Porno alternatif : doux, équitable et intello ? 

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La Fête du Slip, propose pour son édition 2015, une compétition de film porno « alternatif ». Comme je couvre le festival grâce au blog, j’ai eu un accès presse à la plateforme en ligne pour visionner les films. Pour tous les curieux qui ne se sont pas lancés, je prends ma plume…

Tout au long du festival, ces productions pornographiques sont également projetées dans différents lieux. C’est ainsi que le public peut vivre l’expérience de regarder un porno collectivement. J’ai vécu un évènement similaire lors du vernissage du premier numéro de la revue POV Paper, où j’ai découvert le porno alternatif via deux court-métrages de Toytool Comitée. Le premier avait pour caractéristique de proposer un « POV » féminin, c’est-à-dire, pour simplifier le jargon, que c’est la femme qui tenait la caméra et qu’on voyait de son point de vue. La deuxième projection était une scène solo, où l’actrice cherchait le plaisir devant la caméra. Cette mouture était très « méta » puisqu’elle incluait des dialogues avec les réalisateurs, de quoi faire rire les spectateurs.

A ce stade de l’article, une définition s’impose : d’après mes propres conclusions, le porno alternatif (ou porno féministe ou porno sex-positive) est un porno qui prône une sexualité réaliste, le respect des acteurs (aussi en termes de « safer sex ») et une image positive de la femme. Cet engagement se distance des films porno « traditionnels » qui proposent une représentation très schématique et stéréotypée de la sexualité straight, destinée principalement à une audience masculine. Ce qui est disponible gratuitement sur les fameux sites comme YouPorn ou Pornhub se résume souvent à des scènes courtes, sans introduction narrative, où chacun des partenaires s’extasie avec peu d’authenticité. Il existe également une offre payante en ligne, qui inclut des scènes plus longues et des scénarios, mais la majorité de ces sites reste dans le cadre traditionnel.

La production de porno alternatif est également la plupart du temps payante, et, malheureusement, jouit par conséquent d’une audience plus restreinte et consciente des différents types de pornographies. A l’heure où certaines communautés internet même pas religieuses (YourBrainOnPorn et NoFap) s’interrogent sur les méfaits supposés de la consommation excessive de porn, le porno alternatif porte bien son nom : un porno autre qui inculque une sexualité consensuelle et authentique.

Quelques films en compétition

Dans mon rôle de bloggeuse appliquée, j’ai choisi de regarder trois des vingt films en compétition. La compétition, dont les résultats seront dévoilés lors de la cérémonie de clôture, partage les films en quatre catégories : à fleur de porno, en chairs inconnues, l’objet de mes désirs et, moins poétiquement, “online selection”.

NAKED, de Lucie Blush

NAKED, de Lucie Bush / © Fête du Slip
NAKED, de Lucie Blush / © Fête du Slip

 

Première impression, les plans et les corps ne ressemblent pas au porno « classique », et l’image est très claire, avec des tons doux. Lucie Blush, réalisatrice de films pornos féministes a choisi de passer devant la caméra pour sa première fois avec une femme. Les scènes de sexes sont entrecoupées de séquences sur le making-of du film (motivations des actrices, rencontre, puis commentaires post-action). Durant l’acte en lui-même, les actrices dialogues beaucoup, se testent, apprennent à se connaître. Pour moi, l’approche « méta » quasiment didactique est un peu contradictoire avec une montée de l’excitation, car tout ce qui est montré semble très intellectualisé.

 

 

My First Time Eating Oysters and Pussy, d’Erika Lust

My First Time Eating Oyters and Pussy, dErika
My First Time Eating Oysters and Pussy, d’Erika Lust / © Fête du Slip

 

Ce deuxième film est aussi une séquence « girl on girl », avec un côté très artistique qui contraste avec l’aspect documentaire du court-métrage de Lucie Blush. Ici, aucun dialogue et deux actrices qui, dans une mise en scène esthétique et sombre, cheminent vers le plaisir. Les plans sont entrecoupés par des images de dégustation d’huître. L’expression « foodporn » n’a jamais été aussi littérale. La cohérence du film est assurée malgré tout, et il est peut-être plus facile de se laisser emporter….

 

 

 

 

Biodildo 2.0, de Christian Slaughter

Biodildo 2.0, de Christian Slaughter /  © Fête du Slip
Biodildo 2.0, de Christian Slaughter / © Fête du Slip

 

Le troisième court se différencie des deux premiers car il est scénarisé (deux couples qui désirent pratiquer l’échangisme) et car il représente la transsexualité avec deux acteurs en transition (FtoM et MtoF). Cette configuration donne donc lieu à de multiples combinaisons et c’est l’occasion de mettre en avant les pratiques de « safer sex ». Pour moi, la notion de « sex-positive » prend beaucoup de sens dans ce film : on voit des corps différents, des manières de jouir variées et une complicité assez explicite.

 

 

 

Ces trois films, très différents les uns des autres, démontrent qu’un porno différent est possible. Les chemins empruntés pour y arriver divergent, et c’est tant mieux : ainsi, chaque spectateur peut à son tour s’interroger sur le type de porno qu’il veut consommer, au diapason de ses propres envies. La proposition d’une alternative est donc salutaire. Merci à la Fête du Slip 2015 de la mettre en lumière.

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