Parcours dans les entrailles et dans les hauteurs de la Cathédrale

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Le samedi 18 juin, l'accès à divers lieux de la cathédrale de Lausanne qui sont habituellement interdits de passage était exceptionnellement ouvert au public dans le cadre de petites visites guidées gratuites. Intrigué, j'ai effectué un petit parcours inédit dans le sous-sol puis dans les hauteurs de l'édifice et n'ai pas été déçu. Voici mon compte rendu. Pour les intéressés, l'opération sera reconduite le 27 août...
La Cathédrale de Lausanne.
La Cathédrale de Lausanne.

C’est dans le cadre du programme “Lausanne estivale” qui propose d’intéressants événements culturels souvent en plein air et tous gratuits, que toute une série de petites visites guidées insolites et originales a été organisée au sein de la Cathédrale de Lausanne, le samedi 18 juin, avec des départs de 10h à 13h. Le visiteur pouvait notamment choisir entre le sous-sol, la salle capitulaire, les stalles des 13ème et 16ème siècle, la Rose, le portail peint et les deux chapelles hautes. Il n’est que très rarement possible de visiter la plupart de ces endroits qui sont méconnus du grand public. Intéressé, j’ai décidé d’aller sur place pour me rendre d’abord dans les entrailles de l’édifice et enchaîner ensuite avec une ascension vers les chapelles hautes.

Le sous-sol : plein de nonos !

En voilà un qui ne va plus se relever.
En voilà un qui ne va plus se relever.

A peine entrés dans le sous-sol, les yeux ébahis des visiteurs se sont tout de suite concentrés sur les ossements humains jonchant le sol. Vu la taille des ossements, pas de doute : il s’agit des restes de corps d’enfants. La guide nous a alors expliqué qu’avant la construction de la cathédrale, ayant débuté au 12ème siècle, d’autres édifices religieux, plus petits, avaient déjà occupé la place. Et les gens de l’époque avaient pour habitude d’enterrer certains enfants morts juste à côté des édifices religieux, pour la raison que voici : le baptème, dans les premiers temps du christianisme, n’était pas pratiqué juste après la naissance, mais souvent quelques années après. Le taux de mortalité des enfants étant énorme, il n’était donc pas rare qu’il y en ait qui meurent sans avoir reçu le baptême, pourtant jugé indispensable pour pouvoir entrer au paradis. On avait alors imaginé que la pluie tombant depuis le toit des églises, sans système de gouttière à l’époque, sur les tombes des enfants enterrés juste à côté représentait un baptême post-mortem tout à fait convenable pour rattraper le coup.

Si l’âme de ces petits défunts est maintenant sauve, leurs os, eux, restent en péril. L’une des raisons de ne pas autoriser l’accès à cet intéressant sous-sol au public provient notamment de ce que les tombes ne sont pas bien protégées, et qu’il y a toujours certains visiteurs peu scrupuleux pour vouloir garder un petit souvenir. Pourtant, “Inutile de prendre un nonos pour votre chien”, nous a bien précisé la guide. “Ceux-ci se sont fossilisés et votre animal chéri risquerait de se casser les dents sur de la pierre.”

Un puit qui a servi à jeter l'eau bénite usée.
Un puits qui a servi à jeter l’eau bénite usée.

En progressant plus loin dans le sous-sol, nous avons observé quantité de tombes plus grandes, contenant ou ayant contenu pour la plupart des dignitaires religieux décédés. Nous avons également vu, entre autres curiosités, une sorte de puits dont la guide nous a expliqué l’étrange usage : on y jetait l’eau bénite usée. D’ordinaire, l’eau qui avait servi, par exemple, à nettoyer la vaisselle, était donnée aux cochons, pratique encore commune il y a peu. Mais on ne pouvait tout de même pas réserver le même sort à l’eau bénite !

Pour conclure cette captivante petite demi-heure de visite, la guide nous a présenté les restes d’une sorte de grand fourneau qui a servi pendant des siècle à mouler des cloches. On ignore si certaines d’entre elles existent encore aujourd’hui et où elles se situeraient.

La chapelle haute : quelle belle vue !

On peut observer la Rose de près depuis l'une des chapelles hautes.
On peut observer la Rose de près depuis l’une des chapelles hautes.

Dès ma sortie de la “cave” de notre chère cathédrale, j’ai rejoint le groupe qui serait mené dans les hauteurs, vers les chapelles hautes. Nous avons entrepris l’ascension d’un bel escalier en colimaçon construit à l’ancienne, avant de débouler dans la première desdites chapelles. Pas grand chose à en dire : le guide nous a simplement informés que les historiens n’ont à ce jour pas compris à quoi ces chapelles servaient au juste. L’ascension valait tout de même la peine, car nous avons, depuis là, une belle vue depuis les hauteurs sur le reste de l’église. Nous sommes également très proches de la fameuse Rose. La Rose de la cathédrale de Lausanne a ceci de particulier, nous a expliqué le guide, que ses vitraux, dont la plupart ont pu être conservés depuis l’origine, représentent des sujets profanes, avec une représentation, entre autres, des signes du zodiaque.

Depuis la chapelle haute, nous avons accédé ensuite à ce qui semble être devenu un peu le grenier de la cathédrale, avec différentes choses entreposées : une vieille imprimante, des sortes de cadres où déposer les vitraux lors de rénovations,… Tout le long de la paroi de ce “grenier” se trouvent aussi des petites portes que le guide nous a autorisés à ouvrir et à traverser pour accéder à différents petits balcons. L’occasion, une fois encore, de se rincer l’œil en observant l’intérieur de l’édifice religieux depuis les hauteurs.

Nous avons terminé notre visite de l’autre côté du “grenier”, où nous avons accédé à une autre chapelle haute, dans laquelle est déposé un grand meuble. Celui-ci contient, si mes souvenirs sont bons, 700 des 7000 tuyaux de l’orgue. Orgue installé pour quelques millions et inauguré en 2003, il s’agit d’une véritable Maserati dans sa catégorie, nous a assuré le guide.

On aperçoit l'une des chapelles hautes en haut à gauche, et les balcons auxquels nous avons pu accéder en haut à droite, sous les vitraux.
On aperçoit l’une des chapelles hautes en haut à gauche, et les balcons auxquels nous avons pu accéder en haut à droite, sous les vitraux.

Poussière et papillon

“Tu es poussière et tu retourneras à la poussière.*” C’est le douloureux rappel que m’a suggéré la visite des entrailles de la cathédrale, avec la vue de tous ces restes humains, en rien plus dignes et pas tellement différents que les os de poulets laissés dans mon assiette ce midi.

Mais mon âme, telle un papillon virevoltant qui quitte sa misérable carcasse de chenille rampante, pourra-t-elle un jour voler, enfin libre, et observer toute l’infinie sagesse de la création en voyant les choses sous une perspective nouvelle et glorieuse ? C’est l’espérance chrétienne, dont il est impossible à prouver qu’elle libère véritablement des âmes, et encore moins qu’elle puisse un jour faire sortir les morts hors leurs tombeaux – ceux que j’ai observés, dans tous les cas, n’avaient pas encore l’air de tenir la forme pour ça. Cependant, il faut bien le concéder, cette foi a eu au moins le mérite de pousser des générations entières d’hommes à suer sang et eau pour élever de très impressionnants édifices comme notre chère cathédrale. Une cathédrale que j’ai pu admirer avec délice, sous un angle différent et grandiose, depuis les chapelles hautes et les balcons du “grenier”.

Si mon petit compte rendu vous a fait saliver d’envie, je vous rappelle que l’opération de ces visites guidées sera répétée à l’identique le 27 août 2016. Tous les détails ici.

*Genèse 3, v. 19, voir aussi Ecclésiaste 12, v. 7

  1. JOLY ANDRE
    | Répondre

    merci pour ce voyage intéressant…et inédit.

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