 – 6 décembre, 13:27 : Amandarine en force !!!!!!! Un appartement cossu du sud lausannois. On voit parfois, lorsque l’image cesse de trembler, le lac qui semble commencer juste sous les fenêtres. L’image vacille souvent, et un doigt passe régulièrement sur l’objectif. Quelques secondes après le début, l’image s’arrête, et le visage mal cadré mais souriant d’une adolescente apparaît soudain : « Voilà, alors bonjour … Lire la suite

CdL 17 : Sal et la vieille Dame

Posté dans : Feuilleton 1

En chiens de faïence, la vieille Dame et Sal se regardaient, baissant chacun leur tour la tête pour localiser sur la table leur tasse de café, ou le petit morceau de tarte aux pommes chaude qu’elle avait commandée pour lui, mais dans lequel, l’air de rien, elle prélevait allègrement. Elle ne lui avait posé aucune question, quant à lui, il avait simplement oublié avoir jamais eu des cordes vocales. En face de cette dame qui le regardait, même la Voix … Lire la suite

CdL 16 : No future in Lausanne’s dreaming.

Posté dans : Feuilleton 2

« Excusez-moi, vous auriez pas cinq francs pour aller à la Marmotte ? », Sal soupira. Il était bien clair, pour lui comme pour sa potentielle bienfaitrice qu’étant donnée l’heure matinale, il ne resterait, à l’heure de rejoindre ledit rongeur, qu’un mensonge de plus. Il avait fait son plus beau sourire à cette vieille dame très élégante, qui le dévisageait l’air impassible en sortant de Manor. Elle ne semblait guère sous le charme. Cela dura une seconde. Puis deux. Puis … Lire la suite

CdL 15 : Emilien s’occupe comme il peut.

Posté dans : Feuilleton 0

Emilien soupira en rangeant le dernier dossier inintéressant ouvert sur son bureau. Il avait un bac, un bachelor, et un master, qu’il avait réussis respectivement moyennement, facilement, et brillamment, en vertu de la loi fort simple qui veut que l’on réussit mieux ce qui nous intéresse le plus. Après un stage nécessaire qui lui avait enseigné que le monde du travail estimait qu’on pouvait vivre sans manger quand on était jeune, il était resté dans une boîte qui lui avait … Lire la suite

CdL 14 : Anne découvre son problème.

Posté dans : Feuilleton 0

« Tu vois, ton problème à toi, Anne, c’est que tu sais très bien comment ça marche, mais que tu fais comme si ce n’était pas le cas. » Anne s’avachit un moment sur sa chaise. Il lui tardait depuis si longtemps de savoir ce qu’était son problème qu’elle ne pouvait plus attendre. Saskia était enfin arrivée, avec son proverbial sens commun, sa connaissance intime des mécanismes secrets qui régissent ce qu’elle appelait – à tort – l’inconscient collectif, et … Lire la suite

CdL 13 : Emilien et les ésotéristes.

Posté dans : Feuilleton 0

De l’extérieur, l’immeuble ne payait pas de mine : Un cube de béton gris, sur lequel avait un jour été étalée une peinture blanche dont on ne voyait guère plus que les coulures. Il avait dû être moderne – peut-être même rutilant – un jour, mais il donnait l’impression d’avoir appartenu à des gens très bien qui néanmoins portaient des pattes d’éléphant et essayaient de faire pousser leurs afros comme ils le pouvaient. Emilien s’imagina un instant l’odeur du fer à friser, avant de s’engouffrer dans le hall sombre de l’immeuble.

CdL 12 : Lausanne en mode Star Wars.

Posté dans : Feuilleton 0

Rentré à Lausanne, ce dimanche après-midi d’hiver, avec ses deux nouveaux amis, Emilien huma l’air du centre, sur une petite place sympathique quoique rendue plus grise encore par l’humidité ambiante. « Pépinet », lui avait lâché Max, avant de souffler dans ses mains rougies par le froid. Quelques voitures, ça et là, troublaient les rues qu’il avait connues la veille bien plus animées. Samuel, fort docte, avec une voix chaude qui dépareillait fortement avec sa grande silhouette dégingandée, lui avait expliqué qu’ici, le dimanche, il n’y avait guère que le coeur qui battait.

CdL 11 : Agathe et Marcelo.

Posté dans : Feuilleton 0

« Alors comme ça, avait soudain interrompu Tante Agathe, fixant Emilien d’un regard perçant où se mêlaient bienveillance et moquerie, vous êtes de passage à Lausanne. » Ce n’était pas une question. C’était une description exacte de tout ce qu’elle avait jugé pertinent de retenir de lui pour l’instant, tout en paraissant être un moyen facile de feindre l’intérêt, tout en étant une manière fort subtile d’en montrer malgré tout. Parler avec la Tante Agathe, observa Max, c’était entrer dans un labyrinthe où chaque mot était un piège, où chaque intonation était une paroi semi-transparente, où chaque pause n’était qu’un répit avant qu’une trappe ne s’ouvre sous les pieds de l’interlocuteur, qui s’il n’avait pas le cœur bien accroché finirait au mieux par fuir, au pire par passer pour un imbécile.

CdL 10 : En voiture, en silence.

Posté dans : Feuilleton 0

Lorsqu’il prend à quelqu’un l’envie – fort saugrenue, je vous l’accorde – de s’éloigner du centre de Lausanne, et plus particulièrement de partir en direction de l’Est, il s’en faut de très peu, pourvu que l’on soit en voiture, pour se retrouver non plus à Lausanne mais dans l’une des communes avoisinantes qui, si elles font partie de l’agglomération générale, sont néanmoins distinctes sur plusieurs points que nous ne développerons pas ici pour ne pas colporter la rumeur selon laquelle à l’Est, tout le monde est riche et de droite. C’est ainsi qu’Emilien, fort d’un vendredi à fort taux d’alcoolémie, et d’une fin de samedi à peu près aussi incompatible avec le mode de vie préconisé par les hygiénistes que l’ablation d’un organe majeur, suivie d’une courte nuit de sommeil tanguant, s’était soudain aperçu entre deux pics de mal de tête qu’ils venaient de quitter Lausanne pour un endroit nommé Pully.

CdL 9 : Sal fait taire sa Voix.

Posté dans : Feuilleton 0

« Tu vois, le Manteau Noir, c’est un ancien flic de Zürich, un dur de chez dur, qui a bossé toute sa vie pour coincer des junkies, et puis un jour il a dû partir à la retraite, parce que ses supérieurs, tu vois, il commençait à leur faire peur. Parce qu’il avait des méthodes de faf, de vrai, de dur. Mais tu vois, au lieu de partir picoler des p’tits verres de blanc dans son village d’origine, il s’est enfermé chez lui, le mec, et le soir il a commencé à gamberger, tout seul dans sa chambre, avec juste sa collection de flingues chez lui. Et la journée, il venait traîner sur les lieux où il avait sévi, tu vois ? Et puis ils l’ont découvert un jour, en train de tabasser un type. Alors il a fait jouer ses relations pour échapper à la taule, le type il en restait rien, tu vois, il avait plus de dents, il avait plus de face, mais le gars il s’en est sorti comme ça, « pfuit ! ». Mais ses vieux potes de la police, ils lui ont dit de partir, qu’il se faisait du mal, qu’il allait finir par se faire planter un soir, ou se retrouver en taule. Alors il a déménagé, il est venu à Lausanne, et depuis, il rôde autour de la Riponne, et quand il voit un junkie, ça le démange, et si il est tout seul, le gars, en train de faire son fix tranquille ou de délirer dans un coin, il l’emmène avec lui, et il le fait disparaître. Son grand manteau noir est la dernière chose qu’il voit, et après le silence. C’est Long John qui m’a raconté ça, une fois qu’il était calme ».

CdL 8 : A friend in need is a friend indeed.

Posté dans : Feuilleton 0

Lausanne devrait, selon toute logique, avoir pour coeur sa plus grande agora, l’endroit le plus propice où pourraient se rencontrer ses autochtones, ses visiteurs, et tous ceux qui par hasard découvriraient l’endroit. La Place de la Riponne, entourée qu’elle est des fastes oripeaux de son ancienne université – payée par un aristocrate russe et néanmoins lausannois par sa mère –, n’est à l’heure actuelle qu’un casse-tête de plus pour la municipalité, laquelle, consciente sans doute du fait que le centre historique de la ville ne comporte aucun espace susceptible d’y installer du monde l’espace d’un soir, se demande comment il est possible que la Cité grouille à chaque début d’été comme une boîte de sardines, alors qu’il y a toute cette place à deux pas… Le Lausannois est un animal certes curieux, mais aussi méfiant, et il semble préférer observer la Riponne depuis une petite terrasse juste au-dessus, en buvant pourquoi pas une bière au Great Escape, plutôt que d’errer sans but sur la grande place vide et entièrement dénuée de bière. C’est ainsi que la Riponne ne sert que lors des grandes occasions et des marchés, et ne se remplit d’enfants et d’adultes que lorsque ceux-ci n’ont pas envie d’amener ceux-là au bord du lac pour y faire du patin à roulettes. La platitude, denrée rare s’il en est, est alors appréciée des petits garçons et filles en patins ou trottinette, qui malgré tout y tombent souvent et pleurent un moment pour montrer qu’ils n’ont pas vraiment eu mal mais quand même.

1 2 3 4