Procréation synonyme de pollution …

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Pour répondre à l'urgence climatique, certains prônent le retour de Malthus. Un mois après l'« échec politique » de Copenhague, le LBB revient sur la grand-messe écolo 2009 et sur la fausse solution qui en résulte.

Un texte de deux pages et demie, dénué d’existence juridique, voilà « l’accord » trouvé à Copenhague pour « sauver » la planète du réchauffement. Et ce ne sont pas les annexes, faites de tableaux vides, qui feront avancer le schmilblick! Paraît que le traité contraignant sera pour fin 2010…On attend de voir ça à Mexico!

 

Quinze jours de sommet 09 dans la capitale danoise. Quinze jours à s’éreinter à trouver d’aléatoires compromis, à palabrer dans des salons dorés, à clamer « c’est pas moi, c’est les autres ! ». Face au dérèglement du climat, des cataractes de réactions et d’accusations, mais aucune réponse à certaines questions…cruciales pourtant. Au final, pas de réduction claire des gaz à effet de serre (GES) (-20%?, -30%?, -40%?), une incertitude quant au partage de ces réductions entre pays : pauvres, émergents et industrialisés et un point d’interrogation en ce qui concerne la reconnaissance de la dette climatique et, par conséquent, la redistribution Nord-Sud.

 

Pourtant, il y avait du « beau » monde. Des experts, réels ou autoproclamés, conviés à expliquer chiffres et projections pour l’an 2100. Des responsables du trou dans la couche d’ozone, qu’on préfère appeler « lobbies industriels, commerciaux et financiers », sont venus en grande pompe pour défendre leur croûte (pas celle terrestre…entendons-nous!). Au centre de tous ces regards : la Chine. Big pollueuse des temps (plus que) modernes, mais aussi terre de prédilection pour les succursales des multinationales du Nord. Preuve en est avec les 60% des exportations chinoises qui proviennent d’entreprises… américaines et européennes. Pas étonnant alors qu’on n’ose, même pas en cauchemar, imaginer de taxer les produits chinois à proportion de leur empreinte environnementale. Le dogme de la croissance prendrait forcément un coup et, entre nous, on préfère les Fidji sous les eaux et les suicides collectifs des ours polaires que l’absence d’écrans plats, iPod, téléphones portables made in China, le tout, évidemment, à prix cassés. Apparemment, les pays industrialisés ne suivront donc pas le conseil du président des Maldives, celui de : « cesser leur arrogance ».

 

Les pays africains (réunis au sein du G77) se sont justement alliés à cette Chine en pleine expansion. Lors du sommet, ces derniers ont haussé le ton et parlé d’une seule voix (en faisant souvent référence à leur ami de L’Empire du Milieu). Pour eux, aucune infrastructure moins polluante ne sera envisagée, tant que la question de la compensation financière aux pays les plus pauvres ne sera pas claire. La majorité des présidents sud-américains, à l’instar d’Evo Morales et d’Hugo Chavez, ont eux aussi souligné qu’ils ne poseront pas leur signature sous un accord qui écraserait « leurs frères africains et les îles ». Serait-ce un nouveau rapport de force du « Sud » vis-à-vis du « Nord »? Toujours est-il qu’un grand pourcentage de ce « beau » monde a quitté le Danemark en étant vert … de rage.

 

 

Malthus is back?

 

Les « grands » ne sont pas franchement au taquet pour relever le défi climatique. Par contre, ils restent assez doués dans l’art de se dédouaner face au réchauffement. Comment? En pointant du doigt le « Sud »; plus précisément, sa croissance démographique.

 

Messieurs, fermez vos usines…à sperme! Faire des gamins, ça pollue un max! En tout cas, c’est ce que prétend le Fonds des Nations Unies pour la population. Dans son récent rapport, il note que si la natalité des pauvres était bien contrôlée, au point d’avoir 8 mias d’habitants sur terre en 2050 au lieu de 9 mias, on économiserait entre 1 et 2 gigatonnes de carbone par an! Soit autant que si des éoliennes remplaçaient toutes les centrales à charbon et qu’on réalisait toutes les constructions selon les meilleures normes. Réduire la populace pour réduire les gaz à effet de serre aurait donc un avantage : éviter de sortir le porte-monnaie pour des investissements dans les technologies vertes. Une idée malthusienne au service de la politique du moindre coût, en somme. Notons que cette « solution » avait déjà été avancée par un Pentagone « avant-gardiste ». Ce dernier signalait que le moyen le moins cher de réduire les émissions, est de laisser émerger les catastrophes climatiques (et les guerres qui pourraient en découler) afin de supprimer plusieurs millions de bipèdes…

 

La surpopulation a bon dos, mais quid des modes de production? Quid du rapport entre le charbon, le nucléaire, les agrocarburants, la déforestation, l’élevage mondial industriel et… la pollution ? D’ailleurs, certains auteurs1 n’hésitent pas à poser le constat suivant : « Si les pays du Sud avaient bloqué leur densité de population au niveau de 1950 tout en adoptant un niveau d’émission de CO2 occidental, le réchauffement serait beaucoup plus grave que ce que nous connaissons. Par contre, si les émissions par habitant des pays du Nord avaient été égales aux émissions par habitant des pays du Sud, le réchauffement serait nettement moins grave que ce que nous connaissons, même en l’absence de toute politique de contrôle démographique ».

 

Aujourd’hui, l’Afrique émet moins de 4% de GES, mais reste le continent le plus touché par le réchauffement (notamment avec les sécheresses). Et qui produit la grande part de ces 4%? Les torchères des compagnies pétrolières exportatrices du Nigéria. De même, on a beau taper sur les doigts de certains pays pauvres, coupant à tour de bras leurs arbres. A qui sert cette déforestation? A l’exploitation commerciale du bois, de la viande et des aliments pour animaux destinés à la consommation… des pays riches. A vous donc de juger dans quel sens l’index accusateur devrait être pointé.

 

 

1M. Gasparini, J-F Pontegnie, D. Tanuro,S. Invernizzi, M. Alaluf. I. Strengers, « Climat et population, Danger, diversion! », SolidaritéS 160, 17 décembre 09.

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Florence Métrailler

5 Responses

  1. Poteauxroses
    | Répondre

    Intéressant cet article! On comprend mieux maintenant pourquoi Florence a passé ses fêtes de fin d’année à… Copenhague.

    • etienne_doyen
      | Répondre

       Intéressant effectivement. Reprocher aux pays en voie de développement leur taux de natalité plus élevé que le notre, c’est très sympathique, c’est nouveau, c’est frais, on aime. Tu as bien discuté de l’énormité de la chose, donc je ne vais pas revenir dessus.

      Par contre, là où je trouve que le rapport du PNUD est intéressant, c’est qu’il met en avant la démographie dans les problèmes climatiques. Et il est clair que vivre à 10 ou 12 milliards sur cette planète plutôt qu’à 7, cela pose plein de problèmes. Je trouve positif que ce tabou-là soit abordé.

      De là à préconiser des mesures de réduction du taux de natalité, il y a un pas que je ne franchirai pas. Changeons nos modes de produire et de consommer, une fois que ce sera fait on pourra s’inquiéter du nombre que nous sommes.

      • manuela
        | Répondre

        On en revient toujours au même point… soit les politiques soit les civils veulent absolument trouver “le” coupable. Il est clair que de cette manière, les accords contraignants ne vont pas surgir de sitôt.

  2. Gédéon
    | Répondre

    Merci à l’auteur de l’article d’avoir éclairé ma lanterne.
    Tout le monde sait que le sommet de Copenhague a capoté.
    Rien qu’à la lecture du titre, j’ai enfin compris la raison;-)

  3. Shan
    | Répondre

    C’est sûr, faut pas trop compter sur les “grands” pour espérer voir un changement…Je pense perso que c’est grâce à la mobilisation et à la pression de la société civile qu’un accord sera peut-être trouvé à Mexico. On oublie bien souvent qu’à Copenhague, il y avait aussi le Klimaforum regroupant les paysans comme Via Campesina, des militants environnementaux et altermondialistes. Même si les médias ont peu parlé d’eux, ils étaient quand même 70’000 personnes à manifester dans les rues! Et ça c’est du beau monde!

    Juste préciser que lors du sommet, le “Nord” n’a pas (osé) proposé cette solution à la Mathus. Sûrement pour rester politiquement correct (même si je pense qu’une bonne partie souhaiterait la mise en pratique d’une telle (fausse) solution). Mais comme tu l’as dit, c’est surtout l’idée du UNFPA et j’ai cru entendre que le WWF avait aussi noté “un problème de surpopulation” par rapport au dérèglement climatique. On pourrait déjà leur faire noter que la transition démographique est entamée dans les pays du Sud…

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