[Vie de rameuse] Une Lausannoise aux JO : qualifications, la dernière chance

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Les Jeux Olympiques, c'est un rêve! Proche ou lointain, pour tous les athlètes qui se sont un jour entraînés intensément et ont participé à des compétitions, cette idée nous a effleuré. Pour certains, comme Frédérique Rol du Lausanne sport, c'est un rêve au bout des doigts! Du 22 au 24 mai, elle tente de remporter sa place pour les Jeux de Rio.

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Depuis 18 ans, je rame au Lausanne Sport Section aviron (j’en ai déjà parlé sur le Lausanne Bondy Blog) et je suis monitrice, plus ou moins régulièrement selon les années. La vie au club d’aviron de Lausanne m’a amenée à rencontrer beaucoup de sportives et sportifs, dont Frédérique Rol, qui a commencé l’aviron il y a quelques années, en 2009.

Une rameuse d’exception

Plutôt calme et discrète, grande, des yeux verts intenses, elle n’est pas exactement le cliché de ce que vous pourriez imaginer être une rameuse d’élite… et pourtant, les apparences cachent une personne déterminée et motivée jusqu’à la pointe des cheveux ! Pas de gros bras, elle rame en catégorie poids légère, pas de prise de tête, elle arrive toujours souriante au club.

Frédérique - Championne Suisse d'ergomètre 2016
Frédérique – Championne Suisse d’ergomètre 2016

En ce moment, nous ne profitons qu’occasionnellement de sa bonne humeur, car elle habite Lucerne, ce qui lui permet de s’entraîner avec sa coéquipière, Patricia Merz (du See-Club Zug), et de bénéficier de conditions climatiques optimales (le Lac de Sarnen et le Rotsee sont exceptionnels pour l’aviron).

Fréd m’impressionne par son énergie ! Elle mène brillamment de front sport et études ; elle prépare un master en communication à la Haute Ecole de Lucerne. Elle incarne pour moi l’esprit d’équipe et le fair-play. Bien que je m’entraîne régulièrement, vous pensez bien que mon niveau technique et physique est tout à fait différent du sien. Sa carrière suisse et internationale est déjà un joli palmarès. Pourtant, quand elle est de retour à Lausanne, nous la retrouvons pareille à elle-même, et elle est toujours motivée à ramer avec nous et nous prodiguer des conseils ! La dernière fois que j’ai ramé avec elle sur un double skiff (un bateau fin pour deux personnes), c’était le bonheur !

Les Jeux de Rio 2016 : dernière chance

Tous les rameuses et rameurs de niveau international ne peuvent participer aux Jeux Olympiques de Rio. Les places sont comptées et elles sont attribuées selon les résultats. Des places ont été attribuées suite aux Championnats du Monde, qui ont eu lieu début septembre 2015. Puis des régates de qualification (en aviron, on appelle les courses des régates) ont été organisées sur différents continents. (Plus d’info sur le processus de qualification ici.)

Du 22 au 24 mai se déroule la dernière régate de qualification des Jeux Olympiques de Rio sur le Rotsee, près de Lucerne. Cela signifie que des centaines de rameuses et rameurs européens (les qualifications sur les autres continents ont déjà eu lieu) se retrouvent à Lucerne, avec leurs bateaux et leur rêve olympique.

Comme Fréd et sa coéquipière Patricia, avec leur body suisse rouge (un « body » c’est l’habit que nous mettons pour les courses, une sorte de combinaison très serrée pour avoir le corps libre de bien ramer), ces rameuses et rameurs vont s’échauffer, pour se rendre sur la ligne de départ… peut-être la peur au ventre, le stress au bord des lèvres – selon leur degré de gestion des émotions – mais tous avec le même rêve, chéri depuis 3 ans : les Jeux Olympiques!

Frédérique et Patricia
Frédérique et Patricia – 4e aux Championnats d’Europe 2016

Attention – GO !!!

« Attention – GO » criera l’arbitre depuis son canot moteur (c’est avec ces mots que le départ est donné). A ce moment, tous les efforts des entraînements des derniers mois – ou plutôt des dernières années – se concrétiseront dans 6 à 8 minutes d’effort intense pour passer la ligne en premier.

« Effort intense » est un euphémisme… Ces quelques minutes sont les plus belles ou les pires, c’est une question de point de vue. Arrivés au départ, on s’arrête pour s’aligner. On suit les ordres de l’arbitre qui place les bateaux. A ce moment, il s’agit de rester lucide et calme. Une fois, le départ donné, le corps entier se contracte à chaque coup pour donner le meilleur, le plus fort. Dès les premiers mètres, la douleur musculaire est présente, le souffle se fait momentanément plus court, il s’agit de le maîtriser, pour ne pas haleter. Au contraire, nous nous concentrons sur notre rythme. Rester lucide, garder la pression dans les jambes…

La douleur se fait de plus en plus intense. Ces rameuses et rameurs s’affrontent pour un rêve qu’ils chérissent depuis trois ans. Leur vie s’est organisée autour de cet objectif. Combien d’heures d’entraînements, de sueur, de concessions et de moments de bonheur ? C’est tout ça qui se joue en quelques minutes.

Le souffle est court, la bouche est absolument sèche, peut-être même que vous sentez votre langue devenir pâteuse et avec des fourmis, et vous avez un goût de fer dans la bouche. J’ai mal, j’ai la nausée. Ne pas lâcher. Plus fort. Lucide. Rester Lucide.

Chaque rameuse et rameur a sa méthode pour pousser fort. Mais les sentiments qui les traversent sont similaires. Passée la ligne d’arrivée, certains rentreront avec des larmes et d’autres une motivation décuplée. La route pour Rio #RoadtoRio

Fréd-Pat
Frédérique et Patricia en camp d’entraînement

Pour Fréd et Patricia – le 24 mai

Le 24 mai, je serai au travail, mais je les regarderai en live. Le 24 mai, Fréd et Patricia affronteront d’autres rameuses exceptionnelles, pour obtenir la place qui leur permettra d’accomplir leur rêve olympique. Parce que Fréd et Patricia représentent la détermination et l’esprit d’équipe, pour toute cette énergie, cette sueur, ces larmes et cette motivation, parce qu’elles me font rêver, parce que tout est possible, je penserai à elles et croiserai les doigts!

Do you feel the olympic spirit ?

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SUI LW2x: est le nom de leur catégorie: SUI=Suisse, LW=Lightweight Women (poids léger femme), 2x est une double skiff : un bateau fin de compétition sur lequel chaque rameuse a deux rames.

Parmi les embarcations suisses qualifiées, deux autres rameurs lausannois s’entraînent: Augustin Maillefer et Barnabé Delarze, dans un équipage appelé M4x : un bateau fin de compétition avec 4 rameurs hommes poids lourds, chacun ramant avec deux rames.

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Plus d’infos à propos de l’aviron sur le site de la Fédération Internationale des Sociétés d’Aviron (FISA). Suivez l’actualité de l’aviron international sur la page Facebook.

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