Quand les cerveaux prennent le métro

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[30.10.09] Tous les Lausannois ou presque connaissent le TSOL, rebaptisé « métro M1 ». Chaque jour de la semaine, étudiants et travailleurs de l’UNIL et l’EPFL l’empruntent… mais pas toujours de manière très intelligente.

TSOL… voilà un acronyme qui fait peur aux petits enfants. Il signifie « Tramway du Sud-Ouest Lausannois » et désigne la ligne de métro léger qui fut construite en 1991. Celle-ci a pour but de desservir le campus de l’Université de Lausanne (UNIL) et de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) à Ecublens. 

Les anciens racontent que la ligne a rapidement eu du succès. Elle permettait aux étudiants et aux travailleurs d’habiter dans le centre de Lausanne et de rallier le campus en une quinzaine de minutes. Cela fonctionnait si bien qu’elle fut rapidement surchargée : le matin, de nombreuses personnes devaient laisser passer des rames surchargées à Montelly ou à la Bourdonnette avant de pouvoir monter.

Pour soulager la ligne, on décida en 2005 de changer les horaires de début des cours : 8h00 pour le quartier Sorge de l’UNIL, 8h15 pour l’EPFL, 8h30 pour le quartier Dorigny de l’UNIL. Ainsi, l’afflux d’étudiants pressés de s’instruire serait réparti sur une plage horaire plus longue.

Malgré cette mesure, le passager d’aujourd’hui doit encore faire preuve de beaucoup de maîtrise de soi pour prendre le TSOL à ces heures-là. De bon matin, pas toujours bien réveillé, il doit se préparer à affronter l’ambiance « bétaillère » : fragrances variées, compression contre la porte ou contre de (très) proches voisins, température élevée, manque d’oxygène, ballottement au rythme des freinages et redémarrages, etc.

Pour une fois, je voudrais ne pas tomber dans une argumentation poujadiste du style : « c’est la faute des TL ces incapables pourquoi ils mettent pas plus de métros gnagnagna ». Il est vrai qu’il est toujours plus facile de désigner un bouc émissaire plutôt que de balayer devant sa porte… Pourtant, les usagers innocents jouent également un rôle dans les désagréments du TSOL le matin. Comment ? En créant un « bouchon de sas ».

Le « bouchon de sas » est créé par l’agglutinement de personnes dans l’espace situé au niveau des portes d’une rame. Les personnes rentrent dans le métro et restent dans le sas, en s’appuyant à une porte ou une barre. Arrêt après arrêt, le bouchon de sas augmente : les premiers montés ne bougent pas, et les derniers venus se partagent l’espace qu’il reste. Une loi mathématique toute simple résume le phénomène : la pression augmente proportionnellement avec l’inverse de la distance à la porte. Autrement dit, plus tard tu montes, plus proche t’es de la porte, et plus tu ressembles à une sardine (bras le long du corps, tête vers le haut pour grappiller quelques molécules d’oxygène).

Ce qui est étonnant, c’est que pendant ce temps, les « couloirs » (entre les sas) sont quasi vides ! Le bouchon se concentre dans le sas, mais ne va jamais s’épancher dans les allées latérales.

Comment expliquer ce phénomène ? Les ingénieurs en transport et les psychologues se sont longuement penchés sur la question. Il semble qu’une fois de plus, nous soyons en face d’une manifestation banale de l’incapacité de l’homme à penser plus loin que le bout de son propre nez. Le matin, rentrer dans le TSOL relève d’une véritable guerre, qui n’est pas toujours gagnée… Parfois, il faut laisser à regret filer une rame bondée. Mais quand une personne parvient à monter dans le véhicule tant convoité, celle-ci est tellement contente qu’elle en oublie ses compagnons d’infortune. Elle reste obstinément accrochée à sa barre de sas, plutôt que de se frayer un chemin pour aller dans le couloir. Le parallèle s’impose avec le refus de lâcher la perche du tire-fesses quand on tombe, comme le dépeint Gad Elmaleh : il s’agit d’un réflexe « humain certes, mais très bizarre ! »

Ce qui est d’autant plus troublant, c’est que les créateurs des bouchons de sas ne sont pas n’importe qui ; c’est l’élite de la nation ! Ah oui, ma bonne dame, ce sont ceux qui lisent des livres, ceux qui vont à l’université et à l’école polytechnique ! Les ingénieurs ! Ceux dans les mains desquels le progrès repose ! Ceux qui construisent les ponts, les ordinateurs, les satellites ! Ceux qui vont guérir le cancer, fabriquer des panneaux solaires, développer des voitures vertes, améliorer nos systèmes de transport ! Ces gens-là sont intelligents… mais apparemment pas le matin entre 8h00 et 8h30.

Mais point de défaitisme ! Je crois en la perfectibilité de l’être humain. C’est pourquoi je vais tenter d’expliquer aux cerveaux comment se produisent les bouchons de sas, et comment les éviter. Je vais le faire dans leur langue, afin que ce soit plus compréhensible : soit une superficie donnée. Comment faire pour répartir un nombre X de personnes sur cette superficie, tout en laissant à chaque personne le maximum de place ? Autrement dit, comment atteindre l’optimum ? Réponse : il suffit d’utiliser l’ensemble de la superficie disponible… et non pas une partie. Dans le cas qui nous concerne, il faut donc utiliser les couloirs autant que les sas, ce qui permettra à chacun d’avoir plus de place, en plus de faciliter les mouvements des passagers aux arrêts.

Je pense que tous ensemble, on peut y arriver. En tout cas, moi j’y crois.

Etienne

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