Solidarité Suisse Beyrouth : Lausanne au chevet de Beyrouth

Solidarité Suisse Beyrouth : Lausanne au chevet de Beyrouth

Les explosions meurtrières qui ont éventré Beyrouth il y a deux semaines viennent ébranler un pays économiquement et socialement éprouvé par la plus grave crise financière de son histoire. Face à cette tragédie, Ribal Bou Mjahed, Libanais d'origine et Lausannois d'adoption et de coeur, a décidé d'agir. Avec sa soeur Raya qui vit au pays, il a créé l'initiative citoyenne Solidarité Suisse Beyrouth. Un projet qui a suscité l'engouement de nombreux Lausannois et Lausannoises et qui a besoin de votre soutien.

Le 4 août dernier, l’explosion de 2’750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées dans un entrepôt du port de Beyrouth éventrait la capitale libanaise, causant la mort de plus de 150 personnes et la disparition de dizaines d’autres. En quelques secondes, 300’000 Libanaises et Libanais se sont retrouvés sans domicile. Soit une population équivalente à celle du Grand Lausanne : de St-Sulpice à St-Saphorin, en passant par Bussigny, le Mont-sur-Lausanne, Ecublens et toute la ville de Lausanne. Les coûts de reconstruction, encore difficiles à chiffrer, se monteraient selon le président libanais à plus de 15 milliards de dollars.

Or, cette tragédie touche un pays déjà au bord de l’asphyxie financière. Depuis une année, le Liban fait face à une paupérisation galopante de sa population en raison de la pire crise économique de son histoire : la livre libanaise a perdu plus de 85% de sa valeur, la dette nationale s’élève à 90 milliards de dollars et le prix du pain a augmenté de 50 à 70%. Dans ce pays jadis surnommé la Suisse du Moyen-Orient, près de la moitié de la population vit désormais en dessous du seuil de pauvreté.

Au LBB, nous avons été particulièrement touchés par cette catastrophe humaine. Le hasard a voulu que je fasse la connaissance de Ribal Bou Mjahed quelques semaines avant la tragédie. Au lendemain des explosions, ce Libanais résidant à Lausanne depuis sept ans a décidé avec sa sœur Raya, qui vit au pays, de créer l’initiative citoyenne Solidarité Suisse Beyrouth. Il nous parle de leur projet, de la générosité des Lausannoises et Lausannois et de son rapport à la ville.

Logo de l’initiative citoyenne Solidarité Suisse Beyrouth.

LBB : Qu’est-ce que l’initiative Solidarité Suisse Beyrouth ?
Ribal Bou Mjahed : Solidarité Suisse Beyrouth est une initiative citoyenne qui a pour objectif d’apporter une aide d’urgence à trente familles directement affectées par les explosions. Toutes les familles soutenues ne peuvent plus retourner dans leur foyer. Or, la plupart d’entre elles ont des enfants, parfois en bas âge. Afin qu’elles puissent se concentrer sur la reconstruction ou leur déménagement, nous leur offrons des aliments de base et des médicaments, ainsi que du matériel de protection contre le Coronavirus, qui n’épargne malheureusement pas Beyrouth.

LBB : Comment avez-vous sélectionné ces familles ?
RBM : Ma sœur qui vit au Liban s’est adressée aux ONG actives sur place. Ces ONG se sont regroupées pour dresser la liste des familles à soutenir afin d’éviter les doublons et les aides croisées. Nous avons ainsi reçu une liste de trente familles à soutenir.

LBB : Concrètement, comment fournissez-vous ces vivres et médicaments aux familles ?
RBM : Notre projet comporte trois phases. La première consiste à fournir à chaque famille un carton contenant suffisamment de nourriture pour deux semaines : riz, farine, pâtes, légumineuses, boites de conserve, lait, ainsi que des masques et une trousse de premiers secours. Nous prenons également en charge les traitements médicaux, notamment pour les enfants. Cette phase a déjà débuté et la distribution des vivres et médicaments aura lieu ce jeudi [N.D.L.R. 20 août]. La deuxième phase consiste à prolonger la première sur trois mois. Enfin, la troisième phase consistera, si les fonds sont suffisants, à contribuer à la prise en charge des frais de reconstruction des logements, en priorité des familles avec enfants ou personnes âgées.

LBB : De combien d’argent avez-vous besoin ? Et combien en avez-vous récolté ?
RBM : Fournir des vivres et des médicaments à trente familles pour deux semaines nous coûte environ 2’000 CHF. Pour le moment nous avons récolté environ 7’500 CHF, soit plus de la moitié de l’argent nécessaire au financement des deux premières phases. Pour la troisième phase, tout dépendra des fonds récoltés.

LBB : Comment financez-vous votre projet ?
RBM : Au début, j’ai surtout compté sur mon propre réseau lausannois. Mais rapidement le bouche-à-oreille a fait son travail et des gens que je ne connaissais pas ont souhaité nous soutenir. Ça m’a réellement touché et ma sœur et moi remercions l’ensemble des donatrices et donateurs pour leur générosité. Certaines personnes ont versé plusieurs centaines de francs.

Raya Bou Mjahed emballe des cartons de nourriture à destination des trente familles.

LBB: Quels sont les défis logistiques dans une telle situation de crise ?
RBM : En fait, dans un tel projet, il s’agit non seulement de récolter des fonds, mais aussi de les utiliser de manière intelligente. Afin d’offrir l’aide la plus étendue possible avec les moyens à notre disposition, ma sœur a fait le tour des fournisseurs alimentaires de la région pour dénicher les partenaires les moins chers. Grâce à elle, soutenir une famille pour deux semaines nous revient à moins de 75 CHF. En plus, notre projet contribue à l’économie locale, puisque nous ne travaillons qu’avec des entreprises familiales. 
Après avoir préparé les cartons de nourriture et de médicaments, il s’agit de les livrer en divers points de Beyrouth, voire en dehors de la ville. Or, cela peut se révéler très complexe en ce moment, en raison des problèmes de trafic, mais également des risques de tomber sur une manifestation. Mais nous tenons à nous rendre personnellement auprès des familles et à entretenir un contact régulier afin d’adapter notre aide à leurs besoins.

Une amie infirmière de Raya Bou Mjahed prend soin des blessés au lendemain des explosions.

LBB : Comment vous est venue l’idée de créer ce projet ?
RBM : Au lendemain des explosions, ma sœur m’a envoyé des photos. Elle accompagnait sur le terrain une amie infirmière. J’ai alors décidé de lui envoyer de l’argent pour qu’elle puisse apporter une aide directe sur place. Parallèlement, des amis lausannois ont eu vent des actions de ma sœur par les réseaux sociaux et m’ont appelé pour la soutenir financièrement. Après discussion avec elle, nous avons décidé de créer Solidarité Suisse Beyrouth afin de proposer un soutien mieux organisé et plus sérieux sur un moyen terme.

Comment expliques-tu ce soutien de nombreux Lausannois ?
RBM: Je pense que les gens ont confiance dans notre projet. Notre démarche est transparente et de proximité, puisque j’habite Lausanne, que j’y travaille et que j’y suis complètement intégré socialement. Pour moi, ce soutien des Lausannois me touche personnellement. C’est une sorte de reconnaissance de ma présence ici. Je me suis toujours senti bien à Lausanne, qui me rappelle à bien des égards mon propre village : point d’eau, montagne, rues pentues et même des cèdres. Je n’ai jamais ressenti de rejet ou de racisme en Suisse. Au contraire, Lausanne m’a accueilli tout d’abord comme étudiant, puis comme professionnel, ami, beau-fils et membre actif de la société. Maintenant quand je vais à Genève ou Neuchâtel, on rit même de mon accent vaudois. Et mes amis ici adorent mon houmous.


Pour plus d’informations sur Solidarité Suisse Beyrouth :
Instagram : solidarite.suisse.beyrouth
Facebook : Solidarité Suisse Beyrouth

Pour vos dons :
RIBAL BOU MJAHED
IBAN : CH28 0900 0000 1505 2996 5
PostFinance – 1012 Lausanne
TWINT : 079 197 73 93

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