Pour connaître les Lausannois, prenez le bus !

Posté dans : Lausanno-lausannois, Société | 5
Prendre le bus est une expérience enrichissante. Un voyage à bord des lignes 7, 9 ou 1 permet de découvrir notre ville, de mieux connaître nos semblables et… d’écouter des conversations téléphoniques.

 J’adore prendre le bus à Lausanne. En toute saison, à toute heure et chaque jour.

Chers lecteurs, je vois bien que vous  ne partagez peut-être pas ma passion pour les trajets sur les lignes des TL. Je vais tenter de vous faire changer d’avis, car j’ai bien envie qu’à votre tour vous envisagiez chaque transfert en autobus comme un moment de gaité ou une manière de vous rapprocher des gens.

Lausanne est l’une des rares villes au monde où l’on peut aller à la plage ou skier en bus (tiens, j’ai presque inventé un slogan publicitaire !).  Un trajet en bus peut donc se convertir en un petit voyage, une découverte, un moment de vacances ou une aventure avec un grand A pour peu que votre voisin de banquette soit déjanté…

Voyager en bus équivaut à faire une étude sociodémographique bien plus performante que celle qu’aurait menée l’Institut Fédéral de la Statistique.  Prenez par exemple la ligne 17 qui circule de Renens à Val Vert. Au fil des arrêts, les passagers proviennent de quartiers différents. À Chailly, vous verrez monter dans le bus une dame en tailleur qui travaille comme secrétaire chez un avocat ou dans une régie immobilière, un étudiant HEC, un employé de banque. À l’Avenue de Morges, quelques jeunes avec casques et casquettes sur la tête, un webdesigner, des petits d’une garderie avec leurs accompagnatrices. À Renens-Gare, des ouvriers et des personnes originaires d’autres pays…

Les conducteurs d’autobus sont pour moi un autre élément de fascination. Ils sont agréables et polis dans leur large majorité. Ils aident les passagers et attendent parfois les retardataires. Il y a même une conductrice qui adore prendre le micro pour dire bonjour.  À St. François, j’aime écouter les conversations et consignes qu’ils échangent et auxquelles  je ne comprends rien : « Tu fais le 588 ? Moi j’ai terminé le 411 » ou « j’ai fait du 9 ce matin et maintenant je fais du 4 ».

Si j’avais une petite remarque à faire, ce serait de changer les uniformes des conducteurs et conductrices. Ce bleu qu’on leur impose est, à mon goût, un peu triste et les pantalons trois quarts que certains portent sont, comme dirait Cristina Cordula, la reine du shopping « un fashion faux pas »…. Mais  je m’égare un peu dans des superficialités vestimentaires.

Revenons à des arguments plus sérieux qui vous inciteront à sauter dans le premier autobus articulé.

Les passagers sont  pour moi une source de joie, de surprise et d’étude socio-comportementale.  Je vais vous livrer pêle-mêle quelques portraits robots d’usagers des TL. Vous les reconnaîtrez certainement :

  • Nous avons la retraitée antipathique pour qui vous êtes un usurpateur, un ennemi, car elle s’assied toujours à la place où vous vous trouvez. Elle vous y déloge d’ailleurs d’un coup de béquille sur votre mollet.
  • Il y a parfois une personne qui vient s’asseoir à côté de vous alors que vous êtes l’unique passager et que tous les autres sièges du bus sont vacants.
  • Nous trouvons également des gentils retraités qui parlent de leurs petits-enfants, de ce qu’ils ont acheté au marché, de leur genou douloureux et du dernier enterrement auquel ils ont assisté.
  • Les mamans qui discutent avec d’autres mamans de stratégies opérationnelles dignes d’un déploiement militaire (Manon peut venir dormir chez vous lundi, car mardi elle a Passeport Vacances et Paul viendra la rechercher à 18h00 en sortant du bureau. Jeudi je peux te prendre Raphaël pour la journée. Nous irons au p’tit train de Pully et ensuite ma mère viendra tous les prendre pour aller au judo).
  • Il y a les groupes d’ados qui parlent de leur gros c… de prof de géographie et des meufs qui sont trop bonnes.
  • Deux ou trois touristes paumés qui vous demandent : « where is the cathedral ? »
  • Des sportifs du dimanche qui racontent leurs derniers exploits (j’ai fait 60 kilomètres à vélo, c’était ma première sortie de la saison).
  • Les pendulaires qui travaillent à Genève et qui ne parlent que des retards des trains.

…Et des ouvriers, des infirmières, des coiffeuses, des personnes courageuses dont nous ne savons rien. Des gens qui vont à l’hôpital, d’autres qui sont allés se recueillir sur une tombe au cimetière. Des personnes qui ne peuvent pas marcher, d’autres qui ne peuvent pas vous voir. Oui, dans un bus, il y a toutes sortes de gens. Chacun avec sa vie, ses problèmes, ses joies.

Souvent, j’engage la conversation avec d’autres passagers. Nous parlons du temps, des horaires des magasins, de l’éducation qui s’est perdue ma pauv’re dame car maintenant les gens mettent leurs pieds sur les sièges et ne laissent plus leur place aux handicapés…  J’aime bien discuter avec  ces personnes inconnues qui, l’espace de quelques arrêts, me dévoilent un peu d’elles-mêmes.

photo bus st francoisLes passagers d’un autobus lausannois sont un peu un inventaire à la Prévert. C’est l’humanité dans la richesse de ses différences. C’est la réalité du quotidien, la proximité. C’est la vraie vie, en somme.

Prendre le bus, c’est aussi écouter malgré soi des conversations téléphoniques. La Baronne de Rothschild (ndlr : prêtresse du savoir-vivre qui a écrit de nombreux ouvrages sur les bonnes manières  sans que nous puissions confirmer que ceux-ci aient été lus) insiste sur le fait qu’il est très mal élevé de téléphoner en public. N’en déplaise à Nadine la Baronne, moi j’adore quand les gens téléphonent dans le bus, car je peux écouter ces bribes d’histoires personnelles qui ne me regardent pas, mais qui me font bien rigoler parfois.

Amis lecteurs, j’espère  qu’après avoir lu cet article,  vous ne prendrez plus l’autobus de la même manière. Je vous souhaite de joyeux trajets et de belles rencontres.

crédits photographiques : TL via Google – carte du réseau de bus /   Lausanne Bondy Blog pour les bus à l’arrêt / A la Une : Photo CC Jean-Baptiste Maurice

5 réponses

  1. Greg
    | Répondre

    Salut,
    Très joli texte que reflète très bien ma propre expérience que j’ai des transports public (de Lausanne à Tokyo en passant par Stockholm et Napoli).
    Petite rectification tout de même la ligne 7 ne circule plus entre Saint-François et Renens. C’est la ligne 17 qui s’y rend depuis Georgette. Cependant pour avoir pris cette ligne pendant 6 ans presque quotidiennement entre Recordon et Pont de Chailly, je ne peux qu’approuver totalement tes propos à son sujet
    Greg

  2. Azucena
    Azucena
    | Répondre

    Bonjour, merci pour ce commentaire sympathique. Il s’agit bien sûr de la ligne 17 et non 7. C’est une coquille et comme on dit dans les médias “les lecteurs auront corrigé par eux-mêmes cette erreur”.

  3. Janine
    | Répondre

    Bonjour, passager d’autobus ou de train, la vie de pendulaire est passionnante (fatigante oui aussi) si on se donne la peine d’observer le monde autour de soi et soi dans ce monde de mouvement. Connaissez-vous l’écrivain Marius Popescu qui a écrit entre autres “Arrêts déplacés” ? Tout un programme, et il s’y connaît car il est aussi chauffeur d’autobus à Lausanne … doublé d’un très grand écrivain. Lisez tous ses écrits (sans vous donner d’ordre) vous aimerez le découvrir ou le redécouvrir. Grâce à votre billet je me suis souvenue de ses premiers écrits. Je vais découvrir les nouveaux. Merci.
    Janine

  4. Azucena
    Azucena
    | Répondre

    Merci Janine pour ce commentaire et de nous avoir transmis le nom de cet écrivain, qui à vous lire, doit être très intéressant…. nous allons courir à la librairie la plus proche pour nous acheter ses livres. Merci mille fois !! A bientôt

  5. Grazieka
    | Répondre

    Super l’article! Dommage q les lignes ont changé depuis mais ça correspondais bien…

Répondre