«T’aimes pas ma musique, je le vois dans tes yeux.»

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Les rues lausannoises sont parfois les témoins de drames artistiques. Votre aimable conteur en a fait les frais pour le plus grand plaisir (je l’espère !) de ses lecteurs.

Il était une fois, la graine de star oubliée des maisons de disques hexagonales, le Frank Alamo des bals de provinces, le King des girons broyards. Cette révélation musicale nous vient de loin, très loin, aux confins de l’Algérie. La route fut longue jusqu’ici, semée d’embûches. Mais mélomane invétéré, à la manière d’Amel Bent, l’homme garde le point levé. Muni de son discman, il bat le pavé de Lausanne « à la recherche de son public », pour nous faire goûter le meilleur de ses orchestrations. C’était jeudi dernier pour une rencontre du troisième type. Laissez-moi Messieurs, Dames, vous présenter Kader a.k.a DebarKader. En avant la musique !

La soirée n’avait pourtant rien de lyrique. Un resto, la nuit, des rues assoupies par le froid mordant, et une cigarette, à l’extérieur. Bref à mille lieues de considérer toutes les merveilles qui allaient s’offrir à moi. Et puis soudain le miracle se produit. Les ténèbres expulsent une silhouette surprenante : Bombers, jeans et mocassins compensés. Ouh la ! Mais sans m’en apercevoir, il est là, devant moi et débute : « Bonsoir, excusez-moi de vous déranger. J’m’appelle Kader, suis musicien. J’viens d’sortir d’une interview à Couleur3 pour promouvoir mon dernier album. En ce moment, j’écume les bars de la ville à la recherche de mon public, et pour faire découvrir ma musique. J’ai avec moi mon dernier CD que j’aimerais vous faire écouter. Il dure 33 minutes et se compose comme une Odyssée. Une Ode à mon pays, l’Algérie. Moi c’est Kader a.k.a DebarKader. Je vous propose de vous laisser charmer par la magie de mes sonorités.»

Groggy par cette éloquence, persuadé de m’être fait soudainement Susan Boylé à la manière de Simon Cowell, je m’exécute. Ni une, ni deux, mes auriculaires goûtent aux premières notes d’une partition sans nom. Un dernier mot peut-être : « Je vous laisse embarquer pour les rives de la Méditerranée. Bon voyage ! Nous sommes partis pour la traversée…»

Soudain, le klaxon du paquebot se fait entendre. J’en oublie le froid. Me voilà à Marseille, humant les embruns marins. La chaleur, la brise salée sur le visage. Puis je me vois, courant pieds nus, sur les plages de sable de Bedjaïa, les enfants qui jouent. Ah oui… Kader avait raison. Sans prévenir, il change de chanson, pour nous faire partager le meilleur de ses medleys. La mélancolie me gagne. Je repense soudain aux proches vivant si loin. Douce parenthèse nostalgique.

Dans le froid anesthésiant, mon regard s’élève. Kader le remarque : « T’aimes pas ma musique ? » Comme arraché du douillet ventre maternel, je lui réponds, balbutiant : « En fait, j’crois que c’n’est pas trop mon style. » Alors « c’est quoi ton style ? Car ça mec, c’est du rockabilly ! » Ah du rockabilly ! Un nom qui me transporte à nouveau sur les rivages de l’Algérie… Mais Kader n’est pas de cet avis. Son public est là, quelque part, il en est sûr. Sûr aussi qu’il animera vos soirées. Il a dans tous les cas illuminé la mienne.

Soudain, il s’en va, comme il était venu. Son départ me laisse dans une douce rêverie. L’œil brillant, je repense encore aux premiers arrangements de « Hey hey Alger, here I am », aux cuivres de « Tamanrasset, je ne t’ai pas oublié ». Et puis, la soudaine envie de relater cette expérience, de la poster. Oui, Ô oui, de la publier sur le LBB, non sans une once de deuxième degré je l’avoue. Votre aimable conteur se complaît parfois à répandre son venin… souvent sur de petits riens.

Mehdi

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Mehdi

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