Sur les traces parisiennes d’un jeune réalisateur lausannois.

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[Reportage]. Le temps d’un week-end, le Lausannebondyblog s’est invité au sein de l’équipe du réalisateur Jérémie Hartmann. Son court-métrage, « Sans Elle » y était sélectionné à Paris, lors d’une soirée dédiée aux jeunes talents. [VIDEO en +]

Qui connaît le cinéma suisse ? « Pas moiiiiiiii », pourraient dire nos voisins étrangers. Qui veut faire du cinéma en Suisse ? « Pas moiiiiii », pourrait dire Jérémie Hartmann. Car faire des films, des bons et se faire reconnaître comme tel, c’est déjà dur. Alors imaginez le faire en Suisse, c’est presque impossible. Pourtant, il y en a qui y croient dur comme fer et ils ont raison. A 28 ans, Jérémie Hartmann fait parti de cette génération kamikaze que rien n’effraye, pas même le manque de perspectives et de reconnaissance. C’est la loi du paysage cinématographique helvétique et de la politique de son représentant, Nicolas Bideau. Salué par une petite minorité du métier, Mr. Cinéma Suisse l’est beaucoup moins par ceux qui débutent. En cause, les grandes largesses financières de son département aux « blockbusters » alémaniques et les maigres subventions aux autres œuvres réalisées. Je vous le donne en mille, Jérémie Hartmann ne fait de loin pas parti des nantis. Pour lui, comme les autres de sa catégorie, c’est système D. Les plus motivés persévéreront. Les autres abandonneront.

Pourtant, rien n’est impossible et comme dit l’expression consacrée, qui ne tente rien n’a rien. Loin des écoles de cinéma, des réseaux, Jérémie mène sa barque et finance ses films en épargnant sur son salaire à la FNAC. Après plusieurs réalisations, il présente tous azimuts sa dernière mouture, « Sans Elle », son court-métrage de 10 minutes le plus abouti, « sa carte de visite », comme il dit. Un quatrième opus et un budget unique de 15’000 francs. Une somme dérisoire soulignant les difficultés des jeunes réalisateurs suisses à lever des fonds pour leurs productions.

C’est à l’époque du tournage, en 2008, que nous nous sommes rencontrés. Je m’en souviens encore. C’était en mai dans le décor naturel du parc Mon Repos de Lausanne. Sur le plateau, la tension était palpable ; une scène, la plus intense du film, 15 plans-séquences et une météo capricieuse. Pour l’aficionado que je suis, le professionnalisme et la volonté du jeune homme m’impressionne. Il filme, dirige les acteurs et gère les dix personnes de son équipe, pour la plupart bénévoles.

Me v’là, Paris

Un an après, le réalisateur en a fait du chemin. Un parcours semé d’embûches et de drames personnels. Après plusieurs tentatives de subventions auprès de Swissfilms pour distribuer son film et autant de refus, le jeune homme ne désespère pas. Et quand la situation est bouchée, mieux vaut s’exiler…….. en France. En novembre, il présente son film à Paris, aux côtés du réalisateur Gaspar Noé. Et dernièrement, c’est à nouveau à Paris qu’il le présente. Cette fois j’y étais. C’était à la fin du mois de février, à l’occasion du MySpace Total show. Un event destiné aux jeunes réalisateurs, comme aux acteurs et à une multitude de wannabees du milieu artistique. Bref, une vaste opération réseautage essentielle. La soirée aura lieu sur une péniche accostée à la Seine, à Bercy.

On se rencontre dans l’après-midi près de la place d’Italie, le temps d’un déjeuner. Accompagné de deux acteurs du film, Jérémie est aussi stressé qu’excité par la soirée qui se prépare. Moi aussi. Sur les coups des 18 heures, nous nous retrouvons devant la péniche. Sapé sur son 31, le réalisateur salue des collègues et amis, tous rencontrés sur MySpace. Les invités embarquent, la soirée débute, les cartes de visites giclent. J’observe scrupuleusement Jérémie dans son opération réseau. Il faut dire qu’il fait face à deux handicaps : être suisse et se faire connaître. Dans une gouaille toute parisienne, pas facile de faire disparaître la retenue toute helvétique. Mais le lausannois s’en sort plutôt bien.

Entre deux verres et quelques serrages de mains, l’organisatrice lance les projections. Une dizaine de court-métrage et autant de réalisateurs. Mon intérêt et par la même occasion celui de l’équipe du film va vite déchanter. Organisation merdique, problème de son, de matériel qui flanche, la projection tourne vite au désastre. Trop occupée par ces problèmes, l’organisatrice fait l’impasse sur la présentation des œuvres projetées. Un coup dur pour l’équipe du Lausannois et pour les autres. Dans ces moments là, il faut savoir prendre sur soi.

Et Cannes

Deux heures après les premières projections, c’est au tour du bébé de Jérémie Hartmann. La tension monte, le réalisateur capte les réactions de l’assistance. Le silence est quasi religieux pendant la dizaine de minutes de diffusion. Puis c’est la délivrance et les congratulations. Une satisfaction toute relative si l’on omet les quelques bugs occasionnés par les problèmes de matériel de l’équipe de la soirée. Autant de petites choses qui irritent Jérémie Hartmann et les nombreux invités. Ceux-ci le font savoir à l’organisatrice. En guise d’excuses, celle-ci ne trouvera que les pleurs. Une situation embarrassante, mais qui nous amuse.

Il est passé 1h du matin lorsque nous quittons la péniche. Entre deux rires sur l’organisation déplorable, peut-être pour mieux relativiser, nous regagnons nos hôtels. Pari gagné pour Jérémie Hartmann. Les bons contacts ont été pris, de quoi rebooster la machine. Son film a plu, son film a convaincu. La preuve ? La sélection de « Sans Elle » au short film corner de Cannes cette semaine. Une bonne nouvelle avant de retourner au boulot et de tourner le premier long métrage du Lausannois. Affaire à suivre.

www.myspace.com/jeremiehartmann et www.myspace.com/sans_elle_le-film www.1dfilms.ch

Mehdi

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