Passage à l’acte

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 Créer une assoc’ à Lausanne ? Facile ! On est une dizaine et on veut monter une pièce de théâtre par nous-mêmes. A partir de là, ça doit pas être bien compliqué. Reste plus qu’à trouver un nom qui convienne à tout le monde, définir les rôles de chacun, créer les statuts, constituer un dossier de présentation, trouver une pièce qui nous plaise avec le bon nombre de personnages, trouver un endroit où répéter, une heure et un jour dans la semaine où tous les membres sont disponibles, un théâtre où jouer, les dates des représentations, les costumes, les accessoires, les décors, une personne qui s’occupe de la technique, une personne qui s’occupe de la lumière, réussir à articuler cours répét’ et boulot, assurer la qualité du jeu, de la mise en scène, la promotion, les affiches, les flyers, le site internet, ouvrir un compte et se débrouiller pour financer tout ça. Petit conseil, s’y prendre à l’avance…

Le mercredi à Kinshasa : c’est le jour du PMU (1/2)

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Les couvre-chefs vissés sur les caboches, les bouches mi-ouvertes et les regards figés dans une même direction, une dizaine d’hommes en état hypnotique fixent l’écran plat de l’Okapi bar. Le suspense est à son comble et les publicités suivies des bla-bla infinis du commentateur font encore languir les clients parieurs. Au bout des tickets blancs du PMU pendent des rêves, le jour de chance ne tient qu’à quelques galops. Les chevaux fous s’élancent enfin. Un type se lève de sa chaise en criant à “Rombaldi” n°5 : «Si tu gagnes, je t’emmène au Cameroun!», un autre, cramponné à son verre de bière, “tippe” pour insulter l’animal sur lequel il a placé ses espoirs et surtout une part de ses économies: «Pchit, tssss…nul-nul-nul!». Une fois la course terminée, seuls les soupirs de déception l’emportent, mais à l’Okapi on ne désespère pas, le prochain pari sera le bon. 

“Il faut montrer patte blanche. Vous êtes la première de la journée”

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Ah, le Service de la population de Lausanne (SPOP). Redouté par certains, critiqué par d’autres, le lieu est LE passage obligé pour les requérants. J’habite à côté mais voilà, jusqu’à ce mercredi 10 octobre, j’étais totalement ignorant du quotidien de ce service qui pourtant ne désemplit pas. Ma première visite au SPOP sera la première d’une longue série. Je viens soutenir Hassan* du Sénégal, qui vient effectuer son ultime interrogatoire. Le but ? Déterminer s’il n’a pas menti sur sa situation lors des interrogatoires précédents et savoir s’il est « renvoyable ou pas », selon un membre du personnel. A l’entrée du service, un membre de la sécurité me demande mes papiers. Surpris, je m’exécute et me risque à une petite blague douteuse : « C’est la gestapo ici !! » Un sourire en coin, le vigile me répond : « Il faut montrer patte blanche. Vous êtes la première de la journée. »

Ch’uis pas raciste, mais…

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Il prit le silence et le rompit. Il est navré de ce qu’il dit, mais il le dit. Il doit le dire. Ce sont les gênes, il l’a compris depuis bien longtemps. Alors l’air grave, bouffi d’empathie, il explique. Il explique que ça ne l’étonne guère, ces deux Yougoslaves qui ont agressé un de leur compatriote à la sortie d’une boîte. Ils sont bagarreurs. Ca fait partie d’eux. Bah, les journaux le disent bien, ce sont toujours des Yougoslaves qui se battent. Oh, pas tous, bien sûr, mais la plupart. Regarde chez eux: tout le temps des guerres, jamais d’accord. Et les noirs, tu les as vus à Chauderon. Ah ben, c’est clair que vendre de la drogue c’est risqué, mais quand on aime pas travailler et qu’en même temps on a un penchant pour le luxe, comme beaucoup d’entre eux, c’est vrai que ça reste une solution plutôt futée. Lui, il aimerait bien être aussi rusé, les choses seraient plus simples, mais il est né avec les valeurs de travailleur régulier propres aux Occidentaux. Pas tous les Occidentaux, mais une bonne partie, disons. Il en est content, d’ailleurs. Il sent bien que dans la balance du bon et du mauvais, il a eu la chance d’avoir les principes les plus équilibrés et en remerciement, il doit être indulgent avec les Autres. Il se fait parfois marcher sur les pieds parce qu’il n’a pas la fierté de beaucoup d’Arabes, mais ça lui évite aussi de se mettre dans l’embarras avec la justice pour sauver la face coûte que coûte. Lui, il a l’honnêteté suisse et franchement, ça lui a vachement bien réussi. Et sans tricher. Ca, c’est en lui. Lui c’est un tendre xénophobe, un TX.

Ne pas partir avant la fin du cours !

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C’est inévitable. Ça le fait à chaque coup. Pourquoi? Qu’on m’explique pourquoi il est absolument impossible qu’une assemblée de jeunes gens, pas bêtes pourtant, qui suivent un cours en amphi ne puisse attendre que le prof annonce la fin de l’heure pour tout mettre en branle et empaqueter ses affaires ?

L’autopsie d’un théâtre

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 On a tendance à penser que le théâtre commence lorsque le rideau se lève, et se termine aux applaudissements. Mais toute une population se mobilise avant pendant et après. C’est ce que quatre étudiants de l’EESP veulent faire découvrir au public. L’exposition “Tous aux abris !” se propose de faire l’autopsie d’un théâtre. Une ribambelle de métiers et d’activités gravite autour de ce domaine, tout en restant  dans les coulisses. Mais ils seront cette fois-ci à l’honneur. Chaque salle aura pour but de présenter un secteur d’activité de l’Arsenic : l’administration, la technique, l’accueil du public et la troupe d’une pièce. L’idée est de rendre visible le travail invisible.

Paroles de requérant d’asile

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Tout débute au mois de septembre et mes premières rencontres avec Moussa*, jeune requérant Afghan de 28 ans, Hassan*, 30 ans, du Sénégal et Diope*, 43 ans, d’Erythrée. 12 semaines pendant lesquelles nous nous sommes vus, pendant lesquelles j’ai pu partager leur quotidien, tenter au mieux l’immersion dans leur réalité. Deux mois qui m’ont permis de voir évoluer la situation, de dormir dans les centres et de recueillir les témoignages. Diope n’est malheureusement plus là pour en parler. Un mois après sa dernière audition au Service de la Population, il vient d’être renvoyé. Je l’ai accompagné pour son dernier voyage…… à l’aéroport de Genève Cointrin sous escorte policière. Hassan n’a plus donné signe de vie. Il est sur le départ. Moussa, lui, est toujours là. Il s’accroche tant bien que mal. Difficile quand tout est fait pour vous faire partir. Originaire de Kaboul, il a vécu plusieurs drames dans sa vie, dont le dernier se joue ici, en Suisse. Témoignage.

Berlusconi tape sur les expatriés italiens

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Samedi 29 novembre, il est à peine 11 heures du matin. Devant l’entrée du Consulat d’Italie, rue du Petit-Chêne, une vingtaine de personnes sont rassemblées. Une heure après, ils seront une bonne centaine, brandissant pancartes et panneaux sans équivoque: Vergogna!!!, (une honte!!), Voglio la scuola (Je veux l’école), Berlusconi non riconosce che gli italiani all’estero sono risorse per l’Italia, vergogna! (Berlusconi ne reconnaît pas que les Italiens expatriés sont une ressource pour le pays, c’est une honte!).

War on Mumbai

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Les klaxons n’ont pas interrompu leur opéra dissonant, les motos, rickshaws, vaches et chiens n’ont pas cessé leur ballet tournoyant. Pourtant, l’Inde se réveille ce matin sous le choc des attentats. Il me faut cependant un coup de téléphone de la Suisse pour apprendre la nouvelle. Deux cents morts sont pour l’heure annoncés, des bombes au Sud, dans une gare, dans un train. A chaque minute, les chiffres se contredisent. Dans les ruelles d’Udaipur, je cherche en vain un journal ou une tv. Je tente de percevoir un changement d’ambiance, une inquiétude peut-être. Mais rien. Ce matin, alors que l’hôtel taj de Mumbai est en pleine prise d’otage, à plusieurs centaines de kilomètres, la vie indienne se poursuit.

Sida: entre politique de l’autruche et stigmatisation

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Le Sida mon cul, la santé m’habite! Les thèses négationnistes au sujet du VIH/Sida pullulent partout, même dans le journalisme ou dans la politique. Preuve en est avec le scandale récent du site Médiapart, dirigé par le grand journaliste Edwy Plenel, sur lequel on trouve un blog de M. Verschoore autoproclamé spécialiste du sida et qui déclare que le « virus VIH n’existe pas et n’entraîne pas de déficience immunitaire ». (Mais bien sûr! Et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d’alu!). Autre exemple: celui de l’ancienne ministre de la Santé en Afrique du Sud, Manto Tshabalala-Msimang. Si cette dernière est surnommée Dr. Betterave, c’est bien par rapport à ses positions négationnistes sur le VIH. Alors que son pays connaissait plus de 1000 nouveaux cas infectés chaque jour, elle prétendait soigner cette maladie avec de l’ail, de la patate douce et de la betterave. Mais pas besoin d’aller surfer dans ces concentrés de n’importe quoi du Net ou sur les vagues du Cap pour retrouver une politique de l’autruche vis-à-vis de l’existence du VIH et du Sida, ainsi qu’une stigmatisation de ces malades. Détour par Renens, à l’association Arc-En-Ciel, où deux Lausannois touchés par le virus m’ont livré quelques bribes de leur expérience.

Droit à la drogue et droit de l’Homme!

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Dimanche nous voterons en faveur ou contre l’”initiative pour une politique raisonnable en matière de chanvre protégeant efficacement la jeunesse”. Le sujet ne date pas d’hier. En 2004 le Conseil national refusait pour la seconde fois d’entrer en matière concernant la révision de la loi sur les stupéfiants, d’où l’initiative. Sujet non résolu, mais pas nouveau, et pas seulement helvétique. Depuis plusieurs années déjà, l’avocat français et ancien prof de droit pénal à Paris Francis Caballero se bat contre une politique trop répressive en matière de drogues, et pour une politique alternative. Il est l’auteur de plusieurs livres comme “Droit de la drogue” ou “Drogues et droit de l’Homme”, et c’est aussi le Président du Mouvement de légalisation contrôlée (MLC). La position du MLC, qui est à l’origine de la notion de “droit à la drogue”, concerne un débat plus large que l’initiative mentionnée plus haut puisqu’il parle non seulement de dépénaliser le cannabis mais tous les opiacés. Projet ambitieux ! Mais cela peut tout de même être un éclairage intéressant pour ce qui nous concerne.

Bienne Vice

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Bientôt dix ans que j’associe le nom de Bienne à la beuh, et je comprends toujours pas pourquoi. J’ai eu beau passer par la case “juriste” entre temps et étudier la genèse des phénomènes criminels aujourd’hui, y’a pas moyen, je bite pas comment dans certaines villes de notre bonne vieille Schwiiiitz, dont Bienne est l’une des plus illustres représentantes, on peut plus ou moins grossièrement vendre et consommer une substance déclarée illicite dans une loi fédérale sous le nez des autorités sans avoir (trop) peur de se faire choper. Je décidai donc après tant d’années de flou d’entreprendre une mini-recherche pour enfin comprendre, à l’aube d’un bouleversement potentiel de ces petites pratiques, pourquoi Bienne est la ville romande où tout semble permis.

Quand une quinqua fume le kéké

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Précoce, Marie-Jeanne* avait 13 ans lorsqu’elle a goûté son premier bédo en compagnie de ses frères. Rien de choquant pour elle, à la fin des années 60 « c’était presque normal de fumer ». D’ailleurs, tous ses amis, sans exception, étaient des amateurs de cannabis. Avec le temps va, tout ne s’en va pas. La cinquantaine aujourd’hui, mon interviewée prend encore du plaisir à tirer quelques lattes. Apparemment, cette maman et grand-maman n’est pas une exception, elle raconte connaître encore un bon nombre de personnes de sa génération restée en mode Marley. Selon elle, pas de quoi sauter au plafond, « un petit joint, c’est comme boire un verre de vin ». 

Chronique d’une fumette ordinaire

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Il est 13h30 en ce début de semaine. Je me trouve devant un lycée neuchâtelois, idéalement situé au bord du lac. Le moment opportun et le lieu idéal pour trouver l’objet de ma recherche: des jeunes fumant un joint, histoire de décompresser avant les cours de l’après-midi. Je rejoins un petit groupe de 3 étudiants à capuchons, détail suffisamment suspect pour me guider. Bingo! Pas besoin d’insister longtemps pour qu’ils répondent à quelques questions. 

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