Quelle classe!

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Sur les pentes enneigées de l'Helvétie tendance, le skieur beauf règne en maître. Rencontre avec deux représentants de cette espèce pas du tout en voie de disparition

Elle se la pète. Grave. Sous le soleil qui inonde la petite terrasse, elle se pavane. Elle est belle, cette femme, beaucoup trop belle. Une poule qui se dandine sous les yeux de son coq. La vue porte loin, sur les sommets du Val de Bagnes, recouverts d’une neige éclatante. Verbier, le paradis du free rider et, faut bien s’y résigner, le havre du beauf skieur.

Pas là pour skier, mais pour se montrer, elle boit un coup. Le mouvement, le tenu de verre, le cassé de poignet et le petit doigt qui part aux fraises, le battement frénétique mais contrôlé des cils, les lèvres pincées et ce foutu sourire classe à la con… Chaque geste, chaque pose est une nouvelle occasion de montrer qui ils sont : du gold label, de la qualité premium sélection, du tartare de beauf frais du jour, catégorie poids lourds.

 La reine…

Alors que les accros du thermique s’envolent, la tête dans les nuages, dans un ballet aérien avec les oiseaux et les rapaces, que les riders rident et que les gentils parents parentent, cette pouf’ de luxe embaume l’air de son doux parfum, une attaque chimique de taille, classe toxique 15, qui irradie tout sur le périmètre. Non mais regarde-là, le sourire figé, les dents blanchies au Colgate SuperWhitePlusQuiTorche2000, avec sa tête toute bien tannée à la crème autobronzante, les sourcils tout bien épilés, les faux ongles tout bien refaits et tout bien brillants de mille feux, avec sa bague toute bien bling-bling au doigt. Elle est toute bien maquillée, elle cartonne. Un vrai pot de peinture.

Regarde-là, avec sa veste type doudoune doublée en plume de diamant (!), le col en fourrure du poil de cul d’otarie groenlandais lissé à la cire d’abeille unijambiste marocaine. Elle l’a payée 2500 balles, mais grelotte lorsque souffle le foehn. C’est quoi le foehn ? Bonne question, la montagne, elle n’y connaît rien, elle s’en fout royalement. Le foehn, pour elle, c’est juste le truc qui lui sert à sécher ses cheveux brushingés, qu’elle plie ensuite sous un bonnet haute couture. Elle n’est pas blonde, mais elle a déjà sa place dans un sketch de Gad. Regarde-là, avec ses lunettes de mouche D&G, soigneusement posées sur le fameux bonnet, histoire qu’on voie la marque. Juste parce que ça le fait, juste parce que Verbier is the place to ski, parce que c’est elle et parce qu’elle est convaincue qu’elle le vaut bien.

…et son roi

Son mec, assis à côté, on pourrait en avoir pitié… Supporter ça, il est brave, un galant homme. Mais non, oublie. Une tronche pareille, ça n’est plus classifiable dans l’excuse des “aléas de la nature.” Les mêmes lunettes de soleil, le même sourire figé, le même torse bombé, les mêmes dents au garde à vous, la même gueule de bogosse-attitude qui sied tant à ce plouc de Mickael Vendetta. Comment il fait pour supporter l’odeur de sa poule, aucune idée. Mais le type est entraîné, cela se voit. Lui non plus ne connaît rien des vents du sud-ouest, rien aux thermiques, rien aux montagnes. Tout ce qu’il sait faire, c’est rire d’un grave et niais “hohohoho” à chaque blague débile que lui fait son pot de peinture. Il ne sait même pas skier, ou si peu. Il s’en fout, il n’est pas là pour ça, même s’il a déboursé un max pour sa paire de lattes Chanel. Il a fait les boutiques avec sa nana, il a acheté la même veste, version pédale douce. A ma gauche, on trouve l’anthologique et mythique combi fluo de Jean-Claude Dusse et les bronzés qui font du ski… à ma droite, lui, le roi des beaufs, vêtu de sa cape Armani, assis pompeusement sur le trône du ridicule.

Sur les lattes, le roi et la reine croient qu’ils baronnent. Schlak schklak !, les skis aux pieds, ils s’essaient à la godille. La godille, paraît que c’est comme ça qu’il faut skier quand on a la classe. Comme eux. Mais la classe internationale, quand même, est atteinte lorsque Madame se vautre en chasse-neige, les jambes tordues, chute ruinant ses efforts de savante compilation « brushing-bonnet-lunettes » et que Monsieur, en galant homme qu’il est, continue tout droit le sourire figé, juste parce que s’arrêter pourrait signifier perdre la face. Etre faible, imparfait. 

Qu’est ce qu’on était bien sur la terrasse, hein chérie… On reviendra, Verbier c’est trop la classe.

Michael De Pasquale

Michael

2 Responses

  1. Anonyme
    | Répondre

    rhaaaa, comme je les déteste moi aussi…!

    • JeanNémard
      | Répondre

      Alors pourquoi aller à Verbier ??? C’est du masochisme ou la recherche du sensas à tout prix?
      D’ailleurs, ce n’est pas la banlieue de Lausanne que je sache!
      Verbier, c’est en Valais;-)
      Il existe dans ce canton d’autres stations simples et sympathiques où vous ne rencontrerez pas les personnes décriées dans l’article. Cherchez et vous trouverez…

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