Scrabble, tisanes et promenades du dimanche : plongée choc dans la banlieue lausannoise, à Belmont.

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Entre la COP21 et les attentats de Paris, le climat à l'international est tendu. À Lausanne, l'ambiance est plutôt calme, en apparence. Mais l'équipe de la Source sûre vous propose un reportage choc dans l'univers impitoyable de la banlieue lausannoise, à Belmont.

Il est 19h, chemin du Courtillet à Belmont, dans les quartiers nord-est de Lausanne. Il y a quelques minutes, un règlement de compte a eu lieu. La police n’est pas encore arrivée, mais les habitants se massent déjà autour du lieu du drame. Christiane est sous le choc : “Je suis outrée par cette escalade d’incivilités. Quelle sera la prochaine étape?” Dans le container à poubelle de ses voisins, un sac poubelle non taxé a été déposé. Pour la sexagénaire, cela ne fait pas de doute, c’est une vengeance : “Ils ont reçu des lettres recommandées de menaces parce que leurs enfants jouaient au ballon dans le quartier.” Une fois sur place, le commandant Rochat, de Police Est Lausannois se montre alarmant : “C’est une déclaration claire et nette de guerre. Il y aura des représailles.”

Le Temple de Belmont, délaissé par les fidèles. Le symbole d'une commune au climat difficile. © Jean-Pierre Vallotton
Le Temple de Belmont, délaissé par les fidèles. Le symbole d’une commune difficile. © Jean-Pierre Vallotton

Des parties de Scrabble clandestines

Le lendemain, nous avons rendez-vous au commissariat pour suivre le déroulement de l’enquête. Mais une affaire urgente occupera monsieur Rochat et son équipe. Un habitant de la commune, sous couvert d’anonymat, a prévenu la police : des parties de Scrabble illégales seraient organisées au Chemin des Pralets, où il habite. Durant ces rendez-vous informels, de l’argent serait misé.

Les enquêteurs décident d’aller perquisitionner les maisons du quartier. Prévenus à temps par les aboiements de leurs chiens, les habitants ont eu le temps de se débarrasser des pièces à conviction. Seul un U a été retrouvé dans une maison mitoyenne, insuffisant pour inculper son propriétaire, selon le commandant : “Nous n’avons pas trouvé le plateau, ni les petits supports pour tenir les lettres. Et puis, le U ne vaut qu’un point, ce sera trop peu pour le juge.” En regagnant leur voiture, l’équipe d’intervention trouvera un sachet rempli de lettres dans une poubelle, transmis à la police scientifique pour analyse : “C’est certainement la filière autrichienne de Bürs, près de Vaduz. Les pièces transitent par Estavayer et sont réparties entre Chailly et Belmont par un intermédiaire que nous n’avons pas encore réussi à intercepter.”

Trafics en tout genre

Outre les pièces de jeux de sociétés, les autorités sont préoccupées par la hausse de consommation de tisane, un fort excitant, dans leur commune : “Les gens sont agités, il n’est pas rare de voir de habitants traîner dehors très tard les beaux jours. Cet été, nous avons interpellé une vieille dame se baladant à 19h45 avec son chien. Elle semblait sous l’emprise de tisane. Elle tenait des propos incohérents et n’a pas pu nous expliquer pourquoi elle n’était pas devant sa télé pour le journal de Darius Rochebin.” Lorsque la fabrication des sachets est contrôlée, le produit n’est pas spécialement dangereux, mais depuis quelques mois, le marché clandestin semble avoir explosé. Le supermarché Denner a vu ses ventes chuter de 12%. “Un signe que la contrebande a pris le pouvoir”, selon le gérant.

Des dimanches violents

Il est 10h45, en ce dimanche 29 novembre. Nous avons rendez-vous avec René*. Cet octagénaire, habitant Belmont depuis 50 ans, a voulu nous montrer la dégradation du climat dans les rues de son village. Il confie : “C’est l’heure du culte, et tout le monde se promène dehors. Il n’y a plus de respect des traditions vaudoises. Ça a commencé avec la démocratisation de la télévision, les gens préféraient regarder téléfoot jusqu’à midi. Puis, est arrivé le brunch, des Etats-Unis. Là, tout a volé en éclat. Nous nous sommes retrouvé à trois dans le temple. Et puis, avec le temps, les deux autres sont morts.”

Ce basculement des priorités a accéléré les choses, selon le retraité : “Tous ces couples de jeunes cadres quarantenaires, ils ne veulent pas s’intégrer. J’en ai croisé un l’autre jour, il ne m’a pas salué. Il était plongé dans son livre, sur un banc. La modernité isole les gens.”

Un avenir incertain

Le syndic, Gustave Muheim, est inquiet pour son village : “Nous ne savons pas comment traiter ces nouvelles formes de violence, nous sommes un peu dépassés. Nous craignons surtout que le climat se dégrade encore, et que certains basculent définitivement dans des idéologies obscures. Regardez ce qu’il s’est passé à Paris. On est jamais à l’abris.”

À quelques kilomètres du centre de Lausanne, Belmont pourrait être le berceau de nombreux criminels futurs dans la capitale vaudoise, s’ils résistent au temps qui passe et aux déambulateurs qui cassent.

 

*Prénom d’emprunt

 

Photo de une : Collage tiré de © Humusak et © Jonathan Rolande

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