Peau de brocart

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A 31 ans, Wido de Marval est l’un des rares Occidentaux à maîtriser le tatouage japonais, sous la férule et l’inspiration directe de Horiyoshi III, le plus grand maître en la matière au Japon.

En entrant dans son studio de la rue de l’Ale, à Lausanne, on met le pied dans un pur concentré de Japon. Des affiches de films de yakuzas tapissent les murs, des masques de démons rouges au long nez – les tengu -côtoient quelques photos, des bibelots hétéroclites, des figurines de mangas, des estampes aux motifs de carpes, des tsunamis tempétueux ou des guerriers de la mythologie nippone. Une montagne d’objets, tous ramenés de Tokyo. Au fond de la pièce, derrière le sofa et la petite étagère où sont posés les books de Wido, trône un fauteuil de cuir blanc soigneusement recouvert de cellophane. La table d’opération sur laquelle ses clients viendront s’allonger, lui laissant le soin de graver dans leur chair une fresque indélébile, perpétuation d’un art populaire unique au monde.

Wido dessine depuis tout petit, mais son intérêt pour le Japon trouve ses racines dans un père féru d’objets anciens et collectionneur d’antiquités asiatiques. Le lien avec le tatouage s’est rapidement établi, à l’époque du Gymnase. “Je faisais des dessins de tattoos pour des potes, déjà en style japonais. C’est le côté intemporel de l’art nippon qui me plaît. Il y a une histoire, une longue tradition derrière tous ces motifs. Et ils habillent bien le corps.”
 
Au Japon, le tatouage (irezumi) est considéré comme un art à part entière, bien que singulier. Dans le milieu, on le désigne sous le terme peu connu de horimono, littéralement “la chose gravée”. Souvent associé à la pègre, les yakuza, l’origine et le parcours du tatouage japonais reste plus complexe. D’abord châtiment pour les criminels, il s’est également répandu dans le milieu de la prostitution de la période Edo (1603-1867). “La prostituée et son client le portent comme signe et gage d’amour, en général caché sous le bras”, m’explique Wido. La dimension artistique n’a vraiment décollé qu’avec la période des estampes, au 18ème siècle, et le diffuse dans les couches populaires japonaises. Le tatouage devient alors un véritable ornement, un art à part entière. Aujourd’hui, le horimono reste ambivalent. Certains lui vouent une admiration sans faille et l’élèvent au même rang que les autres arts traditionnels. D’autres ne le voient guère d’un bon œil, raison pour laquelle la plupart des bains publics japonais sont interdits d’accès aux tatoués. L’amalgame avec la pègre est encore vivace.

Après les dessins pour ses amis, Wido met le pied à l’étrier. L’an 2000 sera la période charnière, celle où tout commence. Cette année là, il intègre le studio de la famille Leu, à Lausanne, célèbre dans le milieu. Puis, simultanément, il rencontre au Japon celui qui est aujourd’hui son mentor: Horiyoshi III, le plus grand maître tatoueur du pays, une légende vivante. Héritier d’une longue tradition, réputé dans et hors des frontières japonaises, le corps de bon nombre de yakuza a passé sous sa main. Parmi ses clients, des boss de la mafia comme d’autres gens, citoyens tout à fait respectables. Lui aussi, ambivalent.
Le Japon, Wido s’y rend deux fois par année, pour voir travailler Horiyoshi et s’inspirer de ses œuvres. « Je l’ai rencontré lors de la convention de Tokyo. Nous avons commencé à parler, mais je n’avais alors aucune idée de qui était en face de moi. Aujourd’hui, il est mon maître, ma plus grande source d’inspiration, c’est lui qui m’a tatoué. Je fais partie de la famille. » C’est lui également qui donne son surnom à Wido, Jôsui, l’esprit de l’eau, en référence aux tatouages « aquatiques » qui recouvrent tout le corps du lausannois.Wido est un passionné, il exerce son art avec grande méticulosité, d’après un enseignement traditionnel et des connaissances puisées à la source. « A vrai dire, je ne considère pas ça comme un art, mais comme de l’artisanat, dans le sens où il y a des règles à suivre. Tu ne peux pas faire n’importe quoi. L’art te permet plus ou moins d’être libre et de faire ce que tu veux. Pas le tatouage japonais. Il faut trouver son propre style dans un domaine somme toute limité, et la différence se fera dans la composition.» Tatouer un corps, marquer les gens à vie, ça ne donne pas droit à l’erreur. « Quand je vais au Japon et que je montre mon travail à Horiyoshi, je veux être sûr que c’est bon, que ça tienne la route. » 

Tatouer une tradition aussi fermement ancrée que celle de l’horimono ne s’improvise pas.
(Pour infos: www.widodemarval.com)
 

* Le titre de l’article reprend celui du livre de Philippe Pons, Peau de Brocart. Le corps tatoué au Japon, Seuil, 2000.

Michael De Pasquale

Michael

3 Responses

  1. pitarch
    | Répondre

    je suis très impressioner par vos tatouage 
    je cherche justement un maitre en la matière pour me faire un tatouage 
    j aimerais bien que vous m envoyer un numéro ou une adresse pour vous joindre pour fixer un rendez vous.
    si vous seriez d accord je vous en serait très reconnaisant !!
    bonne soirée et à bientot  j espère 

  2. pitarch
    | Répondre

    je suis très impressioner par vos tatouage 
    je cherche justement un maitre en la matière pour me faire un tatouage 
    j aimerais bien que vous m envoyer un numéro ou une adresse pour vous joindre pour fixer un rendez vous.
    si vous seriez d accord je vous en serait très reconnaisant !!
    bonne soirée et à bientot  j espère 

    • michael_depasquale
      | Répondre

      Bonjour,
      Merci pour le commentaire. Pour plus d’infos à propos du tatouage, (le passage à l’acte, s’entend), rendez vous sur le site web de Wido De Marval: http://www.widodemarval.com

      Que la force soit avec vous…

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