Rencontre exclusive avec la jeune humoriste Shirley Souagnon lors de son passage à Lausanne.

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Shirley Souagnon, jeune et talentueuse humoriste, nous a fait le plaisir de nous accorder un entretien, il y a quelques semaines, lors de sa venue au Lido comedy club.

Après avoir attendu quelques minutes la fin du filage, j’ai rejoint Shirley dans la loge du Lido et nous avons discuté de son parcours, son spectacle et ses projets. Shirley s’est présentée comme une personne disponible, chaleureuse et spontanée. Elle a parlé de tout, sans langue de bois et ça, c’est agréable.

Après notre entretien, j’ai assisté au spectacle et je peux vous assurer que le succès a été au rendez-vous. La salle était pleine à craquer et Shirley était très en lien avec son public… en d’autres mots, les vannes fusaient envers nos pauvres amis des premiers rangs! A la fin du spectacle, comme elle l’avait annoncé, elle se rend en bas des escaliers qui mènent à la sortie et prend le temps de saluer, serrer la main, embrasser, faire une photo avec chaque personne de la salle… et ça, ça m’a surprise en bien, comme dirait l’autre!

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LBB : Peux-tu commencer par nous rappeler ton parcours ?

Shirley (S) : dans les grandes grandes lignes alors on va aller vite. En fait, j’ai commencé à faire des pubs et des films quand j’avais 8 ans par un pur hasard parce que j’avais un oncle qui était comédien et dans son agence, ils cherchaient une gamine de mon profil. Ils m’ont proposé de faire le casting. J’ai adoré et ça a été une révélation pour moi de jouer la comédie surtout à cet âge-là ; on aime bien jouer des personnages donc ça m’a vraiment marquée, c’est resté dans ma tête assez longtemps. A l’école, je faisais plutôt du théâtre des comédies musicales, tout ce qui avait trait à la scène mais rien de sérieux ni d’envie d’en faire un métier. Je faisais beaucoup de basket en fait.
J’ai fait 10 ans de basket, j’ai été aux États-Unis, tout ça. C’était vraiment ma passion, ce que je voulais faire. Puis au bout de 10 ans j’ai arrêté le basket parce que j’ai décidé d’arrêter comme ça…
Mais voilà, c’est toujours resté un peu comme ça dans ma tête et quand j’ai arrêté le basket je me suis dit « tiens » je vais me mettre à ma deuxième passion qui est le théâtre. Donc  je suis restée à Paris pendant 2 ans, dans une troupe privée, pour apprendre les bases du théâtre.

LBB : Tu faisais des cours de théâtre?

S : Ouais ouais, avec des cours. On a fait qu’une représentation à la fin de l’année mais c’était chouette ça m’a mis le pied à l’étrier pour y aller j’avais 17 ans et j’ai fait de 17 à 19 ans.
La dernière année, j’ai commencé à faire de l’humour en fait parce que je me suis rendu compte que j’aimais bien le théâtre mais que l’ambiance, tous les gens qui composaient le théâtre ne me plaisaient pas. Enfin ils sont trop sérieux quoi ; ils sont trop «  Oui tu sais moi Brecht hhh » toi t’es là pffff. J’avais juste envie de rire, moi ! Donc ça s’est imposé à moi et comme j’aimais beaucoup écrire – j’ai toujours écrit depuis que je suis gamine – ben j’ai commencé à écrire des sketchs, et voilà.

Du premier sketch je suis passée à des concours d’humour, comme tous les gens qui commencent, quoi, on fait un peu tout ce qu’on peut faire pour essayer, et de fil en aiguille je suis passée d’une scène ouverte à un plateau. D’un plateau au comedy club. Du comedy club à On ne demande qu’à en rire. De On ne demande qu’à en rire je suis revenue à mes racines du stand up, la scène et voilà, à force de répondre à la question je commence à connaître par cœur ma vie (rire)

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LBB : Tu as essayé plusieurs plateaux ou scènes ouvertes, des trucs qui t’ont plus plu, moins plu ?

S : Y a des choses qui m’ont moins plu ; ce qui me plait vraiment c’est les scènes ouvertes, des vraies scènes ouvertes underground : Tu vas, tu testes et voilà. Là pour le coup, c’est bien c’est notre métier, c’est cool. Ce qui m’a moins plu, c’est la télé. J’ai pas trop aimé en fait. Sans aller plus loin,  j’ai tout simplement pas trop aimé la télé.
Disons qu’en télé ce que j’aime bien c’est faire ce que j’ai fait quand j’étais gamine : jouer des rôles, tu vois. Enfin si tu viens capter mon spectacle, genre moi je suis sur scène et toi tu viens filmer, OK, mais si je viens jouer pour la télé j’ai vraiment beaucoup de mal, je n’aime pas ça, fallait bien que je l’essaye pour savoir mais j’ai essayé, j’ai vu et voilà. Y a clairement pas de rapport au public donc c’est un autre travail que certains savent bien faire. Ils savent se vendre et moi je suis nulle pour ça, donc voilà.

LBB : Tu es déjà venue jouer une fois à Lausanne ?

S : Oui même deux. Une fois toute seule et une fois avec les filles, avec Charlotte Gabris, Nawell Madani et Candy.

LBB : Et pour ce passage, tu présentes un projet nouveau ?

S : Un mix entre le nouveau et l’ancien. Donc si certaines personnes reviennent, elles auront déjà vu un peu mais sinon il y a du nouveau car je travaille le nouveau spectacle en fait qui va s’appeler Free comme libre. Free car j’ai quitté ma production, les gens qui me donnaient de l’argent. J’ai monté la mienne, je suis une rebelle donc j’ai dit «  Free » voilà!
Et en fait c’est aussi parce que c’est un spectacle avec des musiciens sur scène et que c’est quelque chose qui ne se voit pas tellement en stand up et donc vraiment je suis libre dans mes choix, artistiques, financiers, dans ma tête, partout ! Et je vais essayer de le diffuser aux gens libres aussi. La liberté ne s’achète pas, c’est ce que je vais essayer d’expliquer dans ce spectacle.

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LBB : Tu as posté récemment un micro-trottoir où tu interpelles les gens pour leur demander des noms d’humoristes. Tu remarques bien que pour les hommes, les personnes y arrivent mais pour citer des femmes, c’est plus difficile. Comment tu vois la situation des femmes humoristes aujourd’hui ?

S : Ouais surtout que j’étais là ! en train de faire le micro trottoir !
(rire)
Voilà, mais j’ai pas mis ça, je voulais pas que ça fasse mégalo mais les gens me disaient : Toi je te connais mais je connais pas ton prénom ! En fait je fais un spectacle avec que des femmes humoristes et je sais pertinemment que les gens n’arrivent pas à citer des femmes humoristes et je me suis dit c’est marrant de le montrer aux autres et de vous interpeller en disant : « Tiens soyons curieux ! » J’appelle les curieux à venir voir le spectacle, quoi.

LBB : Donc ce spectacle, pourquoi avec que des femmes alors ?

S : Parce que, justement ! Pour ça ! Pour que les gens puissent dire des noms la prochaine fois (rire). C’est vraiment pour ça en fait, parce que je trouve que je ne suis pas communautaire pour un sou mais s’il faut l’être, y a des périodes de la vie où il faut l’être, je pense. Tu sais, voilà, si par exemple l’homosexualité est un peu mieux, je dis bien un peu mieux, accueillie qu’à une certaine époque, c’est qu’il y a eu une solidarité entre les gens. Et je pense que tout est lié à la solidarité. Partout, même chose pour l’esclavage, c’est parce qu’il y a eu des Noirs à un moment donné qui ont dit Stop, en fait, c’est chiant, les coups de fouet ça fait mal !

LBB : C’est un thème qui est important dans l’humour ?

S : En parler non mais le faire juste ouais. Je pense qu’il faut pas trop parler justement dans la vie, vaut mieux agir. Donc juste faire un plateau où les gens viennent rigoler, je vais dire y a rien de militant.

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Shirley et moi !

LBB : Simplement en montrant ça, les gens comprennent d’eux-mêmes ?

S : voilà exactement, y’a pas besoin d’en faire plus quoi. On est pas en mode les seins à l’air (rire) !

LBB : Dans tes projets immédiats il y a ce nouveau spectacle, Free, quoi d’autre ? Le spectacle avec les filles ? C’est une réalisation commune ?

S : Ouais, en fait c’est un plateau qu’on fait comme ça très ponctuellement au moins une fois par an et donc effectivement on écrit ensemble aussi. On a des sketchs en commun. C’est plus sympa que juste des passages enchaînés. Donc y’a des sketchs très collégiaux et y’a des passages extraits de nos spectacles. Et là y’aura les musiciens qui sont dans mon spectacle, ils seront là, du coup ça va être sympa.

LBB : Et l’idée d’avoir des musiciens ?

S : En fait j’aime vraiment beaucoup la musique à un point que ça me fait vibrer. J’en ai besoin tous les jours c’est ma drogue, enfin ça et la vraie drogue (rire), du coup c’est vrai que pour moi l’humour et la musique sont les vibrations qui me font tenir debout et du coup, j’avais envie de faire partager cela au public. J’ai l’impression aussi que nous arrivons à un stade, enfin, je sais pas comment cela se passe ici mais en France je trouve que c’est très tendu et je crois que c’est un peu mondial cette histoire, du coup le message que j’ai envie de passer dans ce prochain spectacle c’est “détendez-vous !”

LBB : Et les retours du public ? Est-ce ce que tu avais pu imaginer transmettre ou parfois il y a des décalages ?

S : Ouais, ouais ça peut arriver, enfin sur des blagues, pas sur un spectacle en entier mais sur des blagues… Là je suis en tournée tout le temps et c’est intéressant de voir la réaction des gens selon les blagues.. ça rigole pas tout pareil. Y en a qui vont rigoler à une vanne où normalement ça rigole jamais. Ça dépend des régions, des cultures, l’énergie du soir aussi. Mais j’imagine pas grand-chose avant de monter sur scène depuis un moment, ce qui fait que je suis jamais déçue.

LBB : le Lido où tu passes ce soir est une petite salle comparée à des galas à Montreux ou les salles que tu occupes en France. Tu t’y fais ?

S : Ouais, carrément je préfère, c’est plus humain. Après c’est juste pour l’argent que tu fais des grosses salles. Sinon un humoriste surtout dans le genre de spectacle que je fais, du stand up où on est vraiment avec les gens, y a rien de mieux qu’une petite salle en fait. C’est là, vraiment, qu’on est ensemble, sinon après c’est de l’Ego, c’est de la branlette sur scène, quoi.
Et là, pour créer le spectacle, je fais des petites salles pour vraiment être proche des gens et sentir l’énergie et travailler vraiment. Et surtout je ne vais pas faire des grosses salles si mon spectacle est pas prêt, parce que les gens vont me frapper (rire) !

LBB : Quelque chose à ajouter ?

S : Je suis contente d’être en Suisse, j’aimerai bien tourner plus en Suisse. Là, je fais Lausanne, Lausanne et Lausanne… et Montreux avec le gala, mais pour mon spectacle j’aimerai bien tourner un peu. Connaître le public suisse un peu plus car il est différent des Français!

Voilà! Bisous à Bondy blog! Et puis j’espère que vous aurez plein de cités pour raconter des trucs de ouf !

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