Prochain arrêt : le Bénin… ou l’extraordinaire voyage en bus d’une étudiante lausannoise

Posté dans : Culture, Personnages | 0
Dans quelques jours, Vaïata quittera notre pays pour rallier le Bénin. Un périple qu’elle fera seule, en bus, à pied, à vélo et en stop. Nous l’avons interviewée la semaine dernière. Elle nous raconte le but de son périple, son envie d’aller à la rencontre des autres et de la vie.

C’est une jolie fille brune de 20 ans avec un petit air intello. Vaïata étudiait la géographie et la psychologie à l’Université de Lausanne. Mais l’appel du large a été plus fort que tout. Elle a quitté les bancs de Dorigny pour voyager.

En vélo lors de son voyage Suisse - Cap Nord
En vélo lors de son voyage Suisse – Cap Nord

Elle s’exprime avec conviction et un vocabulaire choisi, littéraire. Très vite, nous nous rendons compte que son voyage n’est pas une lubie, mais un réel besoin pour elle d’apprendre, de rencontrer des gens. Elle n’a rien laissé au hasard et prépare son « expédition » depuis le mois de septembre dernier. Elle n’en est pas à son coup d’essai. Le tour de Suisse et d’Europe à vélo, les pays scandinaves et de l’est à vélo et en auto stop, le Vietnam pour un voyage humanitaire, le Bénin qu’elle connaît déjà… Depuis l’âge de quinze ans, Vaïata parcourt seule les routes de notre planète Terre, comme d’autres vont au bureau.

LBB : Vaïata, as-tu un itinéraire ou vas-tu voyager au gré de tes envies ?
Non. Je prépare ce voyage depuis le mois de septembre. Je passerai d’abord 3 mois en Europe. L’Italie, la France où je séjournerai un peu de temps pour suivre une formation en permaculture. Ensuite, direction l’Espagne, qui sera la dernière étape européenne avant de passer au Maroc en bateau stop. Mes parents enverront mon vélo à Alicante. Un ami m’attend au Maroc. Les paysages de la côte marocaine sont splendides et nous allons donc la découvrir à bicyclette. Nous nous séparerons à Nouadhibou, en Mauritanie. De là, j’expédierai mon vélo en Suisse et continuerai seule en bus jusqu’au Bénin par le Sénégal, le Mali ou la Guinée et la Côte d’Ivoire, le Burkina. Je n’ai pas encore exactement défini si je passerai par le Mali ou la Guinée. J’ai estimé arriver au Bénin en janvier ou février de l’année prochaine, mais tout dépendra des rencontres, des circonstances…

LBB : Pourquoi un cours de permaculture ?
Je m’intéresse beaucoup au rapport des hommes et de la terre, des moyens utilisés pour la cultiver. Je vais également rencontrer des communautés autonomes installées en France et en Espagne. Elles vivent de leurs produits. Tout ce que j’y apprendrai me sera utile. Mon voyage est également une manière d’apprendre au fil des étapes et des rencontres. Et peut-être de pouvoir ainsi mieux aider les gens par la suite.

LBB : As-tu pensé à la sécurité, car voyager seule, ce n’est pas facile ?
Oui, bien sûr. J’ai déjà annoncé mon voyage à toutes les ambassades des pays que je visiterai. Je pars avec une tente. De plus, je suis équipée d’une balise GPS afin d’être localisable à tout moment. J’ai des contacts (famille, amis, amis d’amis…) dans chacun des pays dans lesquels je me rendrai. Je ne suis pas inquiète pour ma sécurité. Je pense également que les médias européens se focalisent sur les problèmes d’insécurité. À force, les gens pensent que les pays d’Afrique sont dangereux. Bien sûr, il y a des problèmes, mais pas à chaque coin de rue.

LBB : Est-ce une quête spirituelle ? Comme d’autres font le Chemin de St. Jacques ?
J’ai mes propres croyances et suis passionnée par la foi des gens, ce qu’elle représente pour eux et les différentes croyances à travers le monde.  J’espère que ce voyage me permettra aussi de consolider ma propre foi. Mais, j’espère vivre, apprendre, rencontrer des gens.

Je trouve qu’en Suisse, en Europe, les gens ont une vie confortable, peut-être trop d’ailleurs. Ils en oublient de vivre et se renferment sur eux-mêmes. Ils ne connaissent plus la joie des petites choses et de la solidarité. J’ai été frappée lors de mon voyage au Vietnam par la joie de vivre, l’entraide et la chaleur des Vietnamiens. Ils n’ont pas grand-chose, mais ils ont l’essentiel : l’œil joyeux et le cœur ouvert. Je suis à la recherche de vraies valeurs. Celles qui semblent parfois faire défaut ici.

LBB : Ella Maillart t’a-t-elle inspiré ?
J’ai lu quelques-uns de ses livres et aussi ceux de Nicolas Bouvier. Ce sont des personnes remarquables. Mais celle qui m’a le plus inspiré est Sarah Marquis. Je l’ai rencontrée. Elle m’a donné quelques conseils et m’a encouragée. Elle n’irait toutefois pas marcher en Afrique, ce n’est pas son truc. Mais la phrase d’où je tire ma motivation est de Théodore Monod. Elle dit : « l’utopie ne signifie pas l’irréalisable, mais l’irréalisé »… et elle est très juste. Tant que nous n’avons pas fait quelque chose, nous pensons que c’est impossible de le faire.

LBB : As-tu des sponsors ou comment finances-tu le voyage ?
Non, je n’ai pas de sponsors… Si quelqu’un veut devenir mon sponsor, il est le bienvenu (rires). J’ai travaillé dur quelques mois dans un fast food pour gagner l’argent pour le voyage, acheter le matériel nécessaire et payer le cours de permaculture. J’aimerais trouver un éditeur pour publier à mon retour le récit de mon périple.

LBB : As-tu pensé que ce voyage pourrait à jamais te changer et qu’une fois en Afrique, il te sera peut-être difficile de revenir en Suisse ? Penses-tu que travailler dans l’humanitaire puisse être la voie pour toi ?
Ma famille et mon copain sont en Suisse. C’est clair dans mon esprit qu’une fois mon voyage terminé, je reviendrai ici. La suite de ma vie ne me préoccupe pas pour le moment. Reprendre les études, aller dans l’humanitaire, je n’en sais rien. On verra plus tard.

LBB : Est-ce un truc que tu veux garder pour toi ou pourrons-nous suivre ton périple sur les réseaux sociaux
Je donnerai régulièrement de mes nouvelles et partagerai mon voyage sur mon blog « the woman you met » et sur ma page Facebook « Vaïata Sourou Traveler «. Sourou signifie « patience ». C’est le nom que m’a donné « mon papa » béninois lors de mon premier voyage au Bénin. J’espère que mon voyage sera source d’inspiration pour d’autres personnes et qu’à leur tour, elles se oseront vivre leurs rêves…

LBB : Que tout aille bien, Vaïata. Nous te suivrons ! Et nous nous réjouissons que tu nous racontes tout à ton retour.

On s’imagine les beaux paysages, les couchers de soleil africains, les gens formidables que Vaïata va rencontrer et on l’envie un peu. On envie aussi son courage à suivre son cœur et son destin. Mais le vrai courage est peut-être de ne pas partir…

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.