Quand les cerveaux prennent le métro

Posté dans : Société | 9
Tous les Lausannois ou presque connaissent le TSOL, rebaptisé « métro M1 ». Chaque jour de la semaine, étudiants et travailleurs de l’UNIL et l’EPFL l’empruntent… mais pas toujours de manière très intelligente.

TSOL… voilà un acronyme qui fait peur aux petits enfants. Il signifie « Tramway du Sud-Ouest Lausannois » et désigne la ligne de métro léger qui fut construite en 1991. Celle-ci a pour but de desservir le campus de l’Université de Lausanne (UNIL) et de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) à Ecublens. 

Les anciens racontent que la ligne a rapidement eu du succès. Elle permettait aux étudiants et aux travailleurs d’habiter dans le centre de Lausanne et de rallier le campus en une quinzaine de minutes. Cela fonctionnait si bien qu’elle fut rapidement surchargée : le matin, de nombreuses personnes devaient laisser passer des rames surchargées à Montelly ou à la Bourdonnette avant de pouvoir monter.

Pour soulager la ligne, on décida en 2005 de changer les horaires de début des cours : 8h00 pour le quartier Sorge de l’UNIL, 8h15 pour l’EPFL, 8h30 pour le quartier Dorigny de l’UNIL. Ainsi, l’afflux d’étudiants pressés de s’instruire serait réparti sur une plage horaire plus longue.

Malgré cette mesure, le passager d’aujourd’hui doit encore faire preuve de beaucoup de maîtrise de soi pour prendre le TSOL à ces heures-là. De bon matin, pas toujours bien réveillé, il doit se préparer à affronter l’ambiance « bétaillère » : fragrances variées, compression contre la porte ou contre de (très) proches voisins, température élevée, manque d’oxygène, ballottement au rythme des freinages et redémarrages, etc.

Pour une fois, je voudrais ne pas tomber dans une argumentation poujadiste du style : « c’est la faute des TL ces incapables pourquoi ils mettent pas plus de métros gnagnagna ». Il est vrai qu’il est toujours plus facile de désigner un bouc émissaire plutôt que de balayer devant sa porte… Pourtant, les usagers innocents jouent également un rôle dans les désagréments du TSOL le matin. Comment ? En créant un « bouchon de sas ».

Le « bouchon de sas » est créé par l’agglutinement de personnes dans l’espace situé au niveau des portes d’une rame. Les personnes rentrent dans le métro et restent dans le sas, en s’appuyant à une porte ou une barre. Arrêt après arrêt, le bouchon de sas augmente : les premiers montés ne bougent pas, et les derniers venus se partagent l’espace qu’il reste. Une loi mathématique toute simple résume le phénomène : la pression augmente proportionnellement avec l’inverse de la distance à la porte. Autrement dit, plus tard tu montes, plus proche t’es de la porte, et plus tu ressembles à une sardine (bras le long du corps, tête vers le haut pour grappiller quelques molécules d’oxygène).

Ce qui est étonnant, c’est que pendant ce temps, les « couloirs » (entre les sas) sont quasi vides ! Le bouchon se concentre dans le sas, mais ne va jamais s’épancher dans les allées latérales.

Comment expliquer ce phénomène ? Les ingénieurs en transport et les psychologues se sont longuement penchés sur la question. Il semble qu’une fois de plus, nous soyons en face d’une manifestation banale de l’incapacité de l’homme à penser plus loin que le bout de son propre nez. Le matin, rentrer dans le TSOL relève d’une véritable guerre, qui n’est pas toujours gagnée… Parfois, il faut laisser à regret filer une rame bondée. Mais quand une personne parvient à monter dans le véhicule tant convoité, celle-ci est tellement contente qu’elle en oublie ses compagnons d’infortune. Elle reste obstinément accrochée à sa barre de sas, plutôt que de se frayer un chemin pour aller dans le couloir. Le parallèle s’impose avec le refus de lâcher la perche du tire-fesses quand on tombe, comme le dépeint Gad Elmaleh : il s’agit d’un réflexe « humain certes, mais très bizarre ! »

Ce qui est d’autant plus troublant, c’est que les créateurs des bouchons de sas ne sont pas n’importe qui ; c’est l’élite de la nation ! Ah oui, ma bonne dame, ce sont ceux qui lisent des livres, ceux qui vont à l’université et à l’école polytechnique ! Les ingénieurs ! Ceux dans les mains desquels le progrès repose ! Ceux qui construisent les ponts, les ordinateurs, les satellites ! Ceux qui vont guérir le cancer, fabriquer des panneaux solaires, développer des voitures vertes, améliorer nos systèmes de transport ! Ces gens-là sont intelligents… mais apparemment pas le matin entre 8h00 et 8h30.

Mais point de défaitisme ! Je crois en la perfectibilité de l’être humain. C’est pourquoi je vais tenter d’expliquer aux cerveaux comment se produisent les bouchons de sas, et comment les éviter. Je vais le faire dans leur langue, afin que ce soit plus compréhensible : soit une superficie donnée. Comment faire pour répartir un nombre X de personnes sur cette superficie, tout en laissant à chaque personne le maximum de place ? Autrement dit, comment atteindre l’optimum ? Réponse : il suffit d’utiliser l’ensemble de la superficie disponible… et non pas une partie. Dans le cas qui nous concerne, il faut donc utiliser les couloirs autant que les sas, ce qui permettra à chacun d’avoir plus de place, en plus de faciliter les mouvements des passagers aux arrêts.

Je pense que tous ensemble, on peut y arriver. En tout cas, moi j’y crois.

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Etienne

9 Responses

  1. Bene
    | Répondre

    salut tchen tchen,
    ca me fait toujours bien rire tes articles et parfois ca met meme un peu ma cervelle en marche, qui malheureusement se trouve encore au chomage technique.
    Je voulais juste te dire en tant que bon sociologue qui ont une facheuse habitude de toujours avoir quelque chose a dire – les mechantes langues diront, ce que tout le monde sait mais avec des mots compliques!
    En fait je crois que dans ta lutte pour une maximisation de l’espace et du confort en transport public tu negliges le principe tres important de l’effet pervers dans l’individualisme methodologique. Je crois que tout le monde pense et se pleint comme toi. Dans l’ideal, et s’il fallait voter, les voyageurs suiveraient ton idee. Le probleme c’est que meme les intellos suisses, a 8h du met pensent plus a leur interet perso qu’au bien commun. En faisait le geste civiaue d’avancer un peu dans le couloir, ils se procurent un peu plus de place et d’oxygene mais il savent que le plupart de leur cammarades de voyage vont rester dans le bouchon de sas, ce qui rendra la tache de sortir du metro d’autan plus difficile pour les braves qui se sont eloignes des portes. Chacun reste donc la dans le sas de peur de ne pas avoir le temps de sortir une fois que le vehicule s’arrete a l’arret de son choix. tout le monde trouve l’idee bien mais parce qu’ils pensent que les autres ne font pas comme eux et que si eux le font quand meme, ils seront desavantage, ils ne le font pas.
    Mais peut-etre y-a-t’il une autre raison, le mode sardine permet p-e a certains passager d’encore dormir queques minutes debout sur le trajet quotidien.
    Le lutte est bonne, vive le front de liberation des bouchons de sas

  2. Uncerveaudumatin
    | Répondre

    Créer un circuit artificiel à l’intérieur du métro. Affecter un sas sur deux uniquement comme entrée ou sortie, avec des sortes de tourniquets (un peu plus perfectionnés). Ca obligerait les gens à rentrer, et se déplacer dans la rames pour aller à une porte de sortie. Plus de gens qui se croisent et se bousculents pour entrer/sortir par la même porte, et un flux qui s’étirerait dans les couloirs.

    • etienne_doyen
      | Répondre

      Je pense pas que rajouter des tourniquets soit à l’ordre du jour chez les TL.. cela encombrerait encore plus les sas. La solution est assez simple : un peu de civisme et de bon sens, il faut juste penser un peu plus loin que le bout de son nez. Bene a entièrement raison, on est face à un très bel effet pervers du style dilemne du prisonnier : je ne le fais pas, même si c’est mieux pour tout le monde, parce que je ne suis pas sûr que les autres le feront!

      Ceci dit, je ne pense pas que les cerveaux du TSOL pensent si loin que ça le matin ; ils montent, s’entassent, écoutent leur Ipod et sortent quand ils doivent, point. Ils sont peut-être un peu serrés, mais bon, que peut-on y faire…

      Ce qui est cool, c’est de voir que c’est assez universel, pas limité au TSOL ni à Lausanne.. j’espère juste qu’on n’en arrivera pas à la situation du métro japonais (voir les vidéos avec les pousseurs!!)

      • JeanNémard
        | Répondre

        Effectivement, je pense que ce sont les “porteurs” de cerveaux qui prennent le TSOL, mais hélas ils ne connectent les cerveaux qu’une fois arrivés à Dorigny… On ne peut donc que leur suggérer une connexion rapide, avant le départ.

      • yann_marguet
        | Répondre

        “Je pense pas que rajouter des tourniquets soit à l’ordre du jour chez les TL.. cela encombrerait encore plus les sas.”

        Je pense que cette personne plaisantait, Etienne.

        • Emilien
          | Répondre

          Après avoir vécut quelque semaines les rush tokyïtes de malades, je me dit qu’on est vraiment con des fois chez nous (et pas que pour le metro) enfin bref, c’est incomparable je sais mais je epux pas m’empécher d’imaginer ce que donnerait “la discipline et l’organisation pendulaire japonaise” chez nous. Je ne dis pas de d’allonger les ram de TSOL jusqu’à avoir 11 vagons et ce à intervalle régulier de 4 à 6 minutes !!! je dis juste que puisque que les gens sont fachés avec les couloirs et aiment tant leur sensuel barre en acier brossé (ou en je sais pas quel autre matériaux) des sas, il faudrait peut être augmenter leur nombre. Des wagons à 6 portes avec de simple banc latérale entre chacune, voilà qui ferait de la place. Enfin, ce serait un peu fou, trop d’investissement pour n’utiliser ces rames que 2-3 heures par jours. Essayons tout simplement d’inculquer quelques “reflexes de survies” a grand coup de dessin sur autocollant jaune à bande noir ou un subtil marquage au sol. Un truc qui attire l’oeuil et réveille chez l’usager quelque neuronne suplémentaire. Espérons que ce na serait pas un échec comme les marquage sur les marches de très anciens escaliers roulants telles des reliques d’un temps ou les gens regardaient encore ou il marchaient …

  3. Fablin
    | Répondre

    Incroyable, je me faisais exactement la même réflexion la semaine passée!!

    Et le pire dans l’histoire, c’est qu’on se ferait presque insulter quand on essaie de passer à traver les “sardines” du sas pour aller se réfugier dans les couloirs.

  4. Anonyme
    | Répondre

    Loi de Nash : “tout le monde” gagnerait à libérer l’espace. Donc tout le monde, dans une espèce de joyeux consensus, devrait s’engager dans les couloirs.

    Or, et c’est là qu’est l’os, “un individu” a plutôt intérêt, à titre personnel, à rester prêt de la porte pour pouvoir sortir plus facilement. Donc, il reste prêt de la porte, poussant de facto les autres à l’imiter, ces autres qui ne tolèrent pas l’idée de voir qu’un type profite d’une situation à laquelle ils ont renoncé par souci du bien commun…

  5. blablebli
    | Répondre

     Je propose un tapis roulant faisant circuler les gens à l’intérieur des rames. Cela interdirait l’immobilité, et donc la congestion…Je pense tenir là les ferments d’une révolution pour les systèmes de transport!

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