P-Funk et afrobeat à l’honneur au Holy Groove Festival!

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Avec Amp Fiddler et Dele Sosimi au programme de sa deuxième soirée, la sixième édition du Holy Groove Festival démarre en fanfare! Fer de lance du P-Funk pour l’un, ancien apôtre de Fela Kuti et génial ambassadeur de l’afrobeat pour l’autre, leurs concerts prévus jeudi sur la scène du Bourg inaugurent une semaine qui s’annonce haute en couleurs!

Le Holy Groove Festival, qui fête sa sixième édition cette année, se présente désormais comme le rendez-vous lausannois incontournable pour tous les funkoholics et autres amateurs de sonorités groove’n’soul. Pour sa cuvée 2018, qui s’étale sur quatre jours, le comité de programmation frappe un joli coup en déroulant jeudi soir le tapis à Amp Fiddler et Dele Sosimi. Ces deux claviéristes hors-pair, qui ont non seulement participé à ériger les fondements de leur style musical – respectivement le P-Funk et l’afrobeat –, continuent par ailleurs d’irriguer la planète funk actuelle de leur talent inimitable. Présentation.

Dele Sosimi, 40 ans au service de l’afrobeat

Dele Sosimi (Holy Groove)

Dele Sosimi débute sa carrière en 1979 aux côtés de Fela Kuti, le fondateur de l’afrobeat. Entremêlant highlife ghanéen, juju nigérien, rythmiques yoruba mais aussi jazz et funk, un morceau afrobeat se construit sur une ligne de basse solide et entraînante, une suite d’accords relativement simple, et une polyrythmie inspirée de la percussion ouest-africaine. La mélodie, elle, est assurée par une section cuivre, des chœurs et un chant, souvent scandé et détaché de la ligne principale. Superposant alors couches rythmiques et instrumentales à l’envi – un groupe d’afrobeat compte rarement moins de dix musicien.ne.s –, cette musique mille-feuilles est un véritable festin auditif.

Des jams épiques

Après le retour au thème ou au refrain, chaque séquence laisse généralement une large place à l’improvisation des différents musiciens, qui enfilent alors tour à tour le costume de soliste. Cette succession de solos virevoltants prend alors la forme d’une jam monumentale qui peut vite, lorsqu’elle est jouée dans le feu du live, prendre des tournures épiques. Ainsi les titres d’afrobeat durent rarement moins de cinq minutes et peuvent a contrario, souvent dépasser les dix minutes. Le morceau fleuve et anti-apartheid Beast of no Nation par exemple, enregistré en 1989 par Fela Kuti, s’étale sur plus de vingt-huit minutes!

Pour les musiciens, il va sans dire que ce type de morceau-marathon nécessite une certaine endurance, une dextérité sans failles et une concentration à toute épreuve. Mais le jeu en vaut largement la chandelle, particulièrement en concert: le public, subjugué par une telle énergie déployée sur scène, entre progressivement et irrésistiblement dans la danse.

Une musique universelle

Aujourd’hui, la scène afrobeat a essaimé aux quatre coins du monde et malgré quelque cinquante albums (!) enregistrés par Fela Kuti entre 1961 et 1992, les nouvelles formations n’ont de cesse d’explorer de nouveaux horizons, la structure polymorphe de cette musique et sa portée universelle la rendant particulièrement propice à l’intégration d’influences nouvelles.

Dele Sosimi en sait quelque chose, lui qui a dernièrement participé à Cubafrobeat, un projet fusionnant salsa et afrobeat, réalisé en compagnie de musiciens cubains. Plusieurs de ses morceaux ont par ailleurs régulièrement fait l’objet de remix électro, notamment par le producteur reggae-dub Prince Fatty et par le DJ genevois Laolu, sur le titre à succès Too much information.

Identity, un bijou de l’afrobeat

Partie prenante de l’évolution que traverse actuellement l’afrobeat, Dele Sosimi témoigne toutefois toujours un certain attachement aux traditions musicales qui l’ont vu naître: outre ses reprises du répertoire de Fela Kuti lors de concerts en hommage au «Black President», son album Identity – paru en 2008 – en est certainement la plus belle démonstration.

Incontournable pour tous les amateurs du genre, cet album est également une excellente porte d’entrée pour qui souhaite découvrir l’afrobeat, un peu comme l’est Kind of blue pour le jazz. Identity se révèle certes moins explosif qu’un album type d’afrobeat, mais il est musicalement très abouti. Technique mais pas complexe, jazzy parfois, funky tout le temps, parsemé de solos lumineux, les neuf morceaux d’Identity racontent chacun une histoire singulière, tout en restant en parfaite cohérence avec l’ensemble de l’album.

Il faut dire qu’un soin tout particulier a été accordé au mixage des différents morceaux. En résulte des sons très purs, quasi acoustiques, rendant l’isolement de chacune des pistes particulièrement aisée et par conséquent, une écoute distincte de chaque instrument possible. Autre effet favorable à cette grande minutie accordée aux réglages: une meilleure compréhension de la façon dont toutes ces couches instrumentales s’accordent et viennent former, une fois empilées, un ensemble aussi complexe qu’harmonieux.

Amp Fiddler, 30 ans au service du P-Funk

Amp Fiddler (Holy Groove)

Le P-Funk tire son nom de «Parliament» et de «Funkadelic», les deux formations qui ont bercé le style à sa naissance dans les années 70 à Détroit. La composition de ces deux collectifs était identique et comptait alors dans ses rangs un certain Joseph Anthony “Amp” Fiddler, qui occupera à partir de 1985 le poste de claviériste, aux côtés du leader charismatique et désormais légendaire George Clinton. Outre ses coupes de cheveux fantasques, ses tenues chamarrées et ses textes provocateurs qui ont participé à construire sa renommée, le «Dr. Funkenstein» s’est surtout révélé en tant que principal artisan du P-Funk. Ce style, qui a dans un premier temps puisé ses influences dans le R’n’B et le doo-wop, s’est ensuite imprégné de sonorités funk bien sûr, mais aussi rock psychédélique, soul et enfin disco.

«One Nation Under a Groove» 

Grâce à une recette magique, servie à coups de basses amplifiées, de rythmiques syncopées, d’accords de guitare fouettés et d’arrangements bien lustrés, l’album One Nation Under a Groove, signé Funkadelic en 1978, rencontre un succès planétaire. Synthèse ultime d’une rencontre réussie entre le funk et le rock, cet album-concept reste à ce jour brandi comme un manifeste par les adeptes du P-Funk, mais se trouve aussi définitivement rangé par les spécialistes dans le registre des pièces maîtresses ayant marqué l’histoire de la musique contemporaine.

Malgré un déclin du P-Funk observé durant les années 80, plusieurs rappeurs West Coast lui donneront un second souffle grâce au sampling. Snoop Dogg, pour ne citer que lui, connaît en 1993 l’un de ses plus grands succès commerciaux avec Who Am I (What’s My Name), en recyclant à peu près toute l’instrumentation du titre Atomic Dog de George Clinton.

S’adapter à l’air du temps

Quant à Amp Fiddler, il poursuit son bonhomme de chemin, après son retrait de Funkadelic et Parliament en 1996. Depuis cette date, le claviériste perpétue la tradition P-Funk, sans toutefois se priver d’incorporer à son répertoire des éléments venus des tendances actuelles. Take it est un exemple parmi d’autres qui démontre cette capacité dont a su se doter le musicien de Détroit pour s’adapter à l’air du temps: ce titre aux accents neo soul, a été enregistré avec un certain Raphael Saadiq – un autre artiste actuellement très en vogue. Puis, dans Amp Dog Knight, son dernier opus enregistré en 2017, c’est le hip-hop qui est à l’honneur avec la présence de plusieurs guests, notamment J Dilla sur le titre Return of the ghetto.


Holy Groove

Holy Groove Festival 2018

  • Du 3 au 6 octobre, avec notamment Tanika Charles, Joel Culpepper, L’Eclair, Tortured Soul et Ngoc Lan.
  • Jeudi 4 octobre: Dele Sosimi et Amp Fiddler au Bourg. Prix: 23.–, 25.– sur place.
  • Le prix des autres soirées et les autres infos ici.

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